‹ La définition de la philosophie [microform]Chapitre 20 sur 40 · L'OBJET DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L'OBJET DE LA PHILOSOPHIE

83. La philosophie est la recherche d'un principe qui, dans son unité, rende raison de la totalité de r expérience.

Pourquoi, chez les anciens Grecs, un certain nombre d'hommes sont-ils mis à part par tous les historiens comme formant, dans la classe générale des sages et des savants, l'espèce particulière des philosophes? Qu'est-ce qui caractérise et spécifie l'œuvre de Thaïes, d'Anaximène, d'Heraclite, de Pythagore ? C'est que tous ont voulu déterminer le principe de l'univers. C'est la recherche de l'unité qui mettait les penseurs de la Grèce en lutte contre les cultes nationaux, et qui a contribué, pour sa part, à la mort de Socrate, le plus illustre des martyrs de la philosophie. Platon et Aristote, sous l'empire du besoin d'unité, luttent contre le dualisme dont ils ne parviennent pas à se défaire entièrement.

Les travaux des modernes désignés par un consentement unanime comme les chefs de la philosophie présentent le même caractère que ceux des philosophes de l'antiquité. Descartes, Hobbes, Leib-

iiiz, Schelling, Hegel sont engagés dans des voies très diverses et soutiennent des doctrines différentes ; mais tous ont cherché à déterminer le principe universel. Dans le monde ancien où la croyance populaire était polythéiste, la philosophie se trouvait, par sa propre nature, dans une position hostile à l'égard de la religion; dans le monde moderne, où les croyances générales sont monothéistes, l'accord de la philosophie et de la religion est possible.

La recherche d'un principe d'unité est donc historiquement, soit dans l'antiquité soit dans les temps modernes, le second des caractères spécifiques de la philosophie. La tendance propre de cette science est désignée, de nos jours, par un néologisme heureux : le monisme, c'est-à-dire la doctrine de l'unité. Il ne faut pas, comme on l'a fait quelquefois, concéder l'usage exclusif de ce terme à l'école matérialiste qui veut tout faire procéder d'une unité sensible et corporelle. Tout monisme est une philosophie, et tout système de philosophie est un monisme; la question est seulement de savoir comment on conçoit le principe de l'unité.

La philosophie dans sa généralité recherche et n'enseigne pas. On fait un grand abus de cette formule : « la science enseigne ». La formule ne peut s'appliquer légitimement qu'aux vérités rationnelles démontrées, aux lois qui sont l'expression directe des faits, et aux théories explicatives qui ont passé par les degrés divers de la probabilité pour atteindre la certitude (64) ; mais il arrive souvent qu'en disant : « la science enseigne >, on attribue les carac-

SON OBJET

tères de la certitude à des hypothèses qui sont loin d'être vérifiées. Ce qui est vrai de la science en général est très spécialement vrai de la philosophie. Les philosophes ont sur toutes choses des opinions diverses et bien souvent contradictoires. On peut donc dire ce que la philosophie cherche; on peut dire ce qu'affirme telle école, mais on ne peut pas dire ce que la philosophie enseigne.

Page 1