‹ La défense de BelfortChapitre 2 sur 19 · II DÉDICACE · texte numérisé non relu

II DÉDICACE

loi confèrent ainsi une sorte d'infaillibilité qui n'admet de la part des inférieurs ni représentations, ni explications^ ni commentaires.

Cet esprit d'obéissance aveugle s'est de plus en plus exagéré sous le dernier empire^ et, joint à l'influence que la loi de 1832 et l'ordonnance de 1838 donnent aux chefs sur la carrière de leurs subordonnés, il a fini par empêcher presque complètement entre l'inférieur et le supérieur tous rapports verbaux et toute discussion technique suffisamment libres pour qu'ils pussent s^éclairer mutuellement.

Ces mœurs essentiellement prétoriennes permettaient du reste aux chefs de plus en plus nombreux qui n'arrivaient aux premiers rangs que par le favoritisme du régime impérial de masquer sans trop de peine leur incapacité et leur ignorance.

Le passé du génie militaire français m'avait offert, Monsieur, d'autres traditions. A mon entrée au service des relations faciles existaient encore entre les officiers des divers grades de cette arme. Nos chefs les plus capables, loin de rechercher l'exécution muette de leurs ordres, provoquaient assez souvent des discussions techniques qui offraient le double avantage d'accrottre l'autorité morale du chef et d'amener une solution généralement avantageuse de la question mise en discussion.

Sous l'influence délétère de Tempire ces mœurs républicaines avaient de plus en plus fait place dans l'arme même du génie, aux mœurs prétoriennes ; mais certains officiers, et j'étais du nombre, les avaient conservées et n'avaient eu qu'à s'en applaudir.

Promu au commandement supérieur de la place de Belfort, j'ai, continuant cette tradition, admis à venir discuter avec moi non^seulement les officiers auxquels je voulais confier le commandement des positions ou des opérations militaires, mais encore tous ceux qui croyaient pouvoir donner un avis utile à la défense.

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Les lumières que m'ont fourmes sur des points trèsnlivers bon nombre d'officiers de la garnison ont beaucoup assuré et facilité ma tâche. Ces mêmes militaires ont ensuite apporté dans l'exécution des ordres d'autant plus d'énergie et de résolution qu'ils avaient pris une certaine part au conseil et qu'ils étaient plus pénétrés du but à atteindre.

Non -seulement j'ai pu profiter ainsi des études et des réflexions des officiers les plus intelligents, mais encore apprécier la valeur de chacun d'eux, et, sans violer la hiérarchie, je me suis attaché à assigner aux plus capables, quel que fût leur grade, les postes les plus importants, et j'ai débarrassé leur action de toute entrave en les gardant sous mon contrftle direct et immédiat.

Cette règle de conduite m'a permis, Monsieur, d'obtenir de ces militaires non plus seulement un concours apparent et plus ou moins inconscient résultant de l'obéissance passive, mais, ce qui est bien supérieur, un concours libre, intelligent et actif à l'exécution d'ordres précis, qu'ils savaient avoir été précédés d'une étude consciencieuse.

Qrftce k cette même règle de conduite, imitée du reste par certains militaires sous mes ordres, plusieurs officiers ont pu acquérir dans leur rayon d'action une grande autorité morale profitable à la défense, et quelques-uns étaient universellement connus et de la population et de la garnison.

J'ai tenu, Monsieur, à ce que ces faits fussent mis en lumière dans la relation de la Défense de Belfort dont j'ai chargé deux des officiers qui ont pris à cette défense une part des plus actives. La France sera, je n'en doute pas, heureuse de trouver dans cette relation , en même temps que le récit sincère des faits, les noms et les services des militaires qui m'ont le plus secondé.

C'est grftce à vous. Monsieur, qu'il m'a été donné de présider à la défense de Belfort et d'y faire application de ces principes techniques et moraux qui nous ont permis d'opposer k rennemi une résistance qu'il n'a pu vaincre. La loyauté

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