L'observation est sensible, psychique ou rationnelle
NAVILLE. — PHILOSOPHIE
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Cette diversité dans Tobservation est le résultat des divers ordres de réalités dont nous avons la connaissance directe. L'observation sensible, c'està-dire celle qui se fait par le moyen des organes corporels, révèle les propriétés diverses des corps : poids, couleur, température, etc. L'observation psychique, celle qui se fait par le moyen de la conscience, fait connaître les modes ou les actes de l'esprit : penser, sentir, vouloir. Voilà deux observations bien distinctes auxquelles il faut joindre la mention d'une troisième. Nous avons vu que, dans les éléments de la pensée, il en est qui s'imposent par leur ol>jectivité à titre d'idées nécessaires (11). Ces idées sont l'objet de l'observation rationnelle. On a dit : < raisonner c'est observer les idées >; cela est juste ; mais cette formule réclame une distinction importante. Quand j'observe mes idées personnelles qui peuvent être vraies ou fausses, je fais une observation psychique ; quand j'observe les idées nécessaires auxquelles les miennes sont conformes ou non, et qui me corrigent lorsque je me trompe, je fiiis une observation rationnelle. Ces idées sont en moi, mais ont des caractères qui ne permettent pas de les considérer comme de simples modes du moi (7 et 15).
On pourrait dire que toute observation est nécessairement psychique, puisque je ne connais rien que sous la condition de me connaître moi-même, et que tout ce que je pense est nécessairement ma pensée. Cela revient à dire que la conscience de moi-même est la condition absolue de toute con-
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naissance ; mais cette considération ne détruit pas la différence essentielle de la connaissance des corps que me révèle l'observation sensible, de la connaissance des idées nécessaires que me révèle Tobservation rationnelle, et de la connaissance de mon être propre et de ses modes que me révèle l'observation spécialement psychique. Passer de l'idée que la conscience est la condition nécessaire de toute connaissance à l'aftirmation que nous ne connaissons rien que nous-mêmes, serait un raisonnement analogue à celui-ci : nous ne voyons rien que par le moyen de nos yeux, donc nous ne voyons rien que nos yeux. Le raisonnement ne semble pas très sérieux ; il occupe cependant une place considérable dans les discussions des philosophes.
48. L'observation scientifique est inséparable de l* induction.
Induire, c'est généraliser ; c'est saisir dans un cas particulier un fait général. Galilée constate, dans un certain nombre d'expériences, un rapport entre le temps et l'espace parcouru dans le phénomène de la chute des corps; il admet que ce rapport est le même dans tous les cas, les circonstances demeurant identiques, et il formule l'une des lois fondamentales de la physique : « Les espaces parcourus par les corps, tombant librement sous l'action de la pesanteur, sont proportionnels aux carrés des temps écoulés depuis l'origine de la chute. > Un chimiste a obtenu une certaine combinaison de corps simples ; il admet que, toutes les circonstan-
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ces demeurant les mêmes, la môme combinaison aura lieu. Sans l'induction qui généralise les faits, les faits demeurant isolés, la science serait impossible. On l'a vu pour les classes (21 ), cela est également vrai pour les lois.
Théoriquement, un seul cas bien observé suffirait pour établir une loi; pourquoi donc les savants multiplient-ils et doivent- ils multiplier les expériences ? Pour écarter les causes accidentelles qui risquent d'égarer la pensée. Un ancien magistrat genevois, Rieu, consacrait à des expériences de physique les loisirs que lui avait faits une révolution politique. Il croyait avoir découvert que la couleur noire avait une action spéciale sur l'électricité. Il communiqua sa pensée à Auguste de la Rive qui examina le cas. Le résultat de l'examen fut que la couleur noire dont Rieu s'était servi renfermait du fer, et que c'était à la présence du fer et non à la couleur qu'il fallait rapporter le phénomène observé. Pour justifier l'affirmation d'un rapport entre les couleurs et l'électricité, il faudrait varier les expériences avec un grand nombre de matières diverses dont la coloration serait la même, jusqu'à ce qu'on pût constater une influence de la couleur elle-même, et non celle de telle matière déterminée. Dans le cas dont il s'agit, la présence du fer était une cause accidentelle qui servait de base à une induction
fausse.
L'induction légitime ne s'applique qu'aux éléments véritablement fixes de la nature. Elle s'applique à la gravitation, loi qui, si nous ne sommes pas
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dans Terreur, régit toutes les masses de matière pondérable; elle ne s'applique pas à la pesanteur, qui n'est point la même sur toute la surface du globe. On se tromperait en affirmant d'une manière absolue que la chaleur dilate tous les corps, puisque cette loi, générale à la vérité, souffre cependant des exceptions dont l'eau offre l'exemple le plus notable (41). Pour que l'induction donnât des résultats absolument certains, il faudrait que nous fussions en présence des éléments primitifs du monde. Dès qu'il s'agit de composés, il y a des chances d'erreurs ; et les chances d'erreurs s'accroissent dans la mesure où l'induction proprement dite, telle que la physique et la chimie surtout en offrent des exemples, se transforme en une simple analogie. On demande, par exemple, si les autres planètes sont habitées par des êtres tels que ceux que porte la terre. Il est évident que l'on n'a point aff'aire ici à une question simple, comme celle de la combinaison de deux corps dans un laboratoire de chimie, mais à une question fort complexe. La terre est une pla* nète ; on peut conclure par analogie que puisque une planète porte des êtres vivants, les autres en portent aussi. Mais la géologie nous informe que notre globe paraît avoir été jadis dans un état de fusion impropre aux phénomènes de la vie. On peut conclure par analogie que d'autres planètes sont peut-être dans une phase analogue de leur développement. Les deux analogies conduisent donc à des résultats différents, et la question demeure indécise. Il n'y aurait pas d'autre danger, dans ce cas là, que
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celui de formuler témérairement des assertions qui peuvent être fausses ; mais les inductions précipitées, qui sont une grande source d'erreurs scientifiques, peuvent avoir des inconvénients pratiques d'une nature grave. Il y a péril, par exemple, a conclure du fait que certains champignons sont comestibles, que d'autres qui leur l'essemblent peuvent être mangés sans inconvénients.
Les inductions ont un caractère de certitude qui n'a jamais été démenti quand elles s'appliquent aux expériences bien faites des laboratoires des chimistes et des physiciens. La chimie et la physique ont, en effet, pour objets d'étude, sinon les éléments vraiment primitifs et simples de l'univers, du moins des éléments qui paraissent fixes, ce qui suffit à la sécurité de la science. En biologie les inductions deviennent moins certaines, par le fait de l'individualité qui se montre chez les êtres vivants. Deux molécules de soufre ou de carbone à l'état pur se comportent toujours exactement de même; mais deux graines recueillies sur la même plante, et qui ne présentent aucune différence appréciable, bien que placées dans des circonstances identiques autant que possible, ne produisent pas toujours des plantes parfaitement semblables. On pourrait commettre de graves erreurs médicales en appliquant à l'homme un traitement déduit d'expériences physiologiques faites sur les bêtes, parce que l'organisme humain et celui des bêtes, malgré leurs rapports, offrent pourtant de notables difïëreuces. On ne peut pas même, pour l'effet d'un mé-
dicament ou d'un précepte d'hygiène, conclure sans chances d'erreur d'un homme à un autre, ni d'une donnée statistique à un cas particulier. C'est pourquoi la physiologie n'offrira probablement jamais à la médecine une base sûre, comme celle que la science de la matière inorganique offre à l'industrie. Un docteur qui ne fait pas de l'examen des circonstances individuelles de ses malades une partie importante de sa tâche, et qui applique indistinctement des formules scientifiques, risque d'envoyer prématurément nombre de ses clients au cimetière. Un médecin d'une capacité moyenne qui aura suivi, dès les débuts de la vie, le développement des membres d'une famille, et se sera rendu attentif à leur tempérament sera, dans bien des cas, d'un plus grand secours qu'un praticien célèbre qui devra se borner, pour ses prescriptions, aux indications fournies par une seule visite.
49. L'intervention du témoignage est indispensable à la constatation *.
L'individualisme absolu, c'est-à-dire la prétention de construire la science par l'emploi exclusivement personnel de l'expérience et du raisonnement, ne supporte pas l'examen. Ce que l'individu sait pour
* Voir pour un développement plus complet des preuves de cette thèse, un mémoire sur l'importance du témoignage dans les Séances et travaux de l'Académie des Sciences morales et politiques, tome CXXVIII. — Ce mémoire a été reproduit dans le premier appendice de mon volume sur le Témoignage du Christ et l'unité du monde chrétien, in-S», Genève, librairie Clierbuliez 1893.
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ravoir appris directement par lui-même irest jamais qu'une partie extrêmement petite de ses connaissances. Il est évident qu'un homme privé de la ressource du témoignage ne connaîtrait en fait d'histoire que les événements accomplis sous ses yeux, et en fait de géographie que la partie du globe où il aurait porté ses })as. Ce que nous voyons de nos yeux n'est qu'un élément infinitésimal, non seulement do l'histoire du monde, mais de celle de l'époque où nous vivons. Ce que les plus grands voyageurs ont pu constater personnellement ne peut être figuré sur le globe que par une ligne extrêmement ténue. Les sciences physiques avanceraient bien peu si le physicien, ne se fiant jamais qu'à ses expériences personnelles, ne tenait aucun compte des expériences faites par ses confrères. Le témoignage, en reliant les hommes entre eux, établit la solidarité des intelligences. Pascal, dans une page célèbre \ compare toute la suite des savants à un homme dont Texistence serait indéfiniment prolongée, et qui vieillirait en apprenant toujours. Sans la transmission des connaissances acquises, il ne pourrait pas en être ainsi. Le témoignage est pour l'homme universel de Pascal ce que la mémoire est pour l'individu.
Méconnaître le rôle du témoignage pour la connaissance des faits serait le résultat d'une très forte distraction de la pensée. Il faut un peu plus d'attention pour discerner le rôle du témoignage dans
^ Edition Faunrèro, tome I, page 98.
l'ordre des vérités rationnelles. Chacun porte en luimême la source de ces vérités ; mais le témoignage nous instruit du fait que nos semblables les voient comme nous, et nous garantit des erreurs qui pourraient nous faire prendre pour des éléments de raison les écarts de notre pensée individuelle. Un mathématicien modeste et prudent attend, pour accorder une confiance al^solue à ses calculs, qu'ils aient été examinés et vérifiés par ses confrères.
Le témoignage peut aussi être nécessaire pour valider nos perceptions ; il offre, dans certains cas, la seule ressource efficace contre les hallucinations. L'hallucination, lorsqu'elle ne peut pas être dominée, est un élément d'aliénation mentale ; mais l'hallucination peut être un simple désordre dans les fonctions de l'organisme, désordre qu'un individu, sain d'ailleurs dans l'exercice de ses facultés, peut arriver à dominer. Le professeur Pierre Prévost * parvenu à un âge très avancé était étendu sur un lit de souffrances qu'il considérait comme devant être bientôt son lit de mort, et qui le fut en effet. Il voyait sur la muraille de sa chambre les affiches de spectacles légers auxquels il avait assisté dans sa jeunesse. Il se plaignit de ce qu'on avait placé de tels objets sous ses yeux dans un moment aussi solennel que celui où il se trouvait. Ses enfants lui assurèrent qu'il était victime d'une hallucina-
* Pierre Prévost, 1751 à 1839, professeur de pliilosopliie et de physique générale à l'université de Genève, auteur d^Kssais de philosophie estimés, 2 vol. in-S», Genève, an XIII.
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tion. Son habitude des études psychologiques et la pleine et juste confiance qu'il avait dans la sincérité de ses fils firent que, tout en continuant à voir les affiches, il eut la persuasion qu'elles n'existaient pas.
Il est des cas où les erreurs d'un sens peuvent être rectifiées par l'emploi d'un autre : le toucher peut détruire une illusion, ou une hallucination de la vue ; mais, dans le plus grand nombre des cas, les erreurs nées d'une hallucination ne peuvent être rectifiées que par la foi au témoignage. L'individu, qui a perdu la faculté d'opérer les l'ectifications de cette nature, est devenu fou.
On a parlé d'hallucinations collectives. On dit, par exemple, que plusieurs individus, assistant à l'ouverture de tombes romaines, ont affirmé qu'ils avaient vu la lumière des lampes sépulcrales qui brûlaient encore. En considérant ces témoignages comme dignes de foi (ce dont il est permis de douter), on a supposé, pour l'interprétation du fait, une hallucination commune aux témoins^ Il faudrait, si le fait était bien constaté, en chercher plutôt l'explication dans une illusion provenant de rayons lumineux tombant à l'ouverture des tombes sur quelque objet réflecteur. Sous l'influence d'un sentiment très vif il peut se produire des illusions collectives qui donnent, par exemple, à un phénomène naturel les caractères d'une apparition merveilleuse. Des imaginations excitées peuvent dénaturer l'objet
' Voir l;i Mevue philosophique de novembre 1879, page 517.
de perceptions réelles; mais s'il existait de véritables hallucinations collectives, il n'y aurait aucun moyen de les corriger, puisque le témoignage, qui seul peut rectifier des erreurs de cette nature, ferait défaut.
50. La valeur du témoignage passe de la prohabilité à la certitude^.
Il est assez naturel de penser, comme on l'a fait souvent, que la certitude proprement dite n'appartient qu'aux sciences rationnelles où l'on a des démonstrations partant des axiomes, et que l'on ne peut trouver dans les sciences de faits, qui supposent toujours l'intervention du témoignage, qu'une probabilité indéfiniment croissante, mais qui n'atteint jamais la pleine certitude; c'est une erreur. Je suis aussi certain de l'existence de l'Angleterre que je n'ai jamais vue que du plus simple des théorèmes de géométrie. Il y a là des certitudes d'ordres différents mais dont le degré est le même. La foi que l'on accorde au témoignage dépend du nombre et de la valeur des témoins ; mais le nombre n'a pas une valeur propre. En physique, on multiplie les expériences pour se mettre à l'abri des causes d'erreurs accidentelles, mais une seule constatation
tenue pour absolument valable suffirait (48). De môme, le nombre des témoins n'a pour effet que de
' Voir dans les Séances et travaux de l'Académie des Sciences morales et politiques, tome XCIX, un mémoire sur le fondement logique de la certitude du témoignage.
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constituer un témoignage valable en éloignant les causes personnelles cFerreur. Un nombre quelconque d'individus plus ou moins suspects d'incompétence ne vaudra jamais un témoin unique dans la capacité, la véracité et l'impartialité duquel on aura une pleine confiance. L'appréciation de la valeur des témoignages a une importance très grande pour le juge et pour l'historien. Les préoccupations et les passions diverses des individus sont une cause, non seulement d'entorses volontaires à la vérité, mais d'erreurs involontaires. Les témoignages relatifs au nombre des assistants à une assemblée politique, par exemple, sont toujours extrêmement suspects.
Les journalistes ont à cet égard une arithmétique très différente de celle que l'on enseigne dans les écoles. Les erreurs de cette nature ne sont pas toujours coupables ; l'esprit de parti fait souvent qu'avant de tromper les autres, on s'est trompé soimême.
Personne ne saurait contester sérieusement que le témoignage acquiert, dans une multitude de cas, une certitude absolue. L'existence d'un lac africain qu'un seul voyageur dit avoir vu de loin demeure douteuse ; mais ceux d'entre nous qui n'ont jamais vu la mer Méditerranée sont aussi certains de son existence que s'ils y avaient navigué. Par la foi accordée à la parole de nos semblables, le témoignage devient une expérience faite par autrui et dont Tobjet revêt pour nous le caractère de la réalité (10). Pourra-t-on, un jour, formuler une règle mdiquant d'une manière précise le moment où l'ob-
jet d'un témoignage passe de la probabilité à la certitude ? Cela n'est pas vraisemblable. Il s'agit là d'une opération transcendante de la pensée analogue à celle par laquelle le géomètre passe de la considération d'un polygone dont le nombre de côtés s'accroît indéfiniment à la considération du cercle qui est la limite de cet accroissement.
51 . La ^légation de la possibilité d^un fait ne peut pas être légitimement opposée à des témoignages valables.
La contradiction logique permet, et permet seule, d'établir immédiatement la fausseté d'une affirmation. Nous avons, par exemple, le droit de rejeter sans autre examen une doctrine qui fait sortir quelque chose du néant. En effet, attribuer au néant un pouvoir producteur, ce qui est nécessaire pour en faire sortir quelque chose, c'est contredire directement son idée. Mais dès qu'il s'agit des faits, rien ne peut être déclaré impossible parce que les limites du possible nous sont inconnues. Pour déterminer
ces limites il faudrait connaître toutes les lois et toutes les causes de l'univers, ce qui n'est certainement pas notre cas. L'histoire de la science offre plusieurs exemples de phénomènes qui ont été constatés comme réels après avoir été longtemps déclarés impossibles. Un des exemples les plus instructifs sous ce rapport est celui des aérolithes. L'affirmation que des pierres tombent quelquefois du ciel est fort ancienne. On la trouve dans le livre de Josué et dans les œuvres de Plutarque. Les savants
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modernes cependant avaient décidé que le fait était impossible, et que les pierres tombées du ciel devaient être reléguées dans le catalogue des superstitions populaires. L'Académie française des sciences nVavait-elle pas pris un arrêté interdisant de lui adresser aucun mémoire sur ce sujet ? Le fait cependant fut dûment constaté à Sienne, le 16 juillet 1794, et en Normandie, le 26 avril 1803. Aujourd'hui l'existence des aérolithes est si peu contestée que l'on fait des hypothèses sur leur provenance. Laplace se demandait si les volcans lunaires auraient la force d'envoyer des projectiles à la terre. Divers savants admettent que des fragments de planètes circulent dans l'espace, et que quelques-uns de ces fragments arrivent à un endroit où l'attraction terrestre est assez forte pour les faire tomber sur notre sol. On a émis l'opinion que des aérolithes attirés par le soleil s'y précipitent et entretiennent la chaleur de cet astre. 11 demeure certain, dans tous les cas, que des faits longtemps niés comme contraires à l'organisation connue de la nature occupent maintenant une place considérable dans la science.
Des observations exactes ou des témoignages valables priment toutes nos théories. Ce qui demeure vrai toutefois, c'est que plus le caractère d'une affirmation est extraordinaire plus l'on a le droit d'être exigeant quant aux témoignages sur lesquels elle repose. Pour des faits ordinaires, le témoignage peut devenir suspect parce qu'on a pu facilement les supposer, mais pour des faits étrangers au cours
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habituel des choses et aux lois les plus connues
de la nature, la valeur des témoignages doit être proportionnelle à l'étrangeté de leur objet.
Il s'est produit à cet égard dans la pensée contemporaine un mouvement digne d'être remarqué. A une époque qui n'est pas fort éloignée de nous, les phénomènes affirmés par les magnétiseurs paraissaient si étranges que la plupart des savants n'en accueillaient l'affirmation que par un sourire où la négation se produisait sous la forme d'une dédaigneuse ironie. Aujourd'hui ces phénomènes et d'autres analogues occupent une place considérable dans les préoccupations et les discussions de la science. Il est même permis de penser que, chez un certain nombre de savants, la négation systématique de jadis a fait place à trop de crédulité. L'esprit humain se jette si facilement d'un extrême dans un autre ! Quoi qu'il en soit, nous entendons proclamer
aujourd'hui, avec une grande insistance, qu'on n'a le droit de nier aucun fait a 'priori, et que l'idée de l'invraisemblable et celle de l'impossible sont deux idées distinctes, en sorte que le passage de la première à la seconde n'est pas légitime. C'est ainsi que des observations et des expériences faites dans les domaines de la physiologie et de la psychologie ont mis en lumière une thèse de logique très importante et très souvent méconnue.
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