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II. Prophylaxie en Europe

Mesures à prendre dans les ports d'Europe.

S'Te LA DEFENSE DE L'EUROPE CONTRE LA PESTE.

M. Van Ermengem chargé du rapport sur les questions scientifiques s'exprima ainsi :

« Il a paru nécessaire de fixer autant que possible en un ensemble doctrinal les notions principales qui peuvent être considérées comme certaines dans l'état actuel de la science.

« Il est universellement admis que la peste est d'origine microbienne et due au bacille isolé à Hong-Kong en 1894 par Kitasato et par Yersin. Mais la découverte du germe spécifique de la maladie, bien qu'elle jette les plus vives lumières sur son étiologie, soulève des problèmes nombreux qui attendent encore leur solution.

« L'existence d'une forme larvée de peste a attiré l'attention de la Conférence sur les services que pourrait rendre la recherche bactériologique. Il n'est point douteux qu'elle puisse suppléer au diagnostic clinique et lui fournir un élément décisif. Malheureusement, jusqu'à ce jour, les incertitudes de l'examen microscopique des produits suspects, la nécessité de recourir à des cultures et à des inoculations limitent son application dans la pratique.

« Enfin, la Conférence a abordé l'étude des modifications que les progrès de la science indiquent d'apporter aux procédés de désinfection usités jusqu'ici ; les instructions contre le choléra admises par la première Conférence de Venise ont été acceptées comme base de la discussion.

(( Il a paru que ces instructions pouvaient être mises aisément au courant moyennant quelques modifications. »

Pour atteindre le but que se proposaient les promoteurs de la Conférence, il a été nécessaire que chacun fît des concessions à l'intérêt commun.

Aucun des Etats qui ont pris part à cette réunion n'a pu avoir la prétention de voir affirmer dans la Convention toutes les opinions qu'il eût désiré faire triompher.

L'important était qu'il en résultât un état de choses supérieur dans l'ensemble à celui auquel on avait voulu remédier.

Après les marques d'affolement qu'avaient données certaines populations, il fallait trouver une rédaction qui pût donner satisfaction à diverses puissances dont l'opinion sanitaire était tout à fait opposée.

Aussi a-t-on formé une liste des marchandises ou objets susceptibles, envisagés au point de vue des défenses d'importation ou de transit et de la désinfection, liste qui pût donner satisfaction à l'ensemble des puissances réunies.

Les travaux de la Conférence et l'œuvre finale qui en est résultée portent ainsi l'empreinte d'un vif désir de conciliation et de sacrifices mutuels.

La portée des propositions votées est la suivante : aucune marchandise quelconque non comprise dans la liste adoptée par la Conférence ne pourra être prohibée d'une manière générale à l'avance ; et celles qui peuvent l'être parce qu'elles figurent sur cette liste, ne doivent pas l'être obligatoirement. L'autorité du pays de destination a le droit de les accepter après désinfection ou même sans désinfection.

Ces principes ont décidé un certain nombre de délégués à voter l'ensemble de la liste malgré leur hésitation à considérer àprioi'i comme suspectes des marchandises telles que les peaux non tannées, les peaux arseniquées ou encore les laines brutes qui, après avoir été rassemblées dans de grands magasins où elles sont soigneusement lavées, sont expédiées en ballots comprimés et cerclés.

(( Une seconde observation essentielle qui a levé les scrupules d'autres délégués auxquels la liste semblait

au contraire incomplète, c'est que l'autorité sanitaire du lieu d'importation conserve le droit absolu de soumettre à la désinfection tout ce qu'après examen elle considère comme contaminé (1). »

Cette liste n'est pas intangible. La règle qui doit diriger notre administration sanitaire est d'interdire seulement l'importation aux objets qui ne peuvent que très difficilement être désinfectés, comme les drilles, les chiffons, les débris frais d'animaux, les onglons, venant directement ou indirectement de toute localité où la peste aura été constatée.

Nous devons au contraire admettre après désinfection et ayant la même provenance les linges de corps, les bardes, les vêtements, les objets de literie, les cuirs verts ou les peaux fraîches.

Les laines brutes ou manufacturées venant directement de toute localité contaminée de peste seront également soumises à la désinfection.

La division des navires en mf/e??2?2es, suspects, et infectés, a de nouveau été acceptée par la presque unanimité des puissances. Une seule a voté contre.

Le régime sanitaire prescrit à l'égard des différentes catégories de navires est resté le même soit au point de vue de la visite médicale, de l'observation ou de la surveillance sanitaire, avec cette différence que la Conférence ayant accepté une durée d'incubation de dix jours pour la peste, la durée de Xohservation ou de la surveillance a été portée à dix jours.

Les décisions de la Conférence de Dresde relativement à l'atténuation des mesures qui visaient le point de départ de la provenance ont été maintenues.

(1) Rapport Béco sur les mesures à prendre en Europe.

Autrefois, lorsqu'une maladie pestilentielle se déclarait sur un point d'un pays quelconque, toutes les provenances de ce pays étaient considérées comme contaminées, même quand ce point était limité et circonscrit.

Confirmant les résolutions adoptées à Dresde, nous avons accepté que les mesures de prophylaxie seraient seulement prescrites contre la circonscription territoriale contaminée et non contre le pays tout entier.

Bombay, Kurachie, une partie de Flnde anglaise étant en ce moment envahis par la peste, la Conférence a indiqué les mesures de défense qui devaient être prises au point de départ de ces ports, pendant la traversée et à l'arrivée. Elle a prescrit dans les ports contaminés une rigoureuse visite médicale des passagers à leur départ, visite qui permît d'interdire l'embarquement des contaminés ou des suspects ; elle a ordonné la désinfection des bardes, vêtements et de tous autres objets souillés ou simplement salis.

Si ces mesures étaient strictement exécutées, on aurait beaucoup fait pour prévenir l'exportation maritime de la peste.

Malheureusement, d'après les renseignements qui nous sont parvenus, si la visite médicale se fait régulièrement, les mesures de désinfection semblent rester lettre morte.

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