SCENE III
Les précédents, ZILIA.
ZILIA
Enfin c'est donc pour aujourd'hui. Et me voilà déjà prête... je ne suis pas mal... n'est-ce pas... {Apercevant d'Esterville.) Ah! mon Dieu... un étranger!
MARDOCHE
Rassurez-vous, Zilia, c'est un Français, et les Français sont généralement très aimables... (A part.) A ce qu'ils disent.
d'esterville.
Il savent du moins apprécier les jolies femmes, et je vous trouve charmante.
A cause démon habit de noces... cela va si bien... car on me marie aujourd'hui... à Sélino... le plus beau garçon de l'île.
DESTERVrLLE.
Il doit s'estimer bien heureux !
ZILIA
Je n'en sais rien !
d'esterville.
Est-il possible !
ZiLIA.
Il est si dévot! il ne pense qu'à la déesse. Il ne
parle que d'elle. . je crois même qu'il en rêve !... Matin et soir il vient faire sa prière à Nadja et se prosterne devant son autel qu'il orne de fleurs... enfin il ne sort pas quasiment de la pagode. d'esterville.
En vérité!
ZILIA
Ce qui lui donne une réputation de sainteté dont mon oncle le grand prêtre est ravi... Mais pas moi ! C'est ennuyeux, un mari dévot à ce point-là... et je n'entends pas, quand nous serons mariés, qu'il passe sa vie à genoux.
d'esterville.
Si c'est aux vôtres...
ZILIA
Du tout à ceux de la déesse... qu'il a le droit de contempler une fois par semaine, car il demeure ici, au temple ; il y est attaché !
d'esterville.
Par sa famille...
ZILIA
Sa famille? il n'en a pas! Il est trop distingué pour en avoir une... Mon oncle Trincoli prétend qu'il descend de Djebby, le mouton céleste, la centtrente-deuxième incarnation de Brama! le fait est qu'on ne lui connaît ni p%re... ni mère... ce qui lui fait un grand honneur! car cela prouve qu'il est tombé tout droit du ciel.
d'esterville.
C'est bien cela !
ZILIA
L'année de ma naissance !.. voilà pourquoi mon oncle prétend qu'il m'est destiné.
MARDOCHE
Et dites-moi, belle Zilia, sans mentir... la main sur la conscience... quel âge avez-vous?
ZILIA
Ah! dame!., je ne le dis plus, parcequedans ce pays où l'on se marie à douze ans... on a l'ait d'une vieille... quand on n'est pas encore en ménage à quatorze.
MARDOCHE
Vous les avez donc?
ZILIA
Ah! mon Dieu!.. Est-ce que je l'ai dit?
Oui, sans doute !.. mais vrai!., vous ne les paraissez pas.
zilia.
Vous êtes bien bon.
d'esterville.
Et de plus vous êtes d'une gentillesse...
ÎIARDOCHE.
D'une grâce...
d'esterville.
D'une élégance!
zïlia.
Vous dites cela à cause de mon collier...
D ESTERVILLE.
Non!..
ZILIA
Si... si... Le fait est qu'il n'est pas mal!..
d'estervïlle, le regardant.
Il est charmant !... le col aussi!., un écusson gravé!..
mardoche, de même et à part.
Les armes de la famille Montauron.
ZILIA
C'est mon fiancé qui me l'a donné !
d'estervïlle, poussant un cri.
Lui!
Mais oui, c'est lui, pas d'autres!., et je m'en suis parée, parce que ce matin... avant notre mariage, j'ai une entrevue avec la déesse qui doit me faire une exhortation... c'est mon oncle qui le veut... et il m'attend chez lui pour me faire la sienne... ça fera deux.
ENSEMBLE
Air-.
MARDOCHE , D'ESTERVÏLLE.
D'espérance j'ai tressailli
Voua
voyage fini.
Oui, tout mo dit qu'il est ici.
J'en suis sûr, a présent, c'est lui !
zima, seule.
Et moi, je vais cherchant sans cesse Mon mari qui, je ic vois, Toujours demande à la déesse Sans rien me demander à moi!
ENSEMBLE.;'
MARDOCHE , d'esTEIÏVILLE.
D'espérance j'ai tressailli, etc.
ZILIA
Ah ! quel tourment! ah ! quel ennui ! D'avoir un dévot pour mari, Laudra-t-il donc, comme aujourd'hui, Que toujours je coure après lui ! (Elle leur fait la révérence et sort par la forte à gauche. )