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Apres que nous eusmes pris place, on nous fit la civilité ordinaire du pays, qui est de nous presenter le calumet; il ne faut pas le refuser, si on ne veut passer pour ennemy, où du moins pour incivil, pourveu qu'on fasse semblant de fumer, c'est assez; pendant que tous les anciens petunoient apres nous pour nous honorer, on vient nous inviter de la part du grande capitaine de tous les Ilinois de nous transporter en sa Bourgads, ou il vouloit tenir conseil avec nous. Nous y allâämos en bonne compagnie, car tous ces peuples, qui n’avoient jamais veu de françois chez eux ne se lassoient point de nous regarder, ils se couchoient sur l'herbe le long des chemins, ils nous devançoient, puis ils retournoient sur leurs pas pour nous venir voir encor. Tant cela se faisoit sans bruit et avec les marques d'un grand respect qu'ils avoicnt pour nous.
Estant arrivez au Bourg du grand Capitaine, nous le vismes a l'entrée de sa cabanne, au milieu de deux vielliards, tout trois debout et nuds tenant leur calumet tourné vers le soleil, il nous harangua on peu de motz, nous félicitant de nostre arrivée, il nous présenta ensuitte son calumet et nous fit fumer, an mesme
temps que nous entrions dans sa cabanne, ou nous receumes toutes leurs caresses ordinaires.
Voyant tout le monde assemblé et dans le silence, je leur parlay par quattre presents que je leur fis, par le premier je leur disois que nous marchions en paix pour visiter les nations qui s’etoient sur la rivière jusqu'a la mer; par le second je leur declaray que Dieu qui les a crées avoit pitié d'eux, puisqu’apres tant de temps qu'ils l’ont ignoré, il vouloit se faire connoiïstre a tous ces peuples, que jestois envoyé de sa part pour ce dessein, que c'esttoit a eux a le reconnoistre et a luy obeir, Par le troisième que le grand capitaine des françois leur faisoit sçavoir que c'estoit luy qui mettoit la paix partout et qui avoit dompté l’Iroquois. Enfin par le quatrième nous les prions de nous donner toutes les connoissances qu'ils avoient de la mer, et des nations par lesquelles nous devions passer pour y arriver.
Quand jeu finy mon discours, le capitaine se leva, et tenant la main sur la teste d’un petit esclave qu'il nous vouloit donner il parla ainsi: Je te remercie Robe Noire, et toy
françois (s'addressant a M. Jollyet}, do ce que vous prenez tant dé peine pour hoüus venir visiter, jamais la terre n’a esté si belle ni le ‘soleil si éclatant qu'atijourd’hni ; jamais notre riVieré n’a ésté si caline, n°ÿ' si nette de rochers que vos Canôtz ont 'énlévées en passant, jamais nostré petum n'a eu si bôn gout, n’y nos bléds n'ont paru ‘si beau qué nous les voions maintenant. Voicy mon fils qué! jeté donné pour te faire coninoistre mon cœur, jé te prie d’avoir pitié de moy et de ‘touté ma Eng c "est toy qui Gonnoiét le grand Génie
et qui escouté sa parie: démande Iuy qu'il mé donne la vie et la santé'et vient démeurér avec nous, pour nous le faire connoistre. Céla dit il mit le’ petit ésclavé proche de noûs, et nous fit un second présent, qui‘éstoit un! ca lumet tout mysteriéux, dont 'ils font plus d'estat qué d'un esclave ;'il ! nous ‘témoignoit par ‘ce présent l'estime qu'il fuisoit de mon: sieur nostre gouuerneur, sur le recit que ‘nous luy on avions fait; et par'un troisiéme il noûs prioit dé la part dé touté sä nätion, de ne pas passer oultre, a cause dés Brera “agi où nous noùs exposidns.
Je, répondis que je ne croignois point la mor, et que je n'estimois point de plus grand bonheur que de perdre la vie pour la, gloire de. Celuy qui.a tout fait, C'est ce que ces pauvres peuples ne peuvent comprendre.
Le, conseil fut suivy d’un grand festin qui consistoit en quattre metz, qu'il. fallut prendre avec, toutes leurs façons, le premier service fut un grand plat de bois plein de sagamité, c'est-a-dire de farine de. bled d'inde qu'on ; fait boüillir avec de, l’eau qu'on assaisonne de graisse. Le maistre des ceremonies avec une, Cuillier. pleine de sagamité me la présenta a la.bonche par trois ou quattre fois, -<omme on; feroit.a un petit enfant, il fit, le mesme.8:M, Jollyet. Pour second mets, il fit paroistre un second: plat où. il y avoit trois poissons,;en, prit, quelques morceaux, pour en oster les arestes, et ayant sonflé dessus pour des rafraichir,, il nous los mit a ]8 bouche, gomme, l'on. donneroit la beschée 8, un oysoay. On apporte. pour troisième, service un gt and chien, qu’ on yenoit.de tuer, mais ayant appris que, nous; n'en mangions point, on, le retira de devans, nous, Enfin le 4e fut, une pièce de bœuf sauvage, dont on nous rit. à lb bouchp les morceaux les plus gras.
Apres ce festin il fallut aller visiter tout le vilage, qui est bien composé de 300 cabanes. Pendant que nous marchions par les rues, un orateur haranguoit continuellement pour obliger tout lé monde a nous voir, sans nous estre importuns ; on nous presentoit partout des ceintures, des jartieres et autre ouvrages faits de poil d'ours et de bœuf et teins en rouge, en jaune, et en gris, ce sont toutes los rarotez qu'ils ont ; commes elles ne sont pas bien considerrables, nous ne nous en chargeames point.
Nous couchâmes dans la cabane du capitaine et le lendemain nous prismes congé de luy, promettant de repasser par son bourg dans quatre lunes. Il nous conduisit jusqua nos canotz avec pres de 600 personne qui nous virent embarquer, nous donnant toutes les marques qu'ils pouvoient de la joye que notre visite leur avoit causée. Je m'engageay en mon particulier, en leur disant adieu, que je viendrois l’an prochain demeurer avec eux pour les instruire. Mais avant que de quitter le pays des Ilinois, il est bon que je rapporte ce que j'ay reconnu de leurs coustûümes et façons de faire.