PERSE
léra un rôle si important que nous devons entrer dans quelques développements.
« L'esprit des Persans, depuis mille ans jusqu'aujourd'hui, est coulé dans le même moule... Leur médecine, leur hygiène est la même qu'on enseignait en Europe il y a trois cents ans. Comment s'étonner que la Perse se montre si réfractaire aux connaissances et aux principes scientifiques nouveaux (1)? »
Telle est l'opinion émise sur la Perse par un homme qu'on n'a jamais accusé de partialité contre le gouvernement persan.
En effet, l'habitude d'universelle obéissance a laissé dans la Perse, comme dans tout l'Orient, une civilisation immuable. « Les vêtements, dit Montesquieu, y sont tels qu'il y a mille ans, les mœurs n'y sont pas plus changeantes, » et la superstition, aujourd'hui encore, y est telle, que le Schah, voulût-il même tenter quelque réforme fondée sur un principe scientifique, s'exposerait à échouer contre les préjugés religieux des mollahs.
Dans toutes les grandes choses qui constituent la vie des peuples, le génie oriental est resté en arrière des besoins et des destinées du genre humain.
L'homme n'est compté pour rien en Orient.
La religion lui conseille surtout le mépris de lui-même; la politique lui impose la servitude et prodigue sa vie ; l'art môme ne lui donne point de place et lui fait un rôle inférieur dans ses productions.
La Perse n'avait aucune industrie particulière, et, quant à la science médicale, nous ne voyons autour des rois de Perse que des médecins étrangers.
Vingt-deux ouvrages de médecine, les uns persans, les
(1) Tholozan, Rapport au roi de Perse (18G9). Proust. — Choléra.
autres, en plus grand nombre, arabes, existent en Perse. On y trouve quelques chapitres consacrés à l'hygiène.
Le premier en date et le plus important de ces ouvrages est le Canon d'Avicenne. Il a servi de guide aux écrivains persans venus après Cheik-al-Reiss (1).
Certains usages, certains préceptes populaires, qui sont en rapport avec le climat et les mœurs du pays, subsistent en Perse : ainsi, cet usage invétéré de l'émigration annuelle vers les montagnes aux approches de la saison chaude ; le soin ingénieux que les Persans mettent à pourvoir à la conservation et au bon marché de la glace.
Mais à côté de ces quelques pratiques heureuses, que de funestes coutumes, et quelles lacunes dans l'hygiène!
Les eaux ont en Perse une double origine : les unes sont le résultat des pluies équinoxiales (l'absence de ces pluies pendant plusieurs années a causé la sécheresse et la disette dans le pays) ; les autres proviennent des montagnes, elles circulent à grande distance dans des conduits à ciel ouvert. Il n'existe guère d'eau potable distincte de cette eau, et c'est dans ces mêmes canaux que les habitants viennent laver leur linge, leurs hardes, etc. ; ces conditions sont semblables pour toute la population.
Une boue noire, composée d'argile et de matières organiques en décomposition, se rencontre au fond des rares réservoirs d'eau potable.
Il existe bien en Perse un certain nombre de bassins dont les bordures en marbre offrent une grande élégance, dont Feau, d'une transparence limpide, se renouvelle
(1) D'autres ouvrages, n'ayant aucun caractère didactique, sont présentés sous la forme de conseils. Parmi ces ouvrages populaires les plus intéressants sont : Jad-al-mossaferine (la Provision du voyageur) et Rassoleh-Zahabièh(le Livre d'or). — Ce dernier ouvrage est attribué à l'iman Rèza, et aurait été écrit il y a environ 1050 ans. (Tholozan.)