Corps d'arlitlerie des mitrailleuses, . , Pothier
SO, — Compagnie de canonniers volontaires (formée par arfâté du Gouvcrncui\ du 15 jaii*
vier 1811) *.,,......,,,.. BmU, j
Ces corps francs d*artîllerie rendirent de bons services pendantlout le siège; mais celui des mitrailleuses, commandant Polluer, se Blgnala entre tons par son importance et le secours efficace qu'il apporta à la défense.
Corps francs d artillerie (service dos mitrailleuses).
L'opinion publique attribuant une partie de nos malheurs à notre faiblesse en artillerie, réclama très-vivement, dés le début du siège, des canons et, surtout, des mitrailleuses.
Les anciens ateliers de Meudon, transportés à Paris, et dirigés par le capitaine d'artillerie Potliier, continuèrent la fabrication des mitrailleuses, type de Meudon, et entreprirent bientôt la fabrication de pièces de 7, système de M. de Reffye. En même temps, l'industrie privée établissait des usines, des ateliers de tout genre,
et se mettait à fabriquer des mitrailleuses de modèles variés, des canons se chargeant par la culasse, etc.
Mais il ne suffisait pas de faire des canons, il fallait des artilleurs pour les manœuvrer.
Or, nos artilleurs se trouvaient à peine assez nombreux pour servir les batteries do campagne attachées aux divisions et corps d'armée ; il était donc de toute nécessité d'en créer, d'en former, d'en instruire de nouveaux. Sur la demande de M. Dorian, ministre des travaux publics, le Gouvernement décréta la formation d'un corps spécial.
Par arrêté, en date du 23 septembre (1), il fut or- ^, création
' ^ ^ ^ -" tfon corps frai
donné au capitaine Pothier, directeur des ateliers de /^e^y^ce d® construction des mitrailleuses de Paris, d'organiser un mitrailleuse») corps franc d'artillerie, pour le service des mitrailleuses et autres engins de guerre que le Gouvernement de la Défense nationale lui confierait.
M. Pothier ayant pu constater déjà le peu de valeur de la plupart des corps francs, voulut choisir sek hommes d'une façon spéciale, en exigeant toutes les conditions de moralité, de bonne conduite et de dévouement.
Il demanda aux chefs des grandes usines de Paris et au Président de la Commission du génie civil (2) (Je vouloir bien lui adresser les anciens élèves des écoles des arts et métiers, ainsi que les ouvriers mécaniciens désirant concourir activement à la défense. Par ce mode de recrutement, il enrôla comme canonniers, des hommes
(1) Voir aux pièces justificatives, n» XVI.
(2) Au moment de rinveslissemcnt , M. Dorîan , ministre des travaux publics, avait désigné la Société des Ingénieurs civils sous le nom de Commission du Génie civil^ et lui avait alloué un budget considérable destiné à la fabrication, par l'industrie privée, d'engins de guerre de toute nature.
Org misation
de deux batteries.
Cr^'nilon
de
deux nouvelles
bHtlerios.
intelligents, habitués aux machines, capables d'apprendre en quelques jours la manœuvre d'engins de guerre compliqués, et aptes à pointer habilement les bouches à feu. Connaissant par les patrons les antécédents de chacun, il pouvait refuser ceux qui ne lui présentaient pas des garanties suffisantes.
En quelques jours, il recruta 150 volontaires, auxquels s'adjoignirent quelques anciens militaires qui apportèrent au nouveau corps l'exemple et les habitudes de la discipline.
On autorisa M. Pothier à se faire seconder par le capitaine d'artillerie Sionnet, adjoint au Dépôt centrai, et par quelques-uns des employés militaires attachés au service des ateliers de fabrication des canons à balles.
Deux batteries furent bientôt organisées.
Le capitaine Pothier demanda la nomination des officiers par le Ministre de la guerre ; on lui répondit que le mode de nomination récomment ordonné par le Gouvernement, pour les officiers de la garde nationale mobile, devait être adopté pour la désignation des officiers du corps franc d'artillerie.
Heureusement le bon esprit des engagés fit désigner des chefs sur la plupart desquels on pouvait compter.
Le 29 septembre, on affecta le local du quai d'Orsay (anciennes écuries de l'Empereur) au casernement des deux batteries ; le manège devint un parc, dont le commandement fut donné au capitaine d'artillerie Laprade, adjoint au Dépôt central: Cet officier eut sous ses ordres deux lieutenants, un garde et un certain nombre de canonniers choisis parmi les ouvriers les plus capables d'entretenir le matériel en bon état.
Le nombre des volontaires augmentant chaque jour, on créa bientôt deux nouvelles batteries.
On pourvut à riiabillement à l'aide d'un crédit ouvert
par le Ministre des travaux publics, à la date du 30 septembre (1).
La tenue était analogue à celle des régiments d'artillerie.
La solde fut pour les officiers la même que celle des officiers de la 2* classe du même grade dans l'artillerie de l'armée de Paris ; les sous-officiers reçurent 3 francs et les canonniers 2 francs par jour.
Le but de l'organisation de ce corps franc étant d'initier le plus promptement possible les hommes à la manœuvre des bouches à feu et à la construction des batteries de position, dès les premiers jours d'octobre, on amena au quartier de l'Aima (quai d'Orsay) 4 mitrailleuses sortant des ateliers de construction de la rue de Vanves. En même temps que les volontaires apprirent le service de ces engins, ils furent conduits par détachements dans les bastions du 7* secteur, où on leur enseigna la manœuvre des diverses pièces de position.
Ils prêtèrent également leur concours à la Commission des barricades, ce qui les habitua à la construction des revêtements et des embrasures.
Au bout de très-peu de temps, tous ces hommes zélés, intelligents, furent mis au courant des manœuvres si diverses que comporte le service du canonnier.
En attendant que les ateliers de l'État ou de l'industrie privée eussent pu mettre des canons ou mitrailleuses à la disposition des volontaires, le capitaine Pothier leur fit apprendre la manœuvre du canon prussien, et la manière de le mettre hors de service.
On arriva ainsi à la fin de novembre. Le 27 de ce mois, les ateliers de l'artillerie livrèrent une batterie de 12 transformée en canons de 7 se chargeant par la
(1) Voir aux pièces justificatives, n<> XVII.
lift DÉFENSE DE PÂHIS,
culasse, et une batterie de mitrailleuses. Ce rualériél,
confié au corps franc, s'accrut de 6 pièces do 12 de siège,
La 1" batterie (Orgillet) fut désignée pour servir les canons de 7 ;
La 2* batterie (Tannery) eut les mitrailleuses ;
La 3" batterie (Ravanier) prit le service des pièces de 12 de siège.
Ces trois batteries, installées sur le plateau d'Avron, prirent une part active aux batailles du 30 novembre et du 2 décembre; à cette occasion, le commandant Pothier reçut les félicitations du Gouverneur pour Tattitude desGs volontaires et pour les résultats obtenus avec Tarlillorie nouvelle.
Le 3 décembre au soir, une nouvelle batterie de pièces se chargeant par la culasse et servie par les caoonniers du corps franc, fut amenée sur le plateau d'Avron par le capitaine Laprade.
Dans celte batterie se trouvaient les quatre premières pièces de 7 livrées par l'industrie privée ; trois furent mises hors de service aux premiers coups.
Chaque jour de nouvelles pièces étaient livrées par la Commission du génie civil. Vers le 10 décembre, le parc du corps franc commençant à prendre une grande importance, la cour des ateliers de chargement des munitions, située 159, rue de Vanves, servit d'abord de dépôt ; mais l'emplacement devint bientôt insuffisant, il fallut placer les caissons dans un terrain voisin, précédemment utilisé pour l'établissement des ballons observateurs.
Le corps franc, étant trop faible avec son effectif de A batteries pour servir toutes les pièces nouvelles livrées par l'industrie, on fit appel à des canonniers de la
garde nationalo, qui n'avaient pa» été préalablement exercés.
Afin d'obvier à cet inconvénient, le Gouveroeur, par décision du 24 décembre, autorisa le corps frano d'artillerie à porter Teffectif de chaque batterie à 110 hommes au lieu de 100.
C'était renforcer le corps de 40 nouveaux servants; mais cette augmentation du personnel n'étant pas encore en rapport avec Taccroissement journalier du matériel construit, on doubla Teffectif après l'affaire d'Avron, où les artilleurs du corps franc s'étaient particulièrement distingués (2 janvier 1871) (1).
Il prit dès lors la dénomination de Corps d'vtiUerie des mitrailleuses^ et dut se composer de 8 batteries à pied, d'un parc d'artillerie et d'une batterie de parc montée.
Ce décret de réorganisation du corps franc d'artillerie permettait le recrutement d'un personnel suffisant pour le service des nombreuses bouches à feu construites par l'industrie ; malheureusement^ il était déjà bien tard pour former les cadres, instruire les servants, et les mettre à même de rendre des services en présence da l'ennemi.
Cependant, dès le 3 janvier, un bureau d'enrôlements pour la durée de la guerre fut installé au quartier de l'Aima.
Le nouveau corps franc étant assimilé à la garde nationale mobile, les nominations d'officiers, dans les nour velles batteries, furent faites par le ministre de la guerre (2).
(1) Voir aux pièces justificatives, n» XVHI.
(â) Nous avons vu que les graves inconvénients qui résuitaieuty pour la disciplino, do la nomination à l'élection des officiers de la garde nationale mobile, avaient fait revenir à la nomination de ces officiers par le ministro de la guerre.
120 DEFENSE DE TAfllS,
M. Pûlhier, chef d*escadron à rétat-major particulier de rartilIeriejfQt nommé colonel du corps d'artillerie des mitraillauses ;
M. Sionnet , capitaine à Fétat-major particulier de rartîllerie, adjoint au dépôt central, fut nommé chef d'eè* cadron du corps;
M, Laprade, capitaine, reçut le titre de chef d'escadron, directeur du parc»
Les cadres une fois constitués, les canonniers furent répartis de manière que , dans chaque batterie , une partie de reffectif se composât d'anciens volontaires du corps franc, et Tautre partie de nouveaux enrôlés, afin de donner de rhomogénéilé au nouveau corps.
Jusqu'à cette époque, les transports avaient été faits à Tiiidc de réquisitions ; mais ce système devint bientôt insuilisant; la consommation journalière réduisait ainsidérablement le nombre des chevaux disponibles; le Ministre des travaux publics dut s'adresser à la Compagnie des omnibus, qui s'engagea à fournir au corps d'artillerie des mitrailleuses, 200 chevaux hongres et 120 conducteurs embrigadés (12 janvier), ices rendus Ce corps d'artillerie rendit de grands services pendant bardemeni. le bombardement. Les excellents résultats obtenus par les nouvelles pièces de 7, faisaient qu'on en réclamait sur tous les points attaqués. Ses détachements furent envoyés successivement dans différents bastions du 7* secteur, puis au fort de Vanves, au Mont-Valérien, au moulin des Gibets, et, enfin, au fort de la Briche.
Jusqu'à Tarmistice, les canonniers volontaires firent noblement leur devoir ; pendant toute la durée du bombardement, les convois d'approvisionnements étaient, chaque nuit, conduits régulièrement par la batterie du Parc, malgré le feu incessant de l'ennemi et le mauvais état des chemins. Grâce au dévouement des officiers qui,
jour et nuit, étaient occupés, soit à rorganisation du personnel, soit à celle des convois, jamais une seule pièce n*a manqué de munitions.
Le 29 janvier, l'armistice ayant mis fin aux hostilités, un décret du Gouvernement de la Défense nationale licencia le corps d'artillerie des mitrailleuses.