‹ La déesseChapitre 34 sur 52 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

NADJA, D'ESTERVILLE.

NADJA.

Ah! c'est toi... déjà !

D'ESTERVILLE.

Je ne suis pas sorti de l'hôtel... pendant qu'ils montaient en voiture je me suis glissé sous le vestibule... Ils sont à celte fête pour toute la nuit.

NADJA.

Tant mieux !...

D'ESTERVILLE.

Et ton père'...

NADJA.

Il n'est pas rentré... il est allé pour une place d'intendant chez monsieur de Langeac.

D'ESTERVILLE.

A deux lieues de Bordeaux... et nous sommes seuls, tout à fait seuls.

NADJA.

Et j'en suis bien conlenle !'

D'ESTERVILLE.

Ah ! c'est trop de bonheur!... et dans quelques instants, il m'est ordonné de partir.

NADJA.

C'est justement pour cela que je tenais à te voir...

Ne t'inquiète pas! {Lui montrant la' fenêtre à droite.) D'ici l'on aperçoit mon vaisseau prêt à mettre à la voile; je serai averti du départ... Alors !.. alors, je l'espère, je ne partirai pas seul !

NADJA.

Que veux-tu dire?

d'esterville, avec passion.

Depuis le jour, Nadja... où je t'enlevai de cette île... si tu savais combien j'ai éprouvé de tourments jusqu'alors inconnus.

NADJA.

El moi donc !...

d'esterville.

Bien vrai ?..

NADJA.

Est-ce que je mens jamais?...

d'esterville.

Et pendant cette traversée... quand tu étais à mon bord, c'est-à-dire sous la sauve-garde de l'honneur et de l'hospitalité...

NADJA.

Je sais tout ce que je te dois!., je crois à ton amitié. Tu n'as pas besoin pour cela de me baiser la main... mais, si ça te fait plaisir... c'est égal... d'esterville, avec chaleur.

Mais alors tout s'opposait à mes vœux... et ta candeur même m'eût imposé le silence, quand l'honneur ne me l'eu: pas commandé... mais le son de ta voix me faisait tressaillir. nadja, effrayée.

Tiens!..

d'esterville.

Mais nuit et jour ton image... ne me quittait pas...

nadja, de même.

Est-il possible ?

d'esterville.

Et ce trouble... cette émotion que j'éprouvais..juge de mon ivresse... en voyant que dans ce moment même... tu les comprends... tu les partages...

NADJA.

Oui... oui... ce trouble... ces rêves... je connais tout cela... je l'éprouve !..

d'esterville.

0 bonheur!

NADJA.

Pour Charles... pour lui... pour lui seul... d'esterville, poussant un cri de désespoir. Ah !.. tu l'aimes... Nadja! moi qui venais t'offrir ma main, et l'emmener avec moi ! tu l'aimes?

NADJA,

Est-ce ma faute ?.. devais-je te tromper ?

d'esterville.

Non!., et pourtant, Nadja, c'est bien mal de ne pas aimer qui nous aime!

NADJA.

Le crois-tu ?

d'f.sterville.

Oui! c'est un crime?., c'est de l'ingratitude !

Eh bien! ce crime... que tu me reproches, tu le commets aussi dans ce moment.

d'esterville.

Moi!..

NADJA.

Oui ! toi qui parles, tu n'es qu'un ingrat. Et

l'ingratitude est d'autant plus grande, que le bien

que l'on t'offreest plus beau, plus précieux mille

fois que celui que tu regr< is.

d'esterville.

Que dis-tu ?

Page 1