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SYSTÈMES MÉCANISTES ET DÉGRADATION DE L'ÉNERGIE

quence forcée de l'hypothèse mécaniste. C'est ainsi que M. Couturat a fait observer que la période nécessaire pour que l'ensemble des atomes revint à son état initial était d'autant plus grande que le nombre des corps était plus grand; que, par suite, pour un nombre infini d'atomes, la fin de la période n'arrivera pas. Indépendamment de cette remarque, il cite des exemples précis, où, avec un nombre limité de corps célestes ou d'atomes en présence, le monde qu'ils forment marche vers un état-limite, qu'il n'atteint pas, et qu'il pourrait encore moins dépasser pour retourner à l'état actuel. Ce sont là, il est vrai, de ces circonstances exceptionnelles que, dans son raisonnement, M. Poincaré avait soin d'exclure; et, sans qu'on puisse affirmer avec certitude qi*e le monde réel n'est pas dans ce cas, on peut dire tout au moins qu'il y a l'infini à parier contre un, que les conditions qu'il implique ne sont pas réalisées.

M. Lechalas s'est efforcé de montrer qu'on peut imaginer des lois de mouvement des atomes telles que le système échappe aux prises du théorème de M. Poincaré, des lois de mouvement telles que le système ne recommence pas son évolution éternelle. Quelques-uns des exemples qu'il a cités se trouvent seulement des exemples de systèmes qui ne satisfont pas à la loi de la conservation de l'énergie, et que, par suite, on doit écarter. Ce qu'on peut conclure, c'est qu'en tous les cas, la question de savoir si l'on peut imaginer des systèmes d'atomes donnant l'image du monde actuel, du monde physique irréversible, reproduisant à la fois les deux grandes lois de la conservation de l'énergie totale et de la déperdition de l'énergie utilisable, cette question n'est pas, à l'heure présente, résolue par l'affirmative.

Il importe toutefois de prendre garde que le mécanisme, sous sa forme cinétique, le mécanisme cartésien, en opposant ce terme à celui d'atomisme neir-

tonien, présente peut-être une plus grande souplesse pour s'adapter à la réalité physique. En n'introduisant aucune force d'attraction et de répulsion autre que celles qui résultent du mouvement même, en s'imposant la condition, en apparence restrictive, de n'avoir comme élément de construction que de la matière inerte et du mouvement, on garde plus de facilité pour mouler étroitement l'image mécanique du monde sur le monde réel lui-même. L'on a précédemment montré comment lord Kelvin s'est efforcé de rendre compte de l'élasticité de la matière en la réduisant à une élasticité dynamique; comment il tente de ramener la résistance à la déformation que présentent les corps solides, à la résistance au déplacement que présente une bicyclette vivement lancée, ou une toupie qui tourne très vite.

Concevons donc un monde physique fait uniquement d'éléments matériels d'espèces différentes, auxquels a été imprimé un mouvement initial; entre ces éléments ne s'exercent que des attractions apparentes provenant du mouvement même : il ne s'agit plus ici de gravitation de ces éléments les, uns autour des autres, rappelant plus ou moins imparfaitement la gravitation des astres; il y a des mouvements plus ou moins complexes, des mouvements tourbillonnaires et des chocs, dont le résultat est, en fin de compte, d'égaliser les mouvements des diverses particules matérielles, et d'égaliser, dans une certaine mesure, les divers genres de mouvement. Ce simple aperçu suffît pour faire prévoir qu'il n'est pas impossible d'imaginer un pareil système de particules en mouvement, qui donne lieu à des mouvements irréversibles, et qui représente exactement notre monde physique instable : entre elles, une sorte de tassement se produit à la longue, qui rend identiques leurs vitesses, et qui rend uniforme l'état du système.

Et, dautre part, il semble bien aussi que l'électrodynamïame présente une grande souplesse pour

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figurer certains phénomènes irréversibles, et il paraît possible d'emprunter à la théorie que M. Lange vin a donnée du magnétisme, une réponse victorieuse à l'argument de M. Lippmann.

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