CAUSES EN GENERAL
On peut distinguer deux catégories d'enfants délinquants : 1° «Les enfants ou adolescents qui n’ont pas manifesté de troubles du caractère au cours de leurs premières années et qui sont amenés à la délinquance par une éducation véritablement mauvaise » : c'est ainsi que les définit André Collin: ils représentent les «pervertis » que nous aurons à distinguer des « pervers instinctifs ». Leur proportion est de 13% selon le Dr Heuyer et Mille Badonnel.
2° Les enfants anormaux présentant des tares mentales le plus souvent héréditaires, ou des défpctuosités constitutionnelles. Ils représentent les 87% restants.
1° Dans la première catégorie, la perversion d'enfants, normaux par ailleurs, provient d’une déficience matérielle ou morale des parents. Nous ne parlerons pas des déficiences physiques, qui feront l’objet de l'étude des enfants anormaux.
Les déficiences matérielles, ce sont avant tout celles du logement. Les taudis et les îlots insalubres relevés sur un plan correspondent exactement à la carte de la délinquance juvénile.
Des familles nombreuses entières vivent dans des locaux réduits, de véritables « étables familiales », où s'établit une redoutable promiscuité entre les sexes, entre adultes et enfants. Ceux-ci cherchent alors à fuir ce milieu maudit, et c'est le début de la fréquentation des bistrots et du cinéma, le début au vagabondage spécial ou de la prostitution. «Le taudis, écrit un auteur belge, est tueur d'enfants, pourvoyeur des hôpitaux, recruteur du crime et de la prostitution, fauteur des haïines sociales. » l
Les misères alimentaires participent aussi aux causes de la délinquance. Déjà, avant la guerre, la mauvaise alimentation poussait les enfants à rechercher l’apaisement de leur faim directement par le vol ou indirectement par la prostitution. Depuis la guerre, la sous-alimentation s’est aggravée et a donné naissance à une nouvelle forme du vol: le « marche noir » des produits alimentaires. C'est une des causes, que la guerre a amenées, de l’immoralité des jeunes actuels.
Mais, taudis et alimentation, ne sont pas les seules déficiences dues aux parents: une mauvaise instruction découle des précédentes. Nous avons vu les enfants fuir le taudis pour devenir des vagabonds et, par conséquent, des «absentéistes scolaires ». D'autre part, des parents sortent leurs enfants plus tôt de l’école pour les faire travailler ou les livrer à la mendiciter et en tirer ainsi profit. Aussi, lorsque l'on recherche le niveau mental des délinquants, en trouve-t-on :
10% au niveau du certificat d'études.
10% complètement illettrés.
80% sachant à peine lire et écrire.
Enfin, il faut mentionner l'influence démoralisatrice du cinéma et des mauvaises lectures qui, sur l'esprit essentiellement impressionnable et imaginatif des enfants, grave des images et des tendances qui les poursuivront longtemps. «Il est établi, dans le rapport du Conseil Fédéral Suisse de 1936. qu'il existe un rapport de cause à effet entre la fréquentation du cinéma pour les jeunes gens et les crimes commis par nombre d’entre eux ».
Les déficiences morales ont üne gravité beaucoup plus grandes que celles que nous venons d'étudier. En premier lieu, il faut compter l'influence de la dissociation familiale. A la maison de Holl, en Belgique, 65% des enfants délinquants sont des orphelins, des enfants naturels ou dont les parents sont séparés, indignes ou déchus.
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Dans le service du Dr d'Heucqueville : 36% des fugueurs ou voleurs ont perdu leur père ou leur mère; 20% ont perdu l’un et l’autre d’une façon ou d’une autre: morts, prisonniers, déchus ou incapables.
L'enfant peut souffrir d’un manque d'affection venant de son père, de sa mère, de ses frères ou de ses sœurs et cet état est encore aggravé si l'enfant est naturel. Le vagabonaage lui paraît normal, habitué qu'il a pu étre à voir son père installer des concubines au foyer familial. Que dire alors de parents voleurs ou récidivistes fréquentant les tribunaux pour des délits de toutes sortes! La famiile unie et stable est le seul milieu où l'enfant puisse vraiment grandir et se développer normalement en y trouvant l'affection et la fermeté qui l'empêécheront de tomber dans la délinquance. Aucune infiuence ne peut mettre en échec celle de la famille naturelle, du père et de la mère par le sang.
2° La deuxième catégorie comprend des enfants anormauwx, soit du fait d'accidents dus à la naissance ou de maladies de l'enfant, soit de maladies héréditaires.
Collin comptait en 1920, 70% d'anormaux chez les enfants délinquants; Ducoudray comptait en 1933, 81 % d’anormaux à la maison de correction d’Eysses; D'Heucqueville comptait en 1935, 75 % d’anormaux, soit 1 normal pour 3 malades.
Parmi les maladies et accidents de l’enfance, les plus susceptibles d’avoir une influence sur la déiinquance, citons l’'encéphalite épidémique, créant toujours des troubles du caractère à forme hypomaniaque ou impulsive, la grippe Eespagnole telle qu’elle sévit en 1918. L’encéphalite peut aussi avoir des perversions apparentées aux perversicns instinctives, mais s’en distinguant par leur caractère d'évolution chronique pendant toute la vie du sujet (Le Guillant).
Il faut noter aussi les effets des fièvres typhoïde et paratyphoïdes, de la méningite cérébro-spinale, des convulsions dans les premiers âges, que l’on retrouve très souvent dans les antécédents des fugueurs et des voleurs.
Certains traumatismes directs ou indirects pendant la grossesse ou à la naissance, comme l’urémie, les hémorragies utérines, les manœuvres abortives, ou bien une fracture du
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crâne par forceps, peuvent avoir également une répercussion sur le comportement ultérieur de l'enfant.
L'épilepsie, au cours d’un équivalent comitial, peut amener un enfant à la délinquance par des fugues, des impulsions pyromaniaques, sexuelles ou homicides, mais toujours inconsciemment. Cependant, l'instabilité du caractère des épileptiques incite quelquefois ceux-ci à accomplir, même sciemment, des actes violents. La démence précoce au début supporte elle aussi une lourde responsabilité, et les perversions qu'elle déclenche sont d'autant plus mal rapportées à leur cause, que la psychose est mal reconnue à ce stade. D’où l'importance de la recherche des éléments de diagnostic au cours de l'étude médico-psychologique.
Les maladies ou tares héréditaires agissent non pas directement, mais indirectement par les dégénérescentes qu'elles
occasionnent. Les statistiques montrent que les délinquants ont :
36 % de leurs parents et 14 % de leurs grands-parents alcooliques.
4 % syphilitiques.
18 % tuberculeux.
On pensait autrefois avec Morel que les dégénérescences produites étaient irréversibles et au contraire s'aggravaient. En réalité dès que l'alcoolisme ou la tuberculose par exemple cessent d'agir il se produit une régénérescence de la lignée. En réalité ces intoxications ou ces infections ne se bornent qu'à faire réapparaître des tares existant déjà en puissance. Les instincts héréditaires se poursuivent de génération en génération suivant les règles de la génétique, elles se transmettent comme des caractères récessifs : L'hérédité-suicide pousse le fils au suicide même s'il ignore le suicide de son père; il en est de même pour la fugue et le vol.
Ces maladies chroniques comme l'alcoolisme et la tuberculose rendent dominantes certaines récessives que les malades transmettent à leurs enfants: et c'est là le principal danger qu'elles constituent.