‹ La Découverte du Mississipi [sic] [microforme]Chapitre 3 sur 31 · ET · texte numérisé non relu

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calomnieux contre elle et à des procédés indignes de sa position (1).

Pour s'assurer l'honneur d’une importante découverte, faite sous ses auspices, comme aussi pour écarter les Jésuites dont il profitait des renseignements, le gouverneur se décida à confier la mission de l'exploration des terres à l'Ouest des Lacs, et de la découverte du grand fleuve, de son cours, de «a source et de son embouchure à un jeune canadiens Louis Jolliet, qui avait déjà été employé par les autorités comme messager auprès des nations sauvages, C'est de ce personnage que nous allons nous occuper après avoir exposé les circonstances qui l'ont fait mettre à la tête d’une si glorieuse entreprise.

Louis Jolliet naquit à Quebec, au mois de septembre 1645. Il était fils de Jean Jolliet, originaire de la Rochelle, charron, employé par les directeurs de la compagnie de la Nouvelle-France. (FERLAND, Notes sur les Registres, etc.) (2) Sa mère, Marie d’'Abancour, était fille

(1) On sait aussi que pour noircir leur réputation, il prit le service de plumes serviles, et que souvent il imposait ses idées à ses scribes. Voy. Histoire de la Nouvelle-France,

t. II; Liste des auteurs, page LIV.

(2) D’après ce qui nous revient de la conversation de

d'Adrien d’Abancour, qui descendait d’une ancienne famille noble de la Picardie. (Voir Armorial Universel, vol. II.) Jean Jolliet mourut en 1650, et sa veuve épousa, en 1651, Geofroi Guillot, puis, plus tard encore, en troisièmes noces, Martin Prévost, veuf lui-même d’une femme sauvage.

On voit par les Relations des Jésuites, et par l'histoire du P. Charlevoix, que Louis Jolliet reçut son éducation au Collége des Jésuites, à Québec.

Un autre Louis Jolliet, son fils, fut éduqué au Séminaire de Québec, et y finissait son cours en 1693. Zacharie Jolliet, un des frères de Louis, avait aussi étudié au collége des RR. PP. Jésuites (1). Quoiqu'il en soit, Jolliet avait entrevu le P. Marquette au collége des Jésuites, il avait été touché de son dévoucment, de sa grande jeunesse et de son esprit de sacrifice.

quelques anciens, il semble que le nom de Jolliet n'était qu'un sobriquet ajouté au vrai nom de ses ancêtres qui était Damours. Ce nom Jolliet provenait d’une circonstance que la chronique n’a pas enregistrée tidèlement, mais qui se conserve dans les traditions de famille,

(1) Il n’y acheva pas son cours classique, ses parents le placèrent chez Noël Morin, charron, pour qu’il y apprit le

métier, Adrien, un autre frère de Louis, alla s'établir à Sainte-Madelaine du Cap,

Louis ayant fini ses études, demanda à être enrôlé dans la milice du sanctuaire. On voit, au Journal des Supérieurs des Jésuites, qu'il reçut la tonsure cléricale, et les quatre ordres moindres, le 10 août 1662, alors qu'il n'avait pas tout-à-fait dix-sept ans. La cérémonie eut: lieu dans la chapelle de la Congrégation au collége des Jésuites. (Journal, Idem.)

Jolliet, bien qu’admis à la cléricature, n'avait pas encore néanmoins commencé son cours de philosophie. Dès qu'il y fut admis à cette étude, il-s”’y livra ardemment et avec succès, pendant quatre années, comme on en peut juger par les lignes suivantes que nous extrayons du Journal des Superieurs des Jésuites :

1666, juillet le 2.-—Les promières disputes de philosophie se font dans la Congrégation avec succès. Toutos les puissances s’y trouvent ; M. l’Intendant entr’autres y a argumenté trèsbien. Monsieur Jolliet et Pierre Francheville y ont très-bien répondu de toute la logique (1).

En 1667, Jollict avait encore l’habit ecclésiastique, mais peu après il quitta le Séminaire et les études théologiques, puis se livra au

(1) Nous mettons de côté notre copie manuscrite pour suivre le texte de l'édition de MM, Laverdière et Casgrain,

commerce de pelleteries chez les nations sauvages, à l’ouest des grands lacs; y fortifia sa santé, acquit de l'expérience, la connaissance des langues indigènes comme aussi beaucoup d'habileté dans les affaires, Toutes ces cirvonstances lui attirèrent bientôt la confiance des naturels, et les regards de ses concitoyens et des autorités se portèrent simultanément vers lui. Dans quelques actes il est qualifié de marchand. Son nom se rencontre au registre des actes des baptèmes et des sépultures de la paroisse de Notre-Dame de Québec.

Pour s'être engagé dans le commerce des pelleteries et avoir ouvert une boutique à Québec, Jolliet n’en maintenait pas moins ses rapports avec les Pères de la Compagnie de Jésus.

Le gouverneur Frontenac (1), ayant décidé de mettre à exécution les plans de M. de Courcelle pour la poursuite de la découverte du Mississipi, et ne voulant avoir à ce sujet aucun rapport avec les missionnaires, chargea Jolliet, qui s'était familiarisé avec la langue

(1) Frontenac remplaça, en 1672, M. de Courcelle, et resta en charge jusqu’en 1682, qu’il eut pour successeur M, Le-

febvre de la Barre, Frontenac reprit l'administration en 1689, et mourut à Québec en | wi

des tribus Outaouacks, appelés aussi Courtes- Oreilles, où il avait fait quelque séjour, d'aller à la découverte de la Grande Rivière, par laquelle on allait à la Mer Vermeille.

Jolliet, tout en acceptant les propositions de l’ambitieux gouverneur, se réservait de s’associer le concours du R. P. Marquette, qu’il demanda à ses supérieurs, pour l’accompagner dans l’expédition qui pen les immortaliser

tous deux. |

C'est sous ces circonstances qu’en 1672 il fut nommé hydrographe du Roi. Le Révd. P.

Dablon dit que ce choix fut très-héureux. On a pu voir son témoignage sur Jolliet en tête du Journal du Père Marquette: ‘‘ se trompèrent pas dans le choix qu'ils firent du sieur Jolliet, car c'était un jeune homme natif du pays, qui a pour un tel dessein tous les avantages qu’on peut souhaiter, il a l’expérience et la connaissance des langues du pays des Outaouacs, où il a passé plusieurs années; il a la conduite et la sagesse qui sont les principales parties pour faire réussir un voyage égaloment dangereux et difficile. Enfin il a le courage pour ne rien appréhender. où tout est à craindre ; aussi a-t-il rempli l'attente

qu'on avait de lui, et si après avoir passé mille dan,zers il ne fut venu faire naufrage au port, son canot ayant tourné au-dessous du Sault Saint-Louis proche de Montréal, où il a perdu et ses hommes et ses papiers, et d’où il n’a échappé que par une espèce de miracle, il ne laissait rien à souhaiter au succès de son voyage... i

Le 17 mai, 1673, nos intrépides voyageurs partirent de la mission de Michillimakinac, sise, non pas dans l’île de ce nom, mais sur la côte nord, à l’opposite. D’après Charlevoix, il paraît que cette mission fut portée sur la rive sud et que ce ne fut que plus tard qu’elle le fut dans l'Ile. Ces hommes intelligents et hardis se mirent d’abord sous la protection de la sainte Vierge et s'engagèrent à appeler de ce nom, Sainte Marie, ou de celui qui rappelle un de ses augustes priviléges, l’'Immaculée Conception, la grande rivière qu'ils tentaient de découvrir et de donner pareillement ce nom béni à la première mission qu'ils établiraient sur ses bords.

Le 17 juin 1673, ils entrèrent dans les eaux du Mississipi, où ils laissèrent aller quelques moments leur modeste embarcation au cou-

rant, traversèrent les régions fertiles qu'il arrose, et le descendirent jusqu’à trois jours de son embouchure. La date du 17 juin 1673 appartient donc au Canada comme à la France, et l'événement qu’elle rappelle forme une page glorieuse aux deux pays. C’est un jour qu’on se garde bien de Jaisser passer sous silence dans nos grandes institutions, cette année surtout:

Nous avons le récit des aventures de leur excursion dans le Journal du Père Marquette, qui nous a été conservé par le Supérieur de la maison des Jésuites de Québec, le KR. P.

Dablon. Quoiqu'il en soit, au mois d'août 1674, Jolliet était de retour à Québec, et la nouvelle qu'il y apportait de la découverte du grand fleuve y causa une joie, une allégresse générale, qui se traduisit par de grandes démonstrations publiques.

On sait qu'à son arrivée au sault Saint- Louis l’infortuné Jolliet faillit périr dans un ouragan qui fit chavirer sa frèle embarcation, et que son compagnon de voyage, un petit sauvage qu’il amenait de ces lointains parages, ne put échapper à la mort. IL fut onglouti dans les flots comme aussi les plans et

les journaux qu'il avait dressés de ce voyage. Le gouverneur Frontenac le félicita à son arrivée à Québec. La lettre du gouverneur au ministre, où il parle de Jolliet, nous reste comme un monument qui reconnait à notre compatriote l'honneur insigne d’avoir fait la découverte du grand fleuve.

L'intrépide Jolliet se proposait de faire des établissement dans ce pays des Illinois, mais les autorités refusèrent toujours leur assentiment à ce projet.

On a contesté à Jolliet la découverte du Mississipi, mais ce ne fut que quelques années après sa mort. Le souverneur Frontenac, dans son mémoire du 14 novembre 1674, le recommanda à la faveur de la cour de France ; et, si les récompenses et les distinctions ne lui arrivèrent que tardivement, c'est que l’hahile explorateur ne put, que longtemps après son retour, refaire ses plans et relations de voyage ; et, pour y réussir, il dut attendre des copies et des extraits du journal de son pieux compagnon de voyage, le R. P. Marquette.

Nous ne reviendrons pas sur les prétentions de ceux qui ont attribué à d’autres qu’à Jolliet la découverte du grand fleuve.

On a contesté aussi à notre compatriote la priorité de cette découverte, mais on n’a pas pu produire de preuves convainquantes de cette assertion. Des écrivains anglais affirment qu'un voyageur de leur nation, Wood, voyageait sur le grand fleuve en 1670, mais leur avancé cst plus que hasardé, puisqu'il n’est étayé d'aucune démonstration. Nous ne devons pas plus nous arrêter aux dires du Père Hennepin qui, après la mort de La Salle, dont il avait été le compagnon dans son expédition, a écrit de diverses manières lo récit de ses aventures, et toujours avec un grand renfort de fables et de contradictions qui ôtent toute valeur à ses relations. Plusieurs écrivains, à la suite des puérilités écrites par Le Clerq (Le Roux) Membré, Hennequin, etc., ont absolument méconnu le mérite de Jolliet et raillé la narration du Père Marquette, de sorte que La Salle, au préjudice de Jolliet et du célèbre Jésuite qui l’accompagnait, est considéré comme le découvreur principal du Mississipi, et comme le premier qui ait vogué sur 868 eaux.

Un peu plus d'un an après son retour du voyage de la découverte du Mississipi, Jol-

liet épousa demoiselle Claire-Françoise Bissot, quatrième fille de sieur François Bissot de la Rivière, bourgeois de Québec, originaire de Notre-Dame des Prés, en Normandie, et de dame Marie Couillard. La jeune épouse n’avait guères que dix-sept ans. Elle descendait de la plus ancienne famille de Québec. De ce mariäge naquirent sept enfants, dont trois fils et quatre filles. L'une d'elles mourut en bas âge, et les autres s’engagèrent dans le mariage. Charlotte épousa Jean Lemelin, Geneviève se maria à Joseph Grignon, et Claire fut l'épouse de Joseph Fleury D’Eschambault (1).

Jolliet avait fait un voyage à la baie d'Hudson, dans les intérêts du roi. M. de de la Durantaye, qui commandait à Michillimakinac, l’envoya prévenir les [roquois de la condescendance du roi, qui renvoyait au Canada les quarante sauvages de leur nation envoyés en ôtage en France. Le gouverneur, pendant la.

traversée, avait essayé en toute manière de les adoucir; et, dès l’arrivée de la troupe à Québec, on envoya des messagers dans les di-

(1) Les Montagnais l’appellent, aujourd’hui, Natassi- Kouch, de Natash, ‘ je vais chercher, ” et Ascouch, abréviation de Mascouch, ‘ petit ours.”

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