‹ La Dédicace des églisesChapitre 2 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le mot dédicace n'eut pas tout d'abord, dans le langage ecclésiastique, la signification que nous lui donnons aujourd'hui, parce que le rite désigné actuellement sous ce mot se forma peu à peu. Primitivement, dans l'antique liturgie romaine, il semble bien que toute la cérémonie consistait dans la consécration d'un autel dressé sur le tombeau d'un martyr et dans la célébration solennelle de la messe sur cet autel. Dédier un temple (dedicare) était l'inaugurer en l'appliquant pour la première fois à l'usage auquel il était destiné. C'est ce que saint Augustin appelle V encœnia fesiivitas (EvXa-.vooj), proprement^ initier, placer un objet dans l'endroit qui lui est destiné (i). L'événement attirait souvent un concours considérable de fidèles, on faisait suivre la cérémonie d'un repas et sous prétexte d'honorer la mémoire des martyrs (dies dedicaUonis vel nataliiius sanciorum jnartyriimj on tomba dans les excès et désordres des païens qui avaient leurs anniversaires marqués par des sacrifices : il fallut réprimer ces abus des dédicaces (2).

En Gaule et ailleurs, il y eut bientôt un rite spécial, occasionné par la transformation de temples païens

(i) Voir Du CanGE, Glossarium, t. III, p. 26?. — Le mot encœnia se trouve avec ce même sens dans Quintilien et Papias ; le passage de saint Augustin est au tract. 48 in Joan. P. L., t. XXXV, col. 1741 et se lit au Bréviaire le mercredi de la semaine de la Passion. On trouve aussi le mot dans saint Isidore, de Ecclesiasticis officiis, lib. I, c. i6.^ P. L., t. LXXVII, 777.Voir également Alcuin, Comment in Joan. ^ P. L., t. C, col. 801.

(.2) Voir dans Saint Grégoire le Grand, Homil. XIV in Evang . P. L., t. LXXVI, col. ii3o, une allusion à ces concours de peuples, et dans ses lettres Epist. 76 du livre XI, t. LXXVII, col. I2i5, une plainte au sujet de ces abus.

en églises catholiques, on procédait d'abord à des purifications préalables. Bientôt le même rite de purification s'étendit aux nouvelles églises et on y joignit des onctions tant pour l'édifice tout entier que pour l'autel. C'est le rite de la consécration ou dédicace des églises ; plus tard fut instituée une cérémonie plus simple pour les oratoires ou même pour les grandes églises dont on ne pouvait pas faire immédiatement la consécration: ce rite désigné sous le nom de Bénédiction des églises ne rentre pas dans la présente étude.

La consécration ou dédicace des églises peut se définir : une action sainte ou plutôt un ensemble d'actions saintes et solennelles, déterminées par l'Eglise et dont l'effet est de rendre un édifice, sacré de profane qu'il était, dédié pour toujours à Dieu et à son culte, par un ministre légitime, afin que dans cet édifice on puisse accomplir les fonctions divines et ecclésiastiques (i).

On donne aussi le nom de dédicace à la fête anniversaire dont l'objet est de commémorer l'acte de consécration ; le mot se prend alors comme abréviation de l'expression Anniversaire de la Dédicace, C'est le sens qu'il faut attacher aux expressions suivantes du calendrier ecclésiastique : Dédicace de la basilique du Saint-Sauveur (9 novembre) ; Dédicace de la basilique de Saint- Pierre et de Saint- Paul (18 novembre), etc. C'est là un sens dérivé du mot, dont la raison d'être est dans le rite qu'on se propose de décrire ici (2).

(i) Voir Gasparri, Tractatus canonicus de satictissima EttcJiaristia, t. I, p. 98. Par consécration d'église, on a entendu dès les premiers âges, la mise à part d'un édifice pour le soustraire aux usages profanes et y exercer les actes du culte divin. Les protestants eux-mêmes admettent cette notion : Smith, Dictionary of Christian Antiqitities, l'emprunte à Ferraris, Prompt. Bibliotheca ritualis \ voir aussi Bingham ; Antiquities of the Christian Church., t. VIII, p. 171.

(2) Remarquez que la célébration de ces anniversaires est aussi ancienne que. la pratique de consacrer les églises et bien antérieure à notre rite

L'opuscule compreDdra deux parties :

pRExMiÈRE Partie : Le développement historique du rite de la Dédicace.

Deuxième Partie : Les règles canoniques et liturgiques du rite de la Dédicace et son symbolisme.

Page 1