DANS LES PORTS DE LA MANCHE ET DE L'OCÉAN
1° Navires suspects. — Les navires de cette catégorie (art. 36 du règlement général) ne sont admis à libre pratique qu'après une observation de vingt-quatre heures dans l'isolement et une inspection médicale ayant permis de constater l'absence d'accidents ■cholériques à bord.
L'observation de vingt-quatre heures pour les personnes et l'inspection médicale sont de rigueur dans tous les cas, quelle que ■soit la durée de la traversée et nonobstant la présence d'un méde- •cin commissionné à bord. Les mesures de désinfection sont facultatives. Quand elles sont prescrites, elles peuvent faire retarder l'admission à libre pratique du navire jusqu'à leur complet achèvement.
2° Navires infectés. — Tout navire infecté (art. 36 du règlement général), c'est-à-dire à bord duquel des accidents certains ou seulement probables de choléra ont eu lieu pendant la traversée, quelle qu'en ait été la durée, ou bien sont constatés par l'inspection médicale, est soumis à la quarantaine de rigueur. Dans ce cas, s'il y a des malades à bord, ils sont, si faire se peut, débarqués immé- ■diatement au lazaret ou dans un local isolé pouvant en tenir lieu. Les personnes non malades sont soumises dans l'isolement à une quarantaine qui peut varier de un à sept jours pleins, selon les -circonstances.
Les effets à usage, les objets dits susceptibles et le navire sont soumis à une désinfection aussi complète que possible, conformé-
40i LA DÉFENSE DE L'EUROPE CONTRE LE CHOLÉRA.
mont aux règles suivies dans la quarantaine de rigueur. Pour les personnes restées à bord pendant la désinfection du navire, la quarantaine ne commence qu'après l'opération terminée.
Une décision de l'autorité sanitaire détermine, dans les limites ci-dessus fixées, la durée de la quarantaine pour chaque cas particulier. En cas de réclamation contre une quarantaine qui excède trois jours, le conseil sanitaire est consulté.
Nous sommes loin, comme on le voit, des idées qui régnaient en France vers 1850, et qui se trouvent exposées dans le rapport suivant de Melier.
« Le fléau marche dans ses invasions à la façon des épidémies en général, tombe comme un orage sur les pays qu 'il atteint. Il y arrive on ne sait comment, sans avoir parcouru les pays intermédiaires, et nullement de proche en proche comme on parait le croire et comme il faudrait que cela fût pour que l'emploi des quarantaines pût être rationnellement indiqué. Il semble d'ailleurs s'être acclimaté en Europe et se répandre à peu près partout. On en conclut que les quarantaines ne peuvent rien contre le choléra et que, tandis qu'on les emploie, la maladie passant par-dessus toutes les barrières qu'on lui oppose arrive ou naît dans le pays, si môme elle ne s'y trouvait déjà.
» A quoi bon dès lors imposer au commerce, imposer aux relations en général des gènes et des restrictions sans utilité ? A quoi bon prendre des précautions qui ne préservent de rien et qui occasionnent en pure perte des sacrifices considérables? On va plus loin : on soutient que les quarantaines, au lieu d'être, comme on le suppose, utiles et efficaces contre le choléra, tendent à accroître les chances de l'avoir, et qu'elles en favorisent l'invavasion en retenant les passagers dans les bâtiments ou lazarets et en les y entassant, quand il faudrait au contraire s'appliquer, par tous les moyenspossibles, aies disperser. »
Ces lignes sont extraites d'un rapport présenté par la
FRANCE
commission appelée à préparer la solution des questions soumises à la Conférence de Paris (1831).
Comme nous l'avons souvent dit, dans le cours de cet ouvrage, dans les points qui sont de véritables positions stratégiques contre le choléra, le canal de Suez parexemple, les mesures devront être appliquées d'une façon rigoureuse ; mais quand la maladie a franchi les barrières de l'Europe, la préservation, surtoutpar la route de terre, devient plus difficile : la voie maritime peut être encore utilement défendue. C'est en effet à de sages mesures, prises clans nos ports de l'Océan contre les arrivages de Hambourg, que nous avons dù notre immunité alors que Hambourg était infecté (1872). Il en a été de même •de Marseille en 1873; l'Italie était envahie, les communications par terre étaient libres. Cependant Marseille se préserva en mettant en quarantaine les ports de l'Italie.
L'action de ces mesures partielles est surtout efficace contre de petites épidémies ou des retours d'épidémies qui peuvent être limitées dans leur foyer. Ce qui s'est passé à la frontière d'Espagne en 1890, montre que nous ne devons pas désarmer.
Depuis la fin de l'année 1884, ma principale préoccupation a été de diminuer les rigueurs des mesures restrictives, tout en donnant à la sauvegarde de la santé publique des garanties équivalentes. Dans ce but j'ai rédigé, au commencement de 1885, divers projets de règlement qui ont été adoptés par le Comité consultatif d'hygiène publique de France, et dont le principe a été sanctionné par le comité technique de la Conférence internationale de Rome et dernièrement encore par celle de Venise.
Voici ces projets de règlements