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Montesquiou à Servan, 3 octobre

Ces ordres fermes qu’on lui demande, Servan consent à les

donner le 3 octobre, bien qu’il quitte le jour même le ministère : «j'ai vu avec grand plaisir (1). la disposition où vous êtes de faire partir des forces dès le 29 sur Carouge. elles nous seront utiles pour Genève, où il faut entrer de gré ou de force. »

Mais Montesquiou persuadé qu’une action sur Genève soulèvera la Confédération tout entière et ouvrira à l’ennemi notre frontière du Jura, hésite à se porter en avant. Il préfère négocier. Le ministre Lebrun entre dans ses vues : «le conseil lui écrit-il (2), vous donne carte blanche pour attaquer Genève ou pour négocier avec ses habitants ». S'il négocie, il lui faut cependant disposer d’une force suffisante pour montrer qu’il est capable d’agir. «Il est donc nécessaire; général, que vous complétiez sur-le-champ toutes les dispositions nécessaires pour vous mettre en état de commencer un siège en forme... quant à la négociation, s’il est possible qu’elle soit suivie, il faut toujours qu’elle se termine comme si vous vous rendiez maître de la place, c’est-à-dire en y mettant une garnison française, que le gouvernement en cas d'accord doit consentir à recevoir ». -

Le conseil exécutif approuve formellement cette dernière condition dans sa séance du 10 octobre (3).

Cependant, Montesquiou s'élève contre une telle intransigeance : «vous me donnez une grande marque de confiance en me donnant carte blanche entière; pour attaquer Genève ou pour négocier; je désire n’user de ces pouvoirs que selon les vues du gouvernement ; mais vous y mettez une restriction qui paralyse tous mes moyens, si vous y persistez et qui me semble équivalente à une déclaration de guerre formelle aux Suisses. Vous voulez que la négociation se termine par l’introduction d’une garnison française dans Genève. C’est bien là ce que je crois impossible à obtenir... Si c’est, en effet, votre dernière détermination, je dois vous prier de me retirer le pouvoir de négocier » (4).

Ces arguments convainquent le ministre de la guerre qui appuie cette opinion au conseil et la fait adopter, malgré la résistance acharnée du génevois Clavière. On décide donc, que si les troupes Suisses évacuent le territoire de Genève, les Français le respecteront (5) et que Montesquiou peut assurer la Suisse de nos bonnes dispositions (6). Lebrun répond

Servan à Montesquiou, 3 octobre.

Lebrun à Montesquiou, 8 octobre.

Séance du conseil exécutif, 10 octobre, Aulard, I, 122. Montesquiou à Lebrun, 13 octobre.

Séance du conseil exécutif, 13 octobre, Aulard, I, 135. Ibid., 17 octobre, 155 à 157.

H, Libermann 10

SRE

aussitôt au commandant de l’armée des Alpes (1) : « vous êtes pleinement autorisé, monsieur, à déclarer aux syndics et conseil de Genève, que vous n’avez l’ordre d’entrer dans cette ville et sur son territoire; que dans la supposition où l’on persisterait à y conserver les troupes étrangères que l’on y à appelées ;: mais que dans le cas contraire, vous avez à vous abstenir d'y entrer et de donner aucune suite au différend qui à occasionné l'appel de ces troupes ». \

Il devient dès lors possible d’arranger l’affaire à l'amiable ; car Genève et la Confédération sont disposées à accorder le départ des Bernois. Quelques jours plus tard, Montesquiou envoie à Paris une «convention conclue et terminée, sauf la ratification du conseil exécutif» (2).

Ainsi, l'intérim de Lebrun au département de la guerre, qui a débuté par la liquidation de lPaventure Prussienne, qui a vu élaborer les grands projets de Dumouriez et de Custine, se termine sur un double succès militaire : l'évacuation du territoire et la prise de Mayence; sur un succès diplomatique : laccord avec Genève. Il s’est fait là, pendant une quinzaine de jours, un fructueux travail, préparé par Servan; mais dans lequel Lebrun peut revendiquer sa part, pour avoir eu le mérite d’appliquer les dispositions de son prédécesseur et surtout d’accueillir, de soutenir et de faire triompher les plans de nos commandants d'armée.

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