‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 2)Chapitre 64 sur 93 · XX\II · texte numérisé non relu

XX\II

Combat de IN^otre Dame des Mèclies.f 3o Septembre (1870!

FosUions vers 8 . %'xiii nui^i/t

bordent ont été coupés, renversés les uns sur les autres, de manière à former un fouillis inextricable (1).

Pour protéger notre flanc droit, deux compagnies du l" bataillon du 6^ de marche, laissant une réserve à la barricade élevée à l'entrée de Maisons-Alfort , se déploient en tirailleurs en avant du village, le long de la grande route de Gex et de la ligne du chemin de fer.

Arrivée sur la place de l'église de Maisons, la colonne priso de crétcii

^ ^ et de la feriiiu

du général d'Exea tourne à gauche et suit le chemin ^^des-Mèches"^' de Créteil... L'avant-garde, formée des deux compagnies de chasseurs à pied de la division, presse sa marche : parvenue à Créteil avant le jour, elle court à l'église où se tenait le poste prussien... surpris, l'ennemi s'enfuit et nous laisse des prisonniers... En peu d'instants tout le village est à nous ; deux bataillons l'occupent immédiatement.

Nos tirailleurs, continuant à pousser en avant, se dirigent sur la ferme de Notre-Dame-des-Mèches (2) : le poste prussien qui l'occupe se retire précipitamment sur Mesly sans faire de résistance.

Vers 6 heures du matin, maîtres de Créteil et de Notre- Dame-des-Mèches, gardés par le 5^ de marche, nous prenons des mesures pour assurer notre ligne de retraite. Un bataillon du 6" est en réserve derrière Créteil, un autre

. (1) Sur tout le pourtour de Paris , on avait ou la malheureuse idée (l'obstruer complètement les routes : c'était un très-grand inconvénient pour nous quand nous voulions faire une opération quelconque, et cela ne gûnait en rien l'ennemi qui nous attendait dans ses positions.

(•2) La veille, le général Mattat, avec une colonne forte d'un bataillon, d'un escadron et d'une batterie d'artillerie, avait voulu démolir cette furinc des Mèches à coups de canon et la rendre inlcnaljle pour l'ennemi. Pendant que l:i cavalerie gardait la route de Gex, l'artillerie, soutenue par l'infanterie, prit position à «00 mètres de la ferme. Mais la brume étant trcs-épuissr, ou ne parvint pas à distinguer les murs de la ferme, cl, a 9 heures, le brouillard ne se dissipant pas , le général dut rentrer sans avoir pu tirer un coup de canon.

Lataillon du même régiment se lient avec la cavalerie à la croisée des routes de Maisons -Alfort et de Charenton; ce dernier bataillon occupe le grand parc de Maisons- Altbrt, de manière à s'opposer à un mouvement tournant surnotre droite.

De ce côté nous étions encore protégés par les deux compagnies du 6* de marche, détachées en avant de Maisons-Alfort ; arrêtées près du Vert-de-Maisons, ces compagnies taisaient le coup de feu avec l'ennemi posté le long du remblai du chemin de fer. Enfin la plaine était gardée par deux escadrons de cavalerie, couverts euxmêmes par des éclaireurs qui tiraillaient avec les sentinelles ennemies établies tout le long du bois, et dans la maison du garde, sur le chemin de fer.

En avant de la ferme des Mèches, nos chasseurs à pied poursuivent leur marche : se défdant dans les fossés, derrière les haies, les arbres de la route, ils arrivent à moitié chemin du carrefour Pompadour ; là, ils ouvrent un feu très-vif contre les Allemands postés à ce nœud de routes.

Une batterie ennemie , près du carrefour, fait face à ces nouveaux assaillants ; nos deux batteries de 4 (commandant de Gossigny) accourent à la ferme des Mèches et engagent l'action. Écrasée par ce feu supérieur, l'artillerie ennemie se retire précipitamment.

Le général d'Exea voulant proliter de cet avantage, fait avancer par échelons lés bataillons établis entre Gréteil et Maisons , pour menacer Pompadour ; cependant les défenseurs de Gréteil engagent la fusillade avec les tirailleurs allcnuuids qui garnissent les pentes de Montmesly.

Au même instant , de Pompadour et de la ferme de l'Hôpital , débouchent dans la plaine do nombreux groupes ennemis soutenus par une Ijatlcrie ; sur la

gauche surtout les groupes s'avancent rapidement et deviennent menaçants... La batterie de mitrailleuses (capitaine Lefrançois), placée entre les Mèches et Créteil , braque ses pièces de ce côté ; quelques coups bien ajustés suffisent pour briser ces petites colonnes, qui se dispersent dans la campagne en laissant des morts et des blessés. Aussitôt, le général d'Exea envoie le capitaine Rouvière , de son état-major, chercher un escadron pour charger ces Prussiens débandés ; malheureusement notre cavalerie se trouvait à quelque distance en arrière et lorsque l'escadron arrive près des Mèches, les groupes ennemis sont déjà loin; nos cavaliers, lancés trop à gauche, sont accueillis par une formidable décharge venant des premières maisons de Mesly ; un certain nombre d'hommes et de chevaux sont atteints... l'escadron se replie accompagné parla fusillade et les obus.

Maintenus par leurs officiers, nos cavaliers montrent le plus grand calme ; longeant le parc de Créteil, ils rentrent au pas sous une pluie de projectiles : le général d'Exea a hâte de les voir à l'abri. C'est en leur portant l'ordre d'allonger l'allure, que M. de Castries', souslieutenant de dragons, adjoint pour la journée à l'étatmajor du général, reçoit au front un éclat d'obus, dont il mourut quelques jours après.

On n'entendait plus rien de l'autre côté de la Seine^ le combat semblait terminé ; il ;i'y avait donc plus lieu de continuer une lutte qui allait devenir inégale, car d'instant en instant les forces de l'ennemi ne cessaient de s'accroître ; de nouvelles batteries arrivées au carrefour Pompadour, venaient d'ouvrir un feu terrible... notre artillerie ripostait vigoureusement, mais inférieure en nombre, elle ne parvenait pas à prendre le dessus...

Ordre

Le général d'Exea ordonne la retraite, et, afin de pré- de retraita

venir un mouvement tournant sur notre droite, il envoie entre Maisons-Alfort et la Seine le 3" bataillon du 0" de marche pour renibrcer nos escadrons de cavalerie qui se trouvaient déjà de ce côté.

Nos colonnes commencent leur mouvement rétrograde, protégées par la batterie de mitrailleuses postée à l'angle des deux chemins de Gharenton et de Maisons-Alfort, d'où elle découvre et domine toute la plaine.

La grande route de Gharenton étant obstruée, nos troupes ne pouvaient se retirer que par le chemin déjà suivi le matin, de Gréteil à Maisons. Ge chemin, généralement bordé de murs, se trouvait par intervalles découvert ; dans un endroit, le mur manquait sur un espace de près de 20 mètres ; l'ennemi ne tarda pas à s'en apercevoir, et dès que la retraite commença, une batterie placée sur le flanc de Montmesly, à 3,000 mètres environ, dirigea son feu sur cette ouverture ; ses premiers coups furent d'abord trop courts, mais le tir ayant été rectifié, tous les obus tombèrent rapides, pressés, juste au milieu de la route à l'endroit découvert ; il n'y avait pas d'autres passages. . . nos batteries franchissent au grand trot avec intervalle entre les pièces ; cavaliers, fantassins se précipitent par groupes... soit hasard, soit promptitude de la part des nôtres, l'ennemi, malgré la précision mathématique de son tir, nous fait trèspeu de mal ; à peine si quelques hommes sont blessés ou contusionnés.

La batterie de mitrailleuses, qui ne se retire qu'après l'abandon du carrefour par nos réserves, traverse également sans encombre le passage périlleux; la section du génie qui fermait la marche est seule atteinte ; deux t)bus éclatent au milieu d'elle; les hommes sont bousculée, jetés à terre, mais au grand étonnement de tous, aucun , n'est blessé ; 1 sapeurs seulement sont conlusioiuics ])ar

les roues de la voiture d'outils dont les chevaux effrayés s'étaient emportés.

Les deux derniers bataillons d'infanterie, après avoir évacué le village de Créteil, évitent l'endroit dangereux et passent comme ils peuvent au milieu des arbres renversés de la route de Charenton.

A 11 heures 1/2, toutes nos troupes étaient rentrées à leurs cantonnements.

Nous avions eu :

45 hommes hors de combat.

De Gastries, sous-lieutenant de dragons, blessé mortellement.

Briois, capitaine d'état -major, aide de camp du général de Bernis, blessé grièvement au bras (1).

(1) Le capitaine Briois avait reçu un coup de feu de la maison du garde au moment où il traversait le chemin de fer de Lyon. Personne no l'avait vu tomber. Après la retraite, on le chercha vainement ; les Prussiens l'avaient emmené et conduit à Yères, où il resta jusqu'à la fin du siège, A Paris, on le porta comme mort.

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