Avenel. Lundis révolutionnaires
4. Bouchotte, Jean-Baptiste Simon, commissaire ordonnateur. Né à Metz le 5 novembre 1753. Employé dans les bureaux du trésorier principal de l’extraordinaire des guerres à Metz puis à Strasbourg du 16 novembre au 14 mai 1779. Sous-lieutenant à la suite du régiment d’Esterhazy le 15 mai 1779; quartier-maître trésorier du 5e régiment le 8 août 1789, commiss ire des guerres le 17 décembre 1792, adjoint au ministre de la guerre (1'° division) le 18 avril 1793 ; commissaire ordonnateur le 1er mai 1793, réformé (mesure générale) le 25 prairial an IIT, remis en activité le 42 jour complémentaire de l’an III, réformé de nouveau (mesure générale) le 17 nivose an III, a cessé ses fonctions le 20 pluviose an X. A. G.
5, Meusni:r d> la Place, Jean-Baptiste’ Mari”, Charles, né à Tours le 19 juin 1754. Lieutenant en second, élève du génie de Mézières, le 1°7 janvier 1774 ; reçu ingénieur le 25 décembre 1775, employé à Charlemont et Givet le 1e7 janvier 1776. Lieutenant en premier surnuméraire, envoyé à l'école de Verdun le 20 janvier 1777; attaché à la 2° brigade du génie détachée en Bretagne et Normandie, le 8 juin 1779 ; membre de l’Académie des sciences ‘en 1784 ; capitaine le 27 mai 1787, aide-maréchal de logis au corps d’étatmajor de l’armée, avec rang de major, le 1° juillet 1788, a obtenu des lettres de service pour Cherbourg le même jour, attaché avec sa nouvelle qualité à la suite du corps du génie, le 4 août 1788, rang de lieutenant colonel le 11 juillet 1789, adjudant général lieutenant colonel le 1er avril 1791, colonel du 14e régiment d'infanterie le 5 février 1792, adjudant général colonel le 8 février 1792,employé à l’armée du Midi le 31 mai 1792 ; maréchal de camp employé au camp sous Paris, le 9 septembre 1792 ; employé à
été élu membre de l’académie des sciences. Il s'était trouvé à Cherbourg en 1783 avec Dumouriez et était devenu son ennemi personnel. Il professait un jacobinisme exalté. Pache va le charger fréquemment de la rédaction des rapports militaires, en lui donnant pour adjoints, Vergnes et Caffarelli Dufalga.
Vergnes (1), futur chef d'état-major du général Rossignol, sortait également du génie. Entré au service en 1773, 1l n’était encore que capitaine depuis le 19 mars 1786 et servait à l’armée du Nord, quand Pache le mande à Paris pour faire partie du ministère. De passage à Valenciennes, le 20 octobre, il discute avec Dumouriez et Labourdonnaye le plan d’invasion de la Belgique. Le ministre le récompense deses services, en le nommant successivement adjudant général lieutenant colonel, puis adjudant général colonel.
Caffarelli Dufalga (2), sortait lui aussi du génie. Il entrait dans l’armée en 1775. Capitaine depuis le 1er avril 1791, il avait été suspendu de ses fonctions par les commissaires de l’assemblée’ Législative près l’armée du Rhin, le 18 août 1792. S’étant retiré d’abord à Bourbonne-les-Bains, puis à la Ferté-sous- Jouarre, 1l gagnait Paris en novembre. La Convention décidait que cet officier serait placé sous la surveillance directe du ministre, qui connaissant ses talents, n'hésite pas à lui demander des conseils. Pache en quittant le ministère, lui délivrera un certificat de civisme (3) qui lui permettra de vivre sans être inquiété l’époque de la Terreur.
l’armée du Rhin le 14 février 1793, général de division le 5 mai 1793, mort à Mayence des suites de ses blessures le 13 juin 1793. A. G.
1. Vergnes, Jacques-Paul, né à Tonnains (Lot-et-Garonne), le 19 avril. 1755, lieutenant en second à l’école de Mézières en 1773, ingénieur lieutenant le 18 janvier 1775, capitaine le 19 mars 1786, adjudant génere:k lieutenant-colonel le 15 novembre 1792 ; adjudant général colonel, je 2 février 1793, général de brigade le 5 mai 1793, suspendu le 23 vendémiaire an II, comme soupçonné de trahison (Moniteur du 12 brumaire). Il se retire à Tonnains. Admis au traitement de réforme le 13 novembre 1800, rappelé à l’activité le 1er août 1809, réformé le 20 octobre 1809, retraité le 11 juin 1811, mort le 12 février 1841, A. G.
2. Caffarelli Dulfaga, Louis, Marie, Joseph, Maximilien, né au Falga (Lotet-Garonne), le 13 février 1756. Lieutenant en second à l'école du génie de Mézières le 26 janvier 1775, aspirant au corps du génie le 1er mai 1777, lieutenant en premier le 22 mai 1781, employé dans la brigade de Cherbourg le 18 mars 1782, capitaine le 1°r avril 1791, employé à Strasbourg le 18 octobre 1791, employé à l’armée du Rhin le 20 avril 1792, suspendu de ses fonctions par les commissaires de l'assemblée Législative pour l’armée du Rhin le 18 août 1792, réintégré nommé chef de bataillon, sous-dir.cteur des fortifications, le 5 avril 1795, employé à Paris le 16 mai, à l’armée de Sambre-et-Meuse le 12 juillet, chef de brigade le 16 octobre, général de brigade le 17 décembre, membre du conseil central des fortifications le 22 septembre 1797, commandant en chef le génie de l’armie d'Orient le 12 janvier 1798, membre d° l'institut d'Egypte le 22 août 1798, mort au camp de Saint-Jean d’Acre le 28 avril 1799. A. G.
3. Ce certificat est du 3 février 1793, A. G. Après avoir 1elaté la suspen-
Enfin Vieusseux (1), né à Genève, servait la France depuis 1773. II était maréchal de camp depuis le 45 septembre 1792 et employé à l’armée du Rhin. Gendre de Clavière, celui-ci obtient de Pache de le faire appeler dans ses bureaux à la fin d’octobre (2).
Le ministre répartit cet état-major dans les bureaux de son département qui comprennent, le secrétariat, le dépôt de la guerre et deux divisions chargées l’une du personnel, l’autre du matériel. Ainsi, il simplifie encore, par suppression de la division de lPartillerie et du génie, les trois divisions maintenues par Servan.
À la fre division (personnel) : se trouve Sponville, avec sous ses ordres Noël Bouchotte ;
À la 2€ Division (matériel) : Hassenfratz, dont dépend Vendermonde, chef de bureau de lPhabillement ;
Secrétariat : Xavier Audouin avec Vincent comme chef des convois de la guerre ;
Au dépôt de la guerre : le maréchal de camp Jarjayes (3) et l’aide de camp Dugazon (4).
sion de Caffarelli et ses déplacements à Bourbonne-les-Bains, la Fertésous-Jouarre et Paris, Pache ajoute « je certifie de plus que d’après la commission de toutes les pièces que j'ai, qui sont au bureau de la gu rre, rien n'indique, qui pourrait attirer sur cet officier le moindre reproche d’incivisme et que depuis qu'il a été mis sous ma surveilance, d’après toutes les informations que j’ai pu me procurer,ne m'est revenu que destémoignages favorables de civisme et de patriotisme de cet officier, que les talents dont il est pourvu font d'autant plus regretter, que l’&rx 6e a plus besoin de sujets méritants ».
1. Vieusseux, Jean-Louis, né à Genève, le 30 avril 1754. Cadet soldat au régiment suisse de Diesbach le 25 août 1773, sous-lieutenant le 26 juin 1776, lieutenant en second le 8 avril 1779, 1er lieutenant le 3 mars 1781, capitaine en second le 13 septembre 1786, réformé le 29 mars 1791, capitaine au 44° régiment le 15 septembre, aide de camp du général Sheldon le 1°r mars 1792, maréchal de camp le 15 septembre, suspendu le 26 août 1793, autorisé à demander sa retraite le 10 prairial an 11], pensionné à 1.800 fr. le 11 germinal an IV, employé au ministère de la guerre comme chef de bureau particulier du ministre le 127 novembre 1807, chef de division au ministère le 127 octobre 1812, rétabli sur le tableau des maréchaux de camp en date du 12 juin 1814. A. G.
2, Pache à Biron, 28 octobre 1792.
3. Jarjayes, François-Augustin, de Régnier, né dans les Hautes-Alpes en 1745. Aide de camp du général Baucet son oncle (1770), passe dans l’étatmajor en 1775. En 1791, il est fait maréchal de camp et directeur adjoint du dépôt de la guerre. Il se marie alors avec une des femmes de chambre de la reine et entre dans l'intimité de celle-ci. Il est chargé par elle de missions de confiance. C’est ainsi qu’il va à Turin, après la fuite de Varennes, pour empêcher le prince de Condé de prendre les armes et d'attaquer la France par Lyon, Ensuite, il sert d’intermédiaire dans les relations de Msric- Antoinette avec Lameth, Barnave, Duport. Après l'exécution du roi, il cherche vainement à maintes reprises à délivrer la reine ; puisémigre à la fin de 1793 en Piémont, ou il est nommé aide de camp du roi de Sardaigne. Il rentre en France sous le consulat. En 1815, il est nommé lieutenant général. A. G.
4, Almanach national (ci-devant royal) de France pour 1793.
- Enfin, le général Meusnier est chargé de suivre les opérations ; Vergnes et Caffarelli Dufalga lui sont adjoints.
Grâce au concours de ces chefs de service qui, à Pexception de Jarjayes, servent avec le plus grand dévouement, Pache va pouvoir transformer le personnel des bureaux. Il les épure en renvoyant tous les employés suspects d’aristocratie, qu'il remplace par des hommes sûrs (1), en nombre double (2), sans augmenter d’ailleurs beaucoup [e rendement, au dire de sés adversaires (3). Il exige de ce personnel une attitude démocratique, le tutoiement et prêche personnellement d’exemple (4).
Ces manières nouvelles frappent les contemporains, notamment les girondins, qui pleins d’acrimonie contre lui, cherchent à exagérer encore ce qu’il peut y avoir de choquant dans ces apparences extérieures. Tous font entendre à ce sujet les plus véhémentes protestations. Pour Buzot (5) : «aux hommes sages et fidèles de Servan, succède je ne sais quel ramas de forcenés et de brigands.» Barbaroux déclare : «il y a trois fois plus de commis qu'au temps de Servan, mais tous sont désorganisateurs et ne connaissent rien à la guerre (6) ». Gensonné affirme que «leur impéritie et leurs dilapidations coûtaient à la nation le double de ce qu’aurait coûté la guerre » (7) ; Dumouriez enfin, compare l'hôtel de la rue Grange Eatelière à un infâme tripot où «400 commis parmi lesquels plusieurs femmes, affectaient la toilette la plus sale et le cynisme le plus impudent. On n’y travaillait qu’en bonnet rouge, on y tutoyait tout le monde » {8).
À ces affirmations empreintes de l’esprit de parti, il convient
1. L'on choisit en principe des jacobins. Xaxier Audouin fait à cet égard subir un examen détaillé sur faits et articles. Miot de Mélito, Mémoires, I.
2. Servan possédait 80 commis titulaires et 40 auxiliaires. Grimoard, Tableau Historique, I, 363.
3. Fantin Désodoards, Histoire philosophique de la révolution française, les appelle « des massacreurs du 2 septembre, inapteset fripons » ; Grimoard, op. ci, « des barbouilleurs de papiers, la plupart tirés de la classe appelée les Sans Culottes, et parmi lesquels un grand nombre savait à peine tenir leur plume ».
4. «Il chassa un valet de chambre de bonne mine qui annonçait chez lui comme chez ses prédécesseurs et remplissait ses fonctions avec zèle et intelligence, pour donner sa place à un grand vilain crasseux, déguenillé comme le ministre, qu’il tutoyait et qui le lui rendait. Ce valet de chambre n'élait pas moins familier avec tout le monde, même avec les généraux, par ordre de son maître. Ce fut chez celui-ci et dans ses bureaux, que le grossier usage du tutoiement commença ». Grimoard, I, 365 ; Buzot, Mémoires, 77, 78, ajoute « on devait se présenter chez lui avec des cheveux
gras, un vêtement sale ou déchiré, affecter les plus extrêmes affectations du jacobinisme ».
DPI,
ee ARTE discours du 30 décembre, Moniteur du 1°r janvier 1793,
7. Séance du 2 janvier 1793, 8. Dumouriez, Mémoires, 309, 355.
d’opposer d’abord le témoignage d’un girondin qu’on ne peut suspecter pourtant de bienveillance envers Pache et qui ne l’épargne pas d’ailleurs; mais Sillery se montre moins acerbe dans son jugement : «les employés sont patriotes zélés, mais la moindre chose leur offre une difficulté et ils ont sans cesse la crainte de se tromper. On peut être un excellent citoyen et ignorer les détails nécessaires aux mouvements et à l’approvisionnement d’une grande armée » (1). On peut opposer ensuite celle d’un conventionnel, dont l'intégrité et la valeur sont suftisamment connues. Lacombe Saint-Michel déclarera à la Convention le 16 décembre 1792 : « vous savez que depuis longtemps on se plaint de l'aristocratie des bureaux de la guerre (2). Pache l'a senti; mais il a senti en même temps la difficulté de remplacer des hommes à qui la marche de ladministration est familière, par des hommes sans expérience; il la fait avec ménagement. Si vous le déplacez avant que son successeur soit au courant du travail, vous allez tout désorganiser ».
Et lassemblée ajourne indéfiniment la question du remplacement de Pache, voulant ainsi montrer combien lui parait excessive la critique de ses ennemis.
1. Séance du 31 janvier 1793, Moniteur, XV, 329. 2, Séance du 16 décembre 1792, Moniteur du 18, XIV, 767.