‹ La dégradation de l'énergieChapitre 23 sur 124 · Philos, viag., août · texte numérisé non relu

Philos, viag., août

Il pèse, si c'estdu graphite,2gr. 2; et renferme environ 100 milliards de trillions de molécules physiques, — un nombre égal à l'unité suivi de 23 zéros. Chaque molécule peut être regardée comme une petite sphère dont le diamètre est voisin de deux cent-millionièmes de centimètre. Ces molécules sont, à l'état normal, empilées les unes sur les autres. Si on les dispersait et si on les étalait, on arriverait à une surface rayonnante totale de plus d'un hectare, — à peu près un hectare et un quart. Or, un centimètre carré de surface noire rayonnerait, en une seconde, vers un espace refroidi au zéro absolu,

1 28 une quantité de chaleur égale à T*X-~ petite calorie,

c'est-à-dire à environ une petite calorie et quart, divisée par l'unité suivie de douze zéros, et multipliée par la quatrième puissance de la température absolue. A 27° centigrade, ou 300° absolus, cela fait

-4— x 300 X 300 X 300 x 300 == -^ de petite calorie. 10 l2 100

Et un hectare et quart de surface noire à 27° rayonne en une seconde vers un espace au zéro absolu 1.250 grandes calories, soit une puissance de 7.000 chevaux.

Ainsi, l'ensemble -des molécules solides d'un centimètre cube de charbon, supposé à 27° centigrade, et plongé dans un milieu à la même température, rayonnent soit vers l'extérieur, soit les unes vers les autres, une puissance totale de 7.000 chevaux. Mais il ne faudrait pas croire qu'on pût extraire toute cette puissance de ce petit cube de charbon, ni surtout l'en extraire longtemps. Pour enlever à ce morceau de charbon l'intégralité de l'énergie susceptible d'être rayonnée, il suffirait d'éparpiller les molécules, de façon que chacune d'elles fût écartée de toutes les molécules voisines, — etde lesintroduire toutes dansun bain au zéro absolu. Ces deux opérations ne seraient

pas très faciles, mais elles se conçoivent bien : alors on extrairait toute l'énergie de radiation de ces molécules de corps noir, mais l'extraction totale ne durerait pas longtemps, et au bout d'une très petite fraction de seconde, le réservoir serait vidé.

Si ce taux énorme de rayonnement d'énergie se maintient dans les conditions normales, c'est qu'on remplit le tonneau à mesure qu'on le vide. Dans un milieu à température uniforme, les échanges, au sens de Prévost, se poursuivent sans discontinuer. Mais il en est de ces échangeas d'énergie comme des échanges commerciaux dans un pays dont les importations équilibrent exactement les exportations. Ce pays ne s'est, au total, ni enrichi, ni appauvri. Pour que la comparaison fût exacte, il faudrait faire entrer en ligne de compte, dans le total des échanges, le chiffre des affaires effectuées, à l'intérieur du pays même, entre toutes les villes qui le constituent. On atteindrait ainsi un total formidable, qu'il pourrait être utile de connaître, mais qui ne donnerait aucun renseignement immédiat sur la fortune du pays.

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