RÔLE DE L'ALTITUDE
atteints à trois reprises par le choléra, le roi de Perse, durant chacune de ces épidémies, a transporté son camp, composé de 10 000 personnes, à 7500 pieds dans la vallée de l'Aar, au bas du pic volcanique du Démawend. Malgré d'incessantes communications avec les villages infectés, le camp fut entièrement épargné.
Farr (1) a même voulu démontrer que la mortalité du choléra était en raison inverse de l'élévation du sol; la moins grande fréquence du choléra sur les pics les plus élevés pourrait bien avoir aussi cette raison, que les points inaccessibles sont peu habités.
A Mexico et au Caucase, on a vu le choléra régner à une hauteur de 7 à 8000 pieds, ainsi que sur le plateau qui sépare Chiraz d'Ispahan (7000 pieds).
Griesinger pense que l'influence de l'altitude devient plus sensible dans un cercle limité. Des exemples établissent alors l'immunité relative des localités élevées. Déjà, dans quelques épidémies de l'Inde, on avait remarque que le choléra pouvait séjourner pendant des mois dans les parties les plus basses, tandis qu'il épargnait presque complètement celles qui se trouvaient à un niveau supérieur. Cette opinion a été justifiée en France par Fourcault, en Angleterre par Farr, et à Munich par Pettenkofer.
Fourcault a déduit de ses recherches que, dans les villes situées en amphithéâtre, on pouvait distinguer trois zones : la zone inférieure, siège principal de la maladie ;
(1) Farr, Registre)- gênerais Report o?i the mortality of choiera in England. Loudon, 1852.
la zone moyenne, peu affectée; enfin la zone supérieure, presque toujours indemne. A Londres, les dix-neuf districts de la zone inférieure subirent une mortalité trois fois plus considérable que les dix-neuf districts de la zone supérieure. Enfin, à Munich, en 1855, Pettenkofer, qui a observé cette progression et cette décroissance, remarque qu'elles résultent moins de l'action directe de l'élévation et de l'abaissement, qu'elles ne sont le fait de l'humidité du sol, humidité qui s'accroît sur les terrains déclives et s'accompagne de la décomposition des matières organiques.
L'humidité est, en effet, avec l'existence des eaux souterraines, une cause adjuvante des plus importantes. La crue considérable de ces eaux précéda les deux épidémies de Munich de 1836 et de 1854; le développement de ces épidémies parut coïncider avec l'époque de leur retrait; le contage cholérique dont le sol est imprégné se dégage alors plus facilement ; c'est là la cause mobile qui peut expliquer la variation des épidémies.
Hirsch est arrivé à une conclusion identique. Dans presque toutes les contrées, dit-il, où le choléra s'est montré à l'état épidémique, sa violence fut beaucoup plus grande dans les points bas et humides, tandis que très fréquemment les localités élevées furent épargnées ; l'humidité n'est cependant pas la seule cause à invoquer ; ce dont il faut surtout tenir compte, c'est de l'humidité compliquée de produits de décomposition des matières animales et surtout des matières excrémentitielles.
On a considéré un terrain disposé en entonnoir comme favorisant l'intensité et la diffusion du choléra. Le fait a été bien constaté par Kreuzer, en 1855, pour l'un des faubourgs de Vienne. Pettenkofer, à Munich, a