TE
O grand Meschacébé !—voyagerir taciturrie, Bien des fois, aux rayons de l’étoil: nocturne, Sur tes bords endormis, je suis venu m’asseoir ; Et là, seul et rèveur, perdu sous les grands ormes, J'ai souvent, du regard, suivi d’étranges formes Glissant dans les brume: du soir.
Fantôt je croyais voir, sous les vertes arcades, Du fatal De Soto passer les cavalcades, En jetant au désert un défi solennel !
Tantôt c'était Marquette errant dans la prairie, Impatient d'offrir un monde à sa patrie, Et des âmes à l'Eternel !
PER De Parfois, sous les taillis, ma prunelle trompée Croyait voir de La Salle étinceler l'épée ; Et parfois, groupe informe allant je ne sais où, Devant une humble croix, —û puissance magique !— De farouches guerriers à l'œil sombre et tragique, Passer en pliant le genou !
Et puis, bercant mon âme aux rêves des poètes,
Jd'entrevoyais aussi de blanches silhouettes,
Doux fantômes flottant dans le vague des nuits,
Atala, Gabriel, Chactas, Evangeline,
Et l'ombre de René, debout sur la colline, Pleurant ses immortels ennuis,
Et j'endormais ainsi mes souvenirs Moroses ss
Mais de ces visions poétiques et roses,
Celle qui plus souvent verrait frapper mon œil,
C'était, passant au loin dans un nimbe de gloire,
Le hardi pionnier dont notre jeune histoire Redit le nom avec orgueil,
Jolliet ! Jolliet ! deux siècles de conquêtes,
Deux siècles sans rivaux ont passé sur nos tètes,
Depuis l’heure sublime où, de ta propre main,
Tu jetas, d’un seul trait, sur la carte du monde,
Ces vastes régions, zône int nense et féconde, Futur grenier du genre humain !
PR ee
Deux siècles sont passés, depuis que ton génié
Nous fraya le chemin de la terre bénie
Que Dieu fit avec tant de prodigalité,
Qu'elle garde toujours dans les plis de sa robe,
Pour les déshérités de tous les coins du globe, Du pain avec la liberté !
Oui, deux siècles ont fui! La solitude vierge N'est plus là. Du progrès le flot montant submerge Les vestiges derniers d'un passé qui finit, Où le désert dormait, grandit la métropole ; ît le fleuve asservi courbe sa large épaule Sous l'arche aux piliers de granit!
Plus de forêts sans fin : la vapeur les sillorine | L'astre des jours nouveaux sur tous les points rayonne ; L'enfant de la nature est évangélisé ; Le soc du laboureur fertilise la plainte ; Et le surplus doré de sa gerbe trop pleine Nourrit le vienux:monde épuisé !
Des plus purs dévoñments merveilleuse semence | Qui de vous eût Jamais rûvé cette œuvre immense, 0 Jolliet, et vous, apôtres ingénus, Humbles soldats de Dieu, sans reproche et sans craintes Qui portiez le flambeau de la vérité sainte Dans ces parages inconnus ?
Des volontés du ciel exécuteurs dociles, Vous fûtes les jalons qui rendent plus faciles Les durs sentiers où doit marcher l'humanité Gloire à vous tous! du Temps franchissant les abimes, Vos noms environnés d'anréoles sublimes
Lront à l'immortalité !
Et toi, de ces héros généreuse patrie, Sol canadien qu’on aime avec idolâtrie, — Dans l'accomplissement de tous ces grands travaux, Quand je pèse la part que le ciel Va donnée,— Les veux sur l'avenir, Ô terre fortunée,
J'ai foi dans tes destins nouveaux!