OLYMPIO PORTUGAL
N.0 1 — Caetana, brésilienne, âgée, de près de 40 ans, fut piquée par on jararacuçü le 29 janvier de cette année (1912). Deux heures et demie après l’accident, moment où lui arrivèrent les scours, elle était calme, avec 90 pulsations et température de 37.0,4. Elle ne présentait pas d’hémorrhagie, elle accusait une vive douleur dans la région hypothénaire droite, où avait lieu l’inoculation du venin. Au poignet correspondant on fit une forte ligature. Avec toutes les précautions aseptiques on fit dans le dos entre les deux épaules, une injection de 20 centimètres cubes de sérum anti-bothropique. A part la petite douleur produite par i’opération, il n’y eut rien d’anormal. Près d’une demiheure après, la température était de 370,2 et le pouls à 80. La patiente
se sentait un peu agitée soit à cause de la révolution due à l'accident, soit par la gêne de l'appareil d'intervention. Après avoir pris un calmant quelconque, elle se calma de suite, sans qu-il y eut réaction fébrile. Le lendemain, cependant, elle sentait de vives douleurs dans la région injectée ; ; elle eut une éruption cutanée généralisée avec un vif prurit, érythème simple d'après ce qui me fut décrit Cet état se calma lentement. Trois jours après l'accident, Caetana reprit son service, ne sentant plus rien, si ce n'est un certain engordissement douloureux dans la région injectée.
N.0 2— Nardelli, italien âgé de 30 ans, bien constitué, fut piqué au pied droit par un jararaca, en rentrant le soir des champs où il avait travaillé. Immédiatement après l'accident, les personnes présentes lui firent une forte ligature dans le tiers inférieur de la jambe correspondante; on cautérisa légèrement au fer le point de l’inoculation venimeuse. Près d'une heure après, le patient reçut l'injection de sérum. Le pouls et la température étaient normaux, il n'y avait pas d'hémorrhagie. Faute de mieux le sérum anti-ophidique, servit à faire une injection entre les épaules, avec les précautions nécessaires. La dose fut de 20 cent. cubes. Il n'y eut pas la plus légère réaction insolite: le patient rentra chez lui tranquillement et hors de danger, recommença son travail, guéri au bout de deux jours. Il convient de noter que contrairément à © qui est très commun dans l'intérieur, les victimes des piqûres ne furent pas alcoolisées après, comme on le fait pour traitement.
N.0 3 — Petite fille de 6 ans, faible, anémique, avait été piquée la veille à l’un des pieds par un serpent, dont l'espèce ne fut reconnue ni par les paysans ni par moi, quand nous examinâmes le reptile tué.
Aussitôt après la piqûre la petite fille souffrit peu. La thérapeutique se limita à l'application ir loco et à l'ingestion d'un des innombrables antidotes qui circulent dans l'intérieur. Près de 6 heures après l'accident, déperdition des forces, oppression, respiration bruyante, grande fatigue musculaire, perturbations visuelles et refroidissement cutané. Ce fut dans ct état que je vis la patiente le lendemain, 15 heures après la piqûre: pupille dilatée, pouls très faible, température au-dessous de la normale, indifférence à tout. Injection de 20 centimetres cubes de sérum anti-ophidique.
Le lendemain les nouvelles sont meilleures: la malade se ranime, après avoir bien dormi la nuit. Le lendemain elle se lève de bonne heure ayant recouvré complètement la santé.
N.o 4—F. Femme en service dans une plantation, âgée de 24 ans, fort bien constituée, entrant dans le cinquième mois de grossesse, est piquée par un jararacuçü au niveau du maléole interne du membre inférieur droit.
Près de 50 minutes après l'accident, on lui fait une injection de 20 centimètres cubes de sérum anti-bothropique.
La patiente n’accuse alors que de l'angoisse précordiale et de l'anxiété épigastrique ainsi que la peur du danger.
Elle a eu après un grande oedème du membre blessée mais elle s'est rétablit de suite.
N. 5—L. Agée de 18 ans, employée d’une plantation, forte et très bien constituée, est piquée à un des pieds par un serpent à sonnettes. Près de deux heures après elle reçoit l'injection de 20 centimètres cubes de sérum approprié.
Elle ne présente pas de symptômes alarmants sauf la peur du danger. Les pupilles, comme dans la majorité des cas que nous avons vus, réagissent avec une certaine lenteur. Pouls et température normaux; au bout de trois jours, complètement guérie, elle a repris son travail.
N. 6— M., 35 ans, plus au moins, ouvrière agricole, lymphatique, fut piquée au bord interne de la main droite par un serpent qu'elle ne put pas reconnaître. 1
Pour boire, elle approchait sa bouche, d’un tuyau d'eau dans la campagne, quand voyant l’eau trouble, elle s'éloigna un peu pour examiner l’eau qu'elle avait laissé couler dans la main.
Dans le remous de l’eau elle reçut le serpent qui la piqua à la main et s’échappa sans que M. l’examinât bien dans le trouble de sa frayeur. Une heure et demie après elle reçut l'injection de 20 centimètres cubes de sérum anti-ophidique. Elle ne sentit rien d'anormal. Elle retourna de suite à son travail.
N. 7—N. âgée de 54 ans, journalière agricole, également faible et malade, est piquée par un serpent à sonnettes à la face interne du tiers antérieur de la jambe gauche.
Une ligature étant faite de suite au-dessus, elle ne reçoit des secours réguliers que 9 heures après. Dans cet intervalle elle absorbe une dose d'eau-de-vie, pseudo thérapeutique.
A l'heure où elle est vue, elle se présente dans un état presque comateux. Cet état dépend-il de la léthalité du venin ophidique ou de l'intoxication alcoolique ? Le fait est que le lendemain son état est meilleur et le rétablissement de sa santé ne se fait pas attendre. Nous avons appliqué, dans ce cas, 20 €. c. de sérum anti-crotalique.