PARIS VIS-A-VIS DE LA FRANCE
bases plus logiques, plus philosophiques que celles que nous ont léguées nos pères. Toute Fintelligence du pays s'est concentrée ici ; c'est ici du reste que, grâce à des traditions dix fois séculaires, se traitent toutes les questions internationales; c'est d'ici qu'émanent toutes les lois qui régissent la France ; je suis le siège du pouvoir exécutif, le centre des finances nationales, de la littérature française^ de l'art français. Voyez d'ailleurs mes bibliothèques, mes musées, mes collections , les sociétés savantes qui s'y sont établies, les étrangers notables qui affluent vers moi. Tout cela ne me donne-t-il pas le droit de me considérer comme la tête de la nation ? Ne dois-je pas en avoir l'hé* gémonie? ne dois-je pas l'éclairer de mes lumières et la conduire dans le sentier que je juge le plus à même de la conduire au bonheur? »
A cela la province répond :
ce Je vous accorde volontiers que la tradition a fait de vous le centre du gouvernement, mais vous en avez profité pour tout absorber : vous ne nous laissez pas assez de vie, assez de libre arbitre, en ce qui touche à nos intérêts locaux ; en un mot, vous nous écrasez, et, après nous avoir réduits à l'état de simples automates que vous faites mouvoir à votre gré, vous nous méprisez, vous n'admettez pas que nous puissions avoir, nous aussi^ quelques lumières ; vous nous appelez des ruraux^ voulant exprimer par là que nous sommes arriérés ; enfin vous nous parlez d'un ton de maître, droit que nous refusons à juste titre de vous reconnaître, puisque vous-mêmes vous répudiez ridée d'avoir à vous soumettre à qui que ce soit. Vous exercez d'ailleurs sur nous un despotisme qui nous coûte trop cher ; sous prétexte de lumières^ vous nous lancez dans des aventures inqualifiables^ et^ depuis près d'un siècle, vous nous envoyez tous les vingt ans à peu près, par la poste ou parle télégraphe, une révolution
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rameuse. Or, nous prétendons avoir, nous aussi, on peu de yoix au chapitre , et nous n'en avons jamais j car toutes les fois que bon vous semble , vous mettez à la porte ceux qui nous représentent, d
Voilà la question nettement posée , et il me semble qu'il y a un peu de tort des deux cotés.
Les griefs de la province sont bien réels, mais c^est un peu aussi sa &ute si Paris affiche des prétentions exorbitantes.
La France est une grande dame riche et puissante : mdme après les immenses désastres qu'elle vient de sabir, diè n'a qu'à £ûre un signe pour trouver plus de milliards qu'elle ne demande ; il lui faut donc un grand salon de réception^ et, dès-lors, eUa doit s'attendre à payer son appartement plus cher que s'il ne se composait que d'une chambre et d'une salle à manger. Un salon exige de beaux meubles, des glaces de prix, des pendules, des vases, des statuettes de choix* £h bien! ce salon, c'est Paris , et la France n'y eat pas allée de main morte pour le meubler* Avouons aussi que c'est un salon fort coquet, que tout le monde veut voir; c'est, en un mot, le premier salon de ce genre en Europe ; il n'en existe pas de pareil; on y trouve, du reste, une société de choix, tous les grands seigneurs, tous les grands artistes» tous les grands écrivains, philosophes, économistes, savants et politiques.
Et la Oommune ne vient-elle pas d'y ajouter un agré^ ment, celui des ruines pittoresques ?
Dans ces conditions4à, un peu de morgue, un peu de vanité sont bien excusables.
Mais, chère France, n'est-ce pas aussi ta faute si tu te seus absorbée par ta belle capitale ? Interroge-toi un peu : dès qu'un homme a fait un peu de fortune en province, la première chose à laquelle il songe, neuf fois sur dix,