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Blesson

CONSID^ATIONS HISTORIQUES 13

toutes les colonies de rEiiipire,dans le but de cr^er , sur les fronlieres, des points d'appui contreles entreprises des peuplddes voisines. Plus tard, lorsqu'il eut reconnu que I'ennemi pouvait penetrer entre ces camps, il ordonna la construction d'une secondeligne de for- ^teresses, en arriere de la premiere.

C'est I'origine du systeme des lignes frontieres, qui eut une si grande vogue dans la suite et que Vauban appliqua k la defense du nord et de Test de la France.

On reconnait surtout ce systeme, dit Blesson, dans les constructions de Tangerraunde, Werben et Arnebourg, en arriere desquelles se trouvaient, a 4 ou 8 milles allemands, Gardelegen et Salzwedel. Ces forteresses servirent a eloigner les Va.ndales de la rive gauche de I'Elbe.

A la fin de la p6riode carlovingienne, on entoura beaucoup de villes de remparts, de fosses et de murailles pour les proteger centre les invasions des Normands d'abord, puis des Maggyares.

Vers le mSme temps, la nouvelle noblesse b^ltit un grand nombre de ch&teaux -forts sur les cimes des montagnes ou sur les saillies des rochers * . C'est Ik que les cbatelains, apres chaque expedition de guerre, mettaient leur butin en surete.

Au moyen-sige, les fortifications se multiplierent k rinfini, a cause de la nicessite ou se trouverent les vassaux de d^fendre leurs droits et leurs propri6tes

1. Max Wirth, Histoire de la fondation, etc. T. II, chap. XV.

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contre les entreprises des seigneurs voisins et des suzerains (barons^ comtes ou dues), et k cause aussi de la resistance que durent opposer plus tard les grands vassaux, aux empi^tements du pouvoir royal. Les manoirs de seigneurs et les ch&teaux-forts surgirent de toutes parts , surtout du x*" au xn<^ sitele. Le clerg6 construisit ^galement des fortifications pour prot^ger ses trdsors. Au xiv<^ si^cle il y avait 60 ch&teaux-forts entre Coblentz et Mayence, sur 20 lieues d'^tendue. D'apr^s Monteil, la France possddait k cette epoque 2,000 villes k enceinte fortifi^e. II ne se fit alors aucun progres dans Tart de Ting^nieur, parce que, depuis la chute de I'empire remain, on avait renonc^ k attaquer les places r^gulierement.

Les forteresses du moyen ^ge pouvant r^sister au belier, k I'escalade et aux machines de guerre de r^poque, il fallait^ pour les reduire, affamer les habitants par un blocus. Or ce moyen etait tr^s-pricaire, souvent meme impraticable, parce que les armees f^odales n'^taient astreintes qu'i un service de durie limitee (3 ou 4* mois sous les deux premieres races des rois de France et 40 jours a partir du xp si^cle). Le blocus exige des troupes permanentes et un systeme d'approvisionnements de bouche^ qui n'existaient pas du temps de la feodalite.

II resulte de ce qui precede qu'aucune idee strategique n'a preside a la construction des enceintes et des manoirs fortifies du moyen4ge, sauf peut-£tre les petits forts ou ch&teaux que Charlemagne ^leva le

long de ses lignes d'opSrations {k I'exemple de ce qu'avaient fait les Romains) , pour r^duire k I'obeissance les pays nouvellemeni conquis.

La fortification, d'abord individuelley au debut de la feodalite, devint communale k I'^poque oil les villes se retrancherent pour echapper au pillage de la noblesse 1. Elle n' acquit un caractere national^ que beaucoup plus tard (au commencement du xvi* siecle).

Lorsque, vers la fin de la feodalite, les rois se liguerent avec les communes contre les grands vassaux, ils leur octroyerent des chartes en vertu desquelles elles pouvaient, pour leur defense, organiser des milices et construire des fortifications.

C'est Torigine de la plupart des enceintes fortifi^es qui existaient encore, il y a un siecle, dans les £tats europeens autrefois soumis au regime feodal.

Les enceintes des villes les plus importantes ont et^ agrandies et renforcees, a I'epoque oil la substitution du canon aux catapultes et aux b61iers, obligea les ing^nieurs k remplacer par des escarpes terrassees avec parapets en terre et batteries flanquantes, les murs non terrass6s dont le pied etait defendu par des mllchicoulis ou par des tours cr^nel^es.

Notre programme ne nous permet pas de retracer ici les progres qui ont et6 realises dans Tart de la construction des places, depuis Tinvention de la poudre jusqu'i Tepoque actuelle.

1. La ligue hanseatique avait conslruit piusieurs forteresses dans ce but.

16 LA DfiFKNSB DBS ETATS

Nous nous bornerons k faire observer que les places qui eiistaient du temps deVauban, ^taient toutes d'anciennes forteresses agrandies, amelior^es ou recons* truites. Leurs emplacements n'avaient done point et^ d^termin^s par des considerations stratigiques. On s'itait content^ de laisser tomber en mines les places anciennes les moins utiles, et Ton avait conserve et renforc6 les autres, situSes soit sur des cours d'eaa soit sur des routes importantes.

On attribuait k cette epoque une si grande importance aux forteresses, qu'elles servaient k determiner les lignes fondamentales des plans de campagne, qui avaient alors pour objectif la prise de quelques villes, plutdt que la destruction des forces mobiles de Tennemi^

C'est seulement lorsque Yauban fut charge de la creation du syst^me d6fensif de la France, que Ton commenfa k 6tablir un certain rapport entre les principes de la guerre et Tordonnance g6n6rale des forteresses.

Les trait6s de 1678 ayant apporte un grand changement dans la frontiere du nord, entre la Meuse et lamer, Vauban r^digea, par ordre du roi, unm^moire sur les nouvelles places k fortilBer. Dans ce m^moire, le seul de ce genre qu'il ait 6crit«, il 6met Tavis que la frontiere du nord serait trSs-bien fortifi^e, si, k

1, La guerre, par von Clausewitz. T. II, chap. X. "

2. Apergu hutorique sur les fortifications , par le colonel Augoyat. T. I".

consid]6rations HISTORIQUES 17

rimitation des ordres Ae bataille, on la r^duisait sar deux lignes de places fortes, ordonn^es comme suit : en premiere ligne de Dunkerke k Dinant, 13 places dent 3 neuves, Furnes, Menin et Maubeuge, et 2 forts, dont un neuf a Mortagne; en deuxieme ligne, de Gravelines k Charleville, 13 places dont 2 a etablir ou k achever, Mariembourg et Charleville.

Toutes les places siluees en arriere de la seconde ligne devaient plus tard etre, les unes d^molies, les autres desarmtes, c'est-a-dire r^duites k leur corps de place.

Vauban n'a pas fait connaitre les raisons qui le d^terminerent k preconiser ce dispositif de defense, lequel du reste ne souleva aucune objection et fut consid6re pendant longteinps comme le nee plus ultra de Tart.

La situation ne se modifia que sur la fin du regne de Louis XIV, quand on eut reconnu les inconvenients qui r6sultent d'un nombre exagere de places fortes.

Deja en 1687 Vauban avait ecrit au marechal Catinat : « Vous avez raison de dire que le trop de places « en France est un inconvenient dont on ne s'aper- « cevra pas tant qu'on sera en etat d'attaquer autant « que de se defendre; j'en convicts fort avec vous; « et, s'il arrivait une grosse guerre , il serait fort k « craindre qu'il n'y parut des la premiere cam- « pagne. i

La guerre de la ligue d'Augsbourg et surtout la guerre de la succession, qui 6clata pen apres renvoi

BRIALMONT. 2

48 LA DlgPBNSE DES £TATS

de ceUe leitre, prouvent que rillostre ing^nienr avail eu raison de se plaindre non pas de oe qu'on eiil construit trop de nouvelles places, mais de ce qu'on eiit laiss^ debout trop de vieilles bicoqoes dont 11 avail demand^ la demolition.

Sur ce point il etait d'accord avec un cilebre eapitaine, mort en 1638. « Ce sont choses ^galement piril* a leuseSy disait le prince de Rohan, d'avoir plus de fortt teresses qu'on n'en peut garder ou de n'en avoir tt point du tout... Encore aimerais-je nieux le dernier a que le premier, parce qu'au moins, hasardant une « bataille, vous faites la moiti^ de la peur k votre ena nemi, mais par Fautre voie il faut p^rir assur^ment, « sans pouvoir esperer autre chose que d'allonger la tt perte. Car la jalousie que vous aurez de conserver tt toutes vos forteresses, en y laissant de grosses gartt nisons, vous ote le moyen de tenir une armee k la (£ campagne, et lors le degdt de deux ou trois recoltes a VOUS contraint de vous rend re la corde au col ^ »

Turenne avait a cet ^gard les memes opinions. S'il faut en croire Ramsay il donna a Conde le conseil f de « faire pen de sieges et de livrer beaucoup de com-

< bats, lorsqu'il aurait rendu son arm^e superieure k

< celle des ennemis par le nombre et par la bonte des ( troupes. )i>

La correlation qui doit exister entre les places et les operations strategiques, dans la defensive comme

1. Traite de la. guerre, chap. XIX. Ce traitefait partie du livre intitul6 : Le parfait capitaine.

dans Toffensive, n'a €i& signalee que longtemps aprSs le regne de Louis XIV. A une epoque out renlhousiasme pour les lignes frontieres etait encore tres-vif, Fr6deric-le-Grand disait k ses gen^raux : q: Dans la € guerre defensive , celui qui veut tout couvrir ne

< couvre rien : en dvitant les detachements, il s'expo- € sera bien k quelques petits maux, mais il 6vitera

< les grands desastres que la diminution des forces « entraine toujours avec elle , dans la defense surf tout. »

G'est exactement ce que soutint Napoleon dans sa correspondance avec le Ministre de la guerre, au sujet de la defense de la Dalmatie.

« II en est des places fortes, disait-il, comme des a placements de troupes. Pr6tendez-vous defendre une « frontiere par un cordon? Vous 6tes faibles partout, a car enfin tout ce qui est humain est limite. Artil- « lerie, argent, bons officiers, bons g^neraux, tout « cela n'est pas infini, et si vous etes obliges de disse- « miner partout, vous n'etes forts nuUe part. »

Le premier qui exposa des id^es justes et k pen pres completes sur cet objet est le general Jomini. Son Precis analytique des principales combinaisons de la jfwerre, publi6 en 1830, contient les prescriptions ' et recommandations suivantes :

« Autant une place bien situee favorise les op6ra- (c tions, autant les places Stabiles en dehors des direc- « tions importantes sont funestes : c'est un fleau pour « I'armde, qui doit s'affaiblir k TefTet de les garder, et

« un fl6au pour TElat, qui depense des soldats et de « 1' argent en pure perte. J'ose affirmer que beaucoup « de places en Europe sont dans ce cas.

(( S'il est vrai qu'une place soit rarement par elle- « meme un obstacle absolu k la marche de Tarmee « ennemie, il est incontestable qu'elle la gene et la (c force k des detachements et k des detours dans sa « marche ; d'un autre c6t6 elle favorise, au contraire, c( Tarm^e qui la possede, en lui donnant tons les avan- « tages opposes ; elle assurera ses marches, favorisera « le debouch^ de ses colonnes , si elle est sur un « fleuve, couvrira ses flancs et ses mouvements ; enlin, « lui donnera un refuge au besoin.

« On peut reduire les maximes de cette partie de c( Tart de la guerre aux principes ci-apres :

(( I*' Un Etat doit avoir des places echelonnees sur « trois lignes, depuis la frontiere j usque vers la ca- « pitale ^ : trois places en premiere ligne, autant en « seconde, et une grande place d'armes en troisieme « ligne, pres du centre de puissance, forment un sys- « teme a peu pres complet pour chaque partie de « frontieres de I'Etat.

« S'il y a quatre fronts pareils, cela fera de 24 a « 30 places...

« La France a plus de 40 places sur un tiers seule-

1. La campagne memorable de 1829. a encore prouve ces verites. Si la Porte avait eu de bons forts en magonnerie dans les defiles du Balkan, et une belle place vers Fakih, nous ne serions pas arrives a Andrinople, et les evenements auraient pu se compliquer.

CONSIDlfeRATIONS HISTORIQUES 21

<c ment de sa frontiere (de Besanfon k Dunkerque), <( sans que pour cela elle en ait assez en troisieme <( ligne, au centre de sa puissance...

(c En eomptant que la France a deux fronts de « Dunkerque k B^le, un de Bdle a la Savoie, un de la <c Savoie a Nice, outre la ligne tout k fait separ^e des « Pyr^nies, et la ligne maritime des c6tes de TOc^an, « il en r^sulte qu'elle a six fronts k couvrir, ce qui « exigerait de 40 a 50 places.

(( Si TAutriche eut un nombre de places moins con- <( sid^rable, c' est qu'elle etait entour^e des petits £tats <c de Vempire germanique, qui, loin de la menacer, « mettaient leurs propres forteresses a sa disposi- (( tion.

« ^^ Les forteresses doivent toujours etre construites « sur des points strategiques importants : Sous le rap- <c port tactique on doit aussi s'attacher a les asseoir « de pr^f^rence dans un site qui ne soit pas doming, « et qui, facilitant le d6boucher, rendrait le blocus (( plus difficile.

« 3^ Les grandes places, ceignant des villes popu- « leuses et commerf antes, offrent des ressources pour (( une armee; elles sont beaucoup preferables aux « petites, surtout lorsqu'on pent encore compter sur « Taide des citoyens pour seconder la garnison : <( Metz arreta toute la puissance de Charles-Quint ; « Lille suspendit toute une annee les operations du « prince Eugene et de Marlborough ; Strasbourg fut <( maintes fois le boulevard des armees fran^aises.

« Dans les derni&res giierres on a d^pass^ ces places , « parce que tons les flots de TEurope en armes « se precipiterent sur la France ; mais une armte « de 450,000 AUemands, qui aurait devant elle <c 100,000 Fran^ais, pourrait-elle impunement pene- « trer sur la Seine, en m^prisant de pareilles places « him muniesfCest ce que je me garderai d'affinner.

« A"" Jadis on faisait la guerre aux places, aux (( camps, aux positions; dans les derniers temps, au (( contraire, on ne la faisait plus qu'aux forces organi- (( s^es, sans s'inqui^ler ni des obstacles materiels, ni « de ceux de Tart. Suivre exclusivement Fun ou Tautre « de ces systemes serait ^galement un abus. La v6ri- « table science de la guerre consiste a prendre un « juste milieu entre ces deux extremes.

(( Sans doute le plus important sera toujours de « viser d'abord k battre compl^tement et k dissoudre (c les masses organisees de Fennemi qui tiendrait la « campagne; pour atteindre ce but decisif, on pent « depasser les forteresses ; mais si Ton n'obtenait « qu'un demi-succesy alors il deviendrait imprudent « de poursuivre une invasion sans mesure. Au reste, « tout depend de la situation et de la force respective <c des armees.

« L'Autriche , guerroyant seule contre la France, « ne pourrait pas r6peter les operations de la grande « alliance de 1814. De meme, il est probable que Ton « ne reverra pas de sitot 50,000 Franpais se hasarder « au deli des Alpes Noriques, au coeur de la monar-

considiSrations historiques 23

« cbie autrichienne, comme Napoleon le fit en 4797. « De pareils 6venements dependent d'un concours de « circonstances qui font exception aux regies com- « munes.

« 5" On conclura de ce qui precede, que les places <c sent un appui essentiel, mais que Tabus en serait « nuisible, parce qu'au lieu d'ajouter k la force de « Farmee active, il Tenerverait en la divisant ; qu'une « arraee, voulant avec raison chercher a detruire les « forces ennemies en campagne, pent, sans danger, « se glisser entre plusieurs places, pour atteindre ce « but, en ayant soin toutefois de les faire observer ; « qu'elle ne saurait cependant envahir un pays en- <c nemi en passant un grand fleuve, comtnele Danube, « le Rhin , TElbe , sans reduire au moftis une des « places situees sur ce fleuve, afin d' avoir une ligne a de retraite assuree : maitresse d'une telle place, « Tarmee pourra alors continuer Toffensive tout en « employant son materiel de si6ge a reduire successi- « vement d'autres places ; car, plus Tarmee agissante « avancera, plus le corps de si^ge pourra se flatter « de terminer Tentreprise sans Stre entrave par Ten- « nemi.

« 6° Si les grandes places sont bien plus avanta- « geuses que les petites , lorsque la' population est « amie, il faut convenir aussi que ces dernieres peu- « vent avoir cependant leur degre d'importance, non « pour arreter I'ennemi , qui les masquerait facile- « ment, mais pour favoriser les operations de Tarmee

24 LA DEFENSE DBS tiTATS

(c en campagne ; le fort de Koenigstein fut aussi utile « aux Fran^ais, en 1813, que la vaste place de Dresde, « parce qu'il procurait une tfite de pont sur TElbe.

tt Dans les pays de montagnes, de petits forts bien <i situ^s valenf des places, car il ne s'agit alors que « de fermer des passages, et non de creer un refuge « pour une arm^e. Le petit fort de Bard faillit arreter « Tarm^e de Bonaparte dans la valine d'Aoste en 1800.

tt T"" II faut deduire de 1&, que chaque partie des a frontifires d'un fitat doit etre entremelee d'une ou tt de plusieurs grandes places de refuge, de places tt secondaires, et mSme de petits postes propres k face ciliter les operations des armies agissantes.

« 8** Les grandes places retirees hors des direc- « tions strategiques, sont un malheur pour T^tat et <c Tarmee.

cc 9° Gelles qui sont sur les bords de la mer ne peu- « vent avoir d'importance que dans des combinaisons « de guerre maritime, ou pour des magasins : elles « peuvent devenir ddsastreuses pour une armee con- « tinentale , en lui offrant la perspective trompeuse « d'un appui. Benningsen faillit corapromettre les ar- « mees russes en se basant, en 1807, sur Koenigstt berg, k cause de la facilite que cette ville donnait a pour ses approvisionnements. Si I'armee russe, au « lieu de se concentrer, en 1812, sur Smolensk, avail a voulu s'appuyer sur Dunabourg et Riga, elle aurait a couru risque d'etre refoulee sur la mer, couple de < toutes ses bases de puissance, et aneantie. »

Le general Joraini s'est elev6 avec raison centre I'abus que Ton fit des lignes retranchees k T^poque des guerres de la succession, particulierement ea Belgique, sous les mar^chaux Villeroy et de Villars ^ On a pu constater pendant lesdites guerres I'inefficacite absolue de ces lignes, dont quelques-unes avaient de 20 k 30 lieues d'6tendue. N^anraoins on en construisit encore de tres-importantes apres le rfigne de Louis XIV.

a Les lignes de Wissembourg, dit le general Jomini, couvertes par la Lantern qui coule devant le fronts appuyees au Rhin k droile, et aux Vpsges a gauche, semblaient remplir toutes les conditions n^cessaires pour etre k Tabri d'attaque, et cependant elles furent forcees aussi souvent qu'assaillies. Les lignes de StoUhofen , qui jouaient, sur la droite du Rhin , le meme role que celles de Wissembourg sur la gauche, ne furent pas plus heureuses. Celles de la Queich et de la Kinzig eurent le mfime sort .

« Les lignes de Turin en i 706 et celles de Mayence en 1793, quoique destinees k servir de circonvallation, offrent une analogic complete avec les lignes precedentes, par leur etendue, par leur force et par le sort qu' elles eprouverent. »

L'exp^rience a demontrS que le raeilleur moyen de

1. Villeroy fit construire une ligne continue entre Anvers et Namur, passant par Lierre, Aerschot, Diest, Leau, Ramillies et Marche-les-Dames. EUe barrait loute la zone comprise entre I'Escaut et la Meuse.

Le mar^chal Villars retrancha de la meme maniere Tespace^ compris entre Valenciennes et la mer du Nord.

26 LA DISFENSK DBS ETATS

coDvrir un siege n'est pas de constraire des lignes de circonvallation, comme le iirent les Romains devaat Al^sia et les Franpais devant Tarin, mais bien de battre et de poursuivre le plus loin possible les corps ennemis qui pourraient le troubler.

Les pr^ceptes de Tauteur du Traite des graiides operations militaireSy marquent un progres reel dans Tart de la defense des Etats; pour s'en convaincre, il suffit de les comparer k ceux qui ont ^te pr^conises avant et meme apres la publication de son Tableau analylique.

L'^minent strat6giste allemand , von Glausewilz, dans un ouvrage public en 4832 (un an apres sa mort), imet sur le mfime sujet des idees moins precises et, k certains points de vue, moins avancees que eelles de Jomini. Voici en quels termes il les resume {De la guerre^ t. II, chap, x) :

« Quand les circonstances le permettent, il est de la « plus haute importance de fortifier la capitale ; d*a- « pres nos principes on doit faire la meme chose pour a les capitales des provinces et leurs villes principals « de commerce ^. Les fleuves qui coupent le pays, les « chaines de montagnes et autres obstacles naturals « du terrain, procurent ^ I'avantage de lignes de de-

1. II convient, dit-il, de fortifier les villes grandes et riches et surtout les places de commerce qui sont les magasins naturels des armees.... elles valent du reste par elles-memes la peine d'etre conservees comme une partie de la propriete publique.

2. L'auteur a sans doute oublie d'ajouter : « s'ils sont fortifies ou soutenus par des places fortes, »

considiSrations historiques 27

*c fense nouvelles; plasieurs villes demandent a etre a fortifiees k raison de la force naturelle de leur positt lion; enfin tous les ^tablissements mililaires, tels tf que manufactures d'armes, etc., sont mieux places « dans rint6rieur du pays qu'i la fronliere, et m6ri- « tent bien, vu leur importance, d'etre proteges par tt des fortifications. On voit, d'apres cela, qu'il y a tou- « jours plus ou moins de motifs qui portent k 6tablir « des places fortes a Tinterieur, et nous pensons done « que si, dans les Etats qui possedent beaucoup de « places fortes, on n'a pas tort de distribuer le plus « grand nombre le long des frontieres, ce serait cec pendant une grande faute que de ne pas en avoir du « tout a rint6rieur. »

Les idees du prince Charles sur la defense des Etats ont paru pour la premiere fois dans ses Principes de la grande guerre (ouvrage anonyme public a Vienne en 1808). EUes ne sont guere moins vagues que celles de von Clausewitz.

a Les forteresses, dit le prince, seront plac^es de « telle sorte que I'ennemi ne puisse pas aisement les cc laisser derriere lui sans tout risquer pour ses com- « munications et ses convois, et sans que, par suite, il « soit oblige de laisser en arriere une force considera- « ble pour les observer, les bloquer ou les assiiger. »

Ge but ne pent etre atteint, selon lui, dans un pays ouvert, qu'en plagant les forteresses aux entries les plus importantes, et principalement sur les fleuves

28 LA DISPENSE DES tTXTS

dont la direction est perpendiculaire k la frontiere. Ces forteresses doivent avoir de fortes garnisons et 6tre abondamment pourvues, except^ lorsqu'elles sent destinies k defendre des difilis en pays de montagnes.

« Quant aux forteresses destinies k servir d'appui a aux operations offensives, elles doivent pouvoir con- « tenir des magasins importants et itre situees de « telle sorte qu'en cas d'ichec elles couvi*ent la rea traite de I'armie et empichent les progres de Tentt nemi; il faut par suite qu' elles soient tres-grandes.

« II y a une troisieme espece de forteresses, situies « k rintirieur du pays etquisont k proprement parler « des places d'armes. Leur r61e consisle k conserver a des approvisionnements de toute espece pour Tena tretien et Tiquipement des armies, k recevoir les tt troupes battues, k favoriser leur organisation et leur cc armement, et a offrir aussi un point de ralliement ^ pour les forces militaires existant encore dans le& <i provinces. Ces forteresses doivent avoir une grande « enceinte, occuper des points centraux, et, si elles sont « sur un fleuve navigable, en occuper les deux rives. »

Le prince Charles, de meme que Jomini, est d'avis qu'on ne doit pas trop multiplier les places fortes.

a A quoi serviraient, dit-il, des forteresses qui en- « gloutiraient par leur itendue'une partie importante « des troupes destinies k combattre en rase camtt pagne? »

Dans ses Principes de strategies publiis en 1813, il s'exprime comme suit :

considSratioins historiques 29

« Le nombre, T^tendue, la force des places de « guerre qu'il s'agit d'etablir, se reglent sur la quan- « tite et rimportance des points dont il faut rester cc raaitre pour la surete et la facility des operations, cc Si le but de leur ^tablissement est tellement essence liel qu'il se rattache k la possession de toute une ct province, au succes d'une carapagne, a Toccupation a d'un point qui sert de clef aux objectifs, il est indis- « pensable que leur enceinte soil assez vaste, et leur « garnison assez nombreuse pour obliger Tennemi k « leur opposer des forces considerables. Des fortecc resses de cet ordre peuvent, selon leur importance c( et leur position, contenir plus mais jamais moins de « 12,000 hommes de garnison.

« II n'esUpas necessaire de donner tant de develop- « pement aux places qui ne font que faciliter la d6- « fense d'un pays ou qui concourent seulement k cou- « vrir ses frontieres, c'est-i-dire k celles dont Tobjet <t est de prot6ger une seule ligne d'operations, un point « strategique, un d^bouche, un passage, ni a celles « qui barrent les abords d'un objectif, renforcent une « position defensive , maintiennent les communica- K lions entre les grandes forteresses, etc. Toulefois il « est indispensable que la garnison de ces places de « second ordre soit nombreuse, lorsqu'elles sont sitt tuees k rembrancliement de plusieurs routes , et a que les troupes qui y sont postees peuvent par des « excursions nuireaux corps ennemis qui operent sur « des lignes secondaires ; mais quand il n'est ques-

30 LA DEFENSE DBS l^TATS

« lion que du point mSme qui est sous le feu de leurs « batteries, il devient superilu d'y laisser plus de (( troupes que n'en requiert leur defense immediate.

a On pent, selon la destination qu'on veut donner « h ces sortes de points de defense, les diviser en « quatre classes ; savoir : ceux de premier rang, ayant tt 42,000 hommes de gamison et au-dessus ; de second, « ayant depuis 12,000 jusqu'i 6,000; de troisieme, « ayant de 6,000 k 3,000 ; et enfin de quatrieme, noma m&s aussi forts. Ceux-ci ne doivent renfermer que a le nombre de troupes strictement necessaires k leur u defense.

tt De quelque c6t6 que Tennemi dirige sesopera- « lions, les forteresses de premier rang jouent dans a la defense un role majeur; elles sont inc^spensables a pour la conservation du pays, et d'apres cette consic( deration, lorsqu'il s'agit de determiner les troupes a necessaires a leur defense, il faut, au besoin, y em- (i ployer rafime une grande parlie des forces de TEtat. « Rien ne suppl6e au defaut de ces places; des lors il tt faut les construire avant toutes celles d'un ordre a inffirieur, et, quoi qu'il en coAte, s'en procurer tt Tappui. Ce n'est qu'apres leur parfait achevement « que Ton doit s'occuper de la construction de places (i dont rinfluence est bornee a des operations isolees ; « encore faut-il que ce soit en raison du degre d'im- « porlance de ces operations, et non pas en propor- « tion de I'etendue de leur developpement; autrement « leurs garnisons absorberaient toutes les troupes

CONSIDERATIONS HISTORIQUES 3i

«: disponibleSy et empecheraient de tenir une armee « en campagne.

cc II devrait y avoir dans chaque Etat une place <c d'armes qui en fut comme la clef, en assur^t Tinde- « pendance, et sans la prise de laquelle Tennemi ne • «c put faire que des invasions pr^caires, et ne causer it <t Vfitat que des maux faciles k reparer. »

(c Sans doute des lignes de places ainsi disposees <c ne mettent pas k Tabri des revers ; mais alors les « echecs n'entrainent pas de mine totale, n'otent € ni les moyens, ni le temps de r assembler de noutt velles forces, et ne reduisent pas k la cruelle alter- <i native de tout perdre ou de se soumettre. if

Ces preceptes sont moins clairs, moins precis et moiQs judicieux que ceux du general Jomini, en ce sens que le prince Charles exagere I'importance des places de premiere ligne et Teffectif de leurs garnisons. II propose, en effet, d'y jeter « la meilleure partie des forces actives de TEtat », ce que Tauteur du Traite des grandes operations bldme a juste titre V

1. Voir ses commentaires sur les Principes de strategic du prince Charles.

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