LACHESIS LANCEOLATUS — Lacep
Noms vulgaires: jararaca, jararacuçuü.
C'est l'espèce la plus abondante et la plus généralement disséminée, du nord au sud du Brésil. Elle a été aussi rencontrée dans presque tous les autres pays de l'Amérique du Sud, de même qu'au Mexique, dans l'Amérique Centrale et à la Martinique.
Il est très abondant dans l'Etat de S. Paulo où l’on peut en attraper un grand nombre, à l’occasion des coupes des bois, des sarclures et autres travaux agricoles.
Il peut atteindre m. 1,50 ou 1,60 de longueur. Les individus de cette dimension sont rares; en règle générale, ils présentent 10,90) TO.
Le male se distingue de la femelle, parce qn'il est plus pe: tit, qu'il a le corps plus mince, la tête plus effillée et la queue plus allongée et plus grosse. La femelle est plus grosse et a la tète plus grande et plus triangulaire et la queue courte et fine.
Elle est ovovivipare et très prolifère, au point qu'il n'est pas rare qu'elle mette bas jusqu'à vingt serpenteaux chaque foi.
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Aux individus de grandes dimensions le peuple a l'habitude de donner le nom de jararacuçü, ce qui constitue un motif de confusion, parce que ce nom est donné également à une autre espèce distincte, comme nous le verrons plus loin.
Tête plate en forme de lance, couverte de petites écailles en forme de caréne, imbriquées et disposées en sept ou huit séries entre les supra-oculaires, qui sont grandes; la plaque rostrales, aussi longue que large, plus large en bas que dans la partie supérieure, un peu échancrée dans la partie antérieure; deux ou trois écailles oculaires postérieures; huit supra-labiales, dont la troisième et la quartième sont séparées du globe oculaire par de petites écailles; plaque nasale divisée; une paire de internasales; de petites écailles entre la première supra-labiale et les internasales; écailles dorsäles fortement carénées, en vingt-quatre séries; des sous-ventrales au nombre de 195 à 200; des sous-caudales au nombre de 50 à 53 en deux séries; queue terminée par une petite écaille en forme d’ongle. |
La coloration du jararaca est trés variable. Sur un fond vert très foncé, gris et quelquefoi jaunâtre, il se détache de chaque côté du serpent un dessin sombre, presque noir, en forme angulaire ou de dents de scie, dont les sommets sont tournés vers la ligne médiane dorsale, se rencontrant ou alternant avec des dessins identiques du côté opposé. Sur la tête, on voit un dessin indécis et peu caractéristique. De l'angle postérieur de chacun des yeux, on voit partir, dans la direction de la commissure labiale de chaque côté, une bande de couleur foncée, plus étroite en haut
qu'en bas. Queue très sombre sur la face dorsale. Dans la partie ventrale présente une couleur vert foncé, parsemée de taches jaunes.
Les individus jeunes ont l'extrémité de la queue blanche, ce qui les a fait considérer en certains endroits comme une espèce nouvelle, que l’on appelle «jararaca do rabo branco» (jararaca à la
queue blanche).
On trouve généralement ce serpent endormi pendant le jour et pour ce motif on le désigne sous le nom de «jararaca paresseux». Quand il est irrité, il attaque à tort et à travers, manquant très souvent le but.
L'action du venin commence à se faire sentir aussitôt après
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l'accident. À l'endroit de la morsure, il se produit une douleur, avec sensation de chaleur, qui s'étend tout autour du point d'inoculation et gagne tout le membre. Il y a dans le membre mordu une augmentation progressive de volume, provenant de l’oedemè séreux ou séro-hématique qui se forme dans le tissu cellulaire souscutané; et peut s'étendre au tronc, après avoir envahi tout le membre offensé. Il y a aussi abaissement de température, vomissement d'aliments et de sang, des sueurs “froides, ralentissement et affaiblissement du pouls, fatigue musculaire, somnolence, perte de connaissance, hémorragie par la bouche, par l'oreille et quelquefois par la peau; la mort a lieu en état de refroidissement, par arrêt du coeur. Ces symptômes se présentent et se succèdent avec d'autant plus de rapidité que la quantité de venin inoculé par le serpent est plus grande et plus grande aussi se trouve la sensibilité de la victime. Quand la dose du venin est insuffisante pour déterminer la mort du blessé, on peut observer des symptômes identiques à ceux que nous avons mentionnés plus haut, ayant une intensité et une durée proportionnées à la quantité de venin inoculé; puis, la guérison survient spontanément. Le récit suivant du naturaliste Schombourg est intéressant et nous donne un tableau parfait des circonstances dans lespuelles se produissent de tels accidents, et aussi des symptômes dans un cas de morsure, très probablement de Lachesis lanceolatus:
«Après avoir traversé le Murre, raconte le même naturaliste nous marchâmes plus au nord-ouest à travers une savane où coulait une rivière d’environ trois mètres de large, qui nous barrait le passage en coupant le sentier. Au millieu du lit de la rivière était un bloc de grès qui nous aida à passer le cours d’eau. J'étais le seizième à passer. Immédiatement derrière moi venait la jeune Indienne Kate, qui avait obtenu l'autorisation de suivre son mari à cause de son caractère gai et plaisant, car elle était le boute-entrain de toute la société qui l’aimait beaucoup.
Au moment de passer le cours d’eau, quelques petites fleurs attirèrent mon attention, et ne me rappellant si je les avais dans mon herbier, je m’arrêtait quelque temps pour les examiner. Kate m'invite alors à sauter sur la pierre; je pris un point d'appui et le fis en riant. À ce moment même un cri d'horreur poussé par Kate me terrifia, et les Indiens qui nous suivaient firent
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retentir le cri de terreur: «Akuy. Akuy.» (Un serpent venimeux). Je me retournai pale comme la mort vers Kate qui se tenait à côté de moi sur le même bloc de pierre et lui demandait si elle avait été mordue. La malheureuse se mit à pleurer, et je remarquai plusieurs gouttelettes de sang à la jambe droite, dans la region du genou. Seul un serpent venimeux avait pu faire une semblable blessure; seuls les soins les plus prompts et les plus énergiques avaient quelque chance de sauver notre enfant gätée. Par malheur le Dr. Fryer et mon frère se trouvait à l’autre extrémité de la caravane, tandis que l’'Indien qui portait la pharmacie et la trousse contenant les lancettes avait traversé la rivière et se trouvait bien en avant. A défaut d'autre chose, je défis sans retard mes bretelles et liai avec elles le membre aussi fortement que je pus, pendant que je faisais sucer les plaies par les Indiens de la suité. Je crois que la pauvre femme n'avait pas senti qu’elle avait été blessée, bien qu’elle eût été mordue deux fois, d’abord au-dessus d'un bracelet de perles qui entourait le membre au-dessous du genou, puis un peu en dessous de ce même colier. Nos allées et venues attirèrent l'attention des gens qui composaient notre cacaravane; le mari de Kate arriva. En apprenant la terrible nouvelle, il ne laissa rien paraître de son émotion, bien qu'il fût, en réalité, très épouvanté. Pale comme un mort, il se précipita à côté de sa femme chérie et se mit à sucer encore les plaies. Pendant ce temps, Fryer, mon frère et l'Indien arrivaient avec la pharmacie. Fryer incisa largement les blessures qui furent sucées par les Indiens. Le cercle formé par ces hommes au regard impassible, les lèvres teintes de sang, avait quelque chose d’horrible.
«Bien que des soins eussent été donnés pour ainsi dire immédiatement, bien que nous ayons employé l'ammoniaque à l'extérieur et à l'interieur, tous nos efforts furent vains. Trois minutes après la morsure, les signes de l'empoisonnement étaient déja évident. La malhereuse si mit à trembler de tous les membres tandis que la visage devenait de plus en plus pâle et prenait un aspect cadavérique. Le corps se couvrit d'une sueur froide, tandis que la pauvre femme se plaignait de violentes douleurs dans tout le membre blessé, dans la région du coeur et dans le dos. Le membre blessé était comme paralysé. Il survint bientôt des vomissements qui furent bientôt suivis d’hémathèmése; le sang se fit
bientôt jour par le nez et par les oreilles; le pouls battait alors cent vingt fois à le minute. Huit minutes après on ne pouvait plus connaître la pauvre Kate tellement elle était changée: elle venait de perdre connaissance.
«Le serpent qui avait occasionné ce malheur, avait été trouvé couché à quelques centimètres du chemin et les Indiens l’avaient tué. J'avais probablement touché l’animal au moment où je m'élançai pour sauter et il s'était alors tourné vers Kate qui me suivait et l'avait mordue. Lorsque les Indiens découvrirent le reptile, il s’était déjà levé sa tête; était revelée, sa gueule ouverte, et il se préparait à mordre de nouveau. Quinze personnes avaient passé tout près de lui, la pauvre Kate en fut la victime.
«La pauvre femme toujours sans connaissance, fut placée dans un hamac et reportée vers le village que le matin elle avait quitté si gaie et si rieuse. Accompagnés de Fryer et du mari de la malheureuse nous nous mimes en route. Nous étions désespérés, car nous ne savions que trop que tout espoir était perdu, et que le regard que Kate nous avait adressé il n y avait qu'un instant, était fatalement le dernier!»
Cette espèce se nourrit presque exclusivement de rats et autres petites rongeurs. Quelques naturalistes et des voyageurs affirment qu'il se nourrit aussi de petits oiseaux. Nous devons, cependant, dire ici que dans un grand nombre d'individus dont nous avons fait l’autopsie, nous n'avons jamais rencontré de plumes dans l’estomac.
Dans les accidents déterminés par cette espèce on peut employer le sérum anti-bothropique ou l’anti-ophidique. Le premier est beaucoup plus actif que le second et exige, par conséquent une moindre dose. Le sérum anti-ophidique est, cependant, suffi-. samment actif, et doit même être préféré si on a un doute sur la classification du serpent qui a mordu.