INTRODUCTION
Les recherches histologiques qui se multiplient en même temps que la technique inmicroscopique se perfeclionne permettent de donner chaque jour plus d'importance au chapitre de l’anatomie pathologique en psychiatrie et d’éclaireir ainsi peu à peu les questions particulièrement délicates de l’étiologie et de la pathogénie des diverses affections mentales.
En ce qui concerne la démence notamment, tout le monde s'accorde aujourd'hui à dire avec Nissl qu'il ny a pas de démence sans un substratum anatomique quelconque. Certes une classification complète des démences basée à la fois sur les signes cliniques et les caractères anatomiques serait encore prématurée, du moins l’ancienne classification en démences vésaniques et en démences organiques demande à être remplacée par une formule nouvelle.
Pour M. Klippel, la lésion fondamentale, à la fois condition pathogénique de la démence serait « la destruction des dendrites et des axones dans les points terminaux où ils assurent l’union et la synergie des éléments nerveux de l’encéphale. » La lésion, débutant au niveau des prolongements, c’est-à-dire de la partie la plus hautement différenciée de la cellule nerveuse, ne gagnerait le corps
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cellulaire que progressivement, et ainsi s’expliqueraient les lésions peu marquées qu'on rencontre dans certains cas de démence pourtant très accusée. Quoi qu'il en soit, la lésion de la démence est une lésion destractive de la cellule nerveuse, que nous essaierons de spécifier, non capable par conséquent de réparation, et bien disuncte des lésions cellulaires d'ordre dynamique ou d'ordre dégénératif (lésions de chromatolyse), plus ou moins susceplibles de restitution adinlegrum, qu'on peut trouver dans certaines formes de délire aigu, de psychose toxiinfectieuse, de confusion mentale aiguë.
En dehors des cas où celle lésion fondamentale est le fait d'une agénésie ou d’un arrêt partiel de développement comme dans l'idiolie, des processus divers, d’ordre toxique ou infectieux, peuvent y aboutir, mais suivant qu'ils la déterminent à l'état isolé ou qu'ils retentissent en même lemps sur les autres éléments de l'encéphale il s'ensuit un tableau anatomique différent. De là la division des démences proposée par MM. Khppel et Lhermitte en démences neuro-épithéliales et démences vasculo-conjonctüives suivant que les éléments neuro-épithéhiaux, c'est-à-dire les cellules nerveuses et la névroglie, sont seuls intéressés, ou qu'il y a en outre réaction des tissus vasculo-conjoncüfs, leucocytes, vaisseaux et méninges.
Cette sorte de systématisation des lésions au seul tissu d'origine ectodermique dans les démences neuro-épithélales, est en rapport, nous le verrons, avec une vulnérabilté particulière, congénitale, de ce tissu (psychoses conslitutionnelles) ; un élément toxique ou infectieux, à action atténuée, lente, joue le rôle de facteur occasionnel sans léser le tissu mésodermique plus résistant,
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Mais à côté de ces lésions propres à la démence on peut en rencontrer d'un ordre différent, certaines en rapport avec le caractère constitutionnel de celle-ci, qui viennent compliquer le tableau anatomique et obscurcir la pathogénie des démences. Aussi faut-1l distinguer avec MM. Klppel et Lhermitte :
a) Les lésions préalables, non constantes, constituées par des anomalies liées à un arrêt de développement portant sur l’encéphale ou sur cerlains viscères (malformations du cerveau, hémiatrophie du cervelet, infantilisme des organes (horaciques), lésions qui sont la marque d’un organisme débilité congénitalement ;
b) Les lésions consécutives, qui sont la conséquence des altérations cérébrales de la démence {arrêt de croissance de certains neurones ; atrophies en masse du cervelet ; aplasies viscérales) ;
c) Les lésions terminales, qu'on peut rencontrer au niveau du cerveau comme des autres organes, et qui sont sous la dépendance d’intoxicalions ou d'infections diverses particulièrement fréquentes chez les déments (méningites tuberculeuses ou autres terminales, artério-sclérose).
C'est parce que cette distinction n'a pas été faite dans certains cas qu'on a pu attribuer à des lésions surajoutées, qu'elles soient préalables, consécutives ou terminales, un rôle qu’elles n'avaient pas dans la pathogénie du syndrome démentiel.
D'après ce qui précède on comprend la difficulté de l'interprétation des lésions qu'on peut rencontrer dans les différents cas de démence et que pendant longtemps, avant que le microscope ait permis l'étude des altérations fines de la cellule nerveuse, on ait pu opposer les
démences vésaniques, qui la plupart correspondent au type neuro-épithélial, aux démences organiques dans lesquelles les lésions s'étendent au-delà de l'élément noble.
Nous laisserons de côté celles-ci, démences vasculoconjonclives des paralytiques, des artério-scléreux, des épileptiques, etc., pour ne nous occuper que des premières. Nous allons examiner, en dehors de toute considération théorique, les différents cas que nous avons trouvés dans la littérature, en y ajoutant 6 cas personnels, dans lesquels l’anatomie pathologique répond au type neuro-épithéhal. Nous verrons à quel syndrome clinique ils correspondent et quelles conclusions on en peut tirer au point de vue de l’éuoiogie et de la pathogénie de ces démences.