‹ La Démence PrécoceChapitre 9 sur 21 · MATIN · texte numérisé non relu

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leur éclosion et s’installant dans la jeunesse ou l'adolescence n'est pas actuellement une simple hypothèse; on connaît les preuves anatomo-pathologiques fournies de faits de cet ordre pour les formes tardives de la maladie de Tay-Sachs; de nombreux auteurs ont montré qu’en pareil cas les cellules cérébrales sont soumises à la dégénérescence de Schætfer.

Rappelons que Dide (1), dès 1913, parlant de la démence précoce tvpe Morel, l’a rattachée à une involution constitutionnelle des cellules cérébro-spinales survenant à la puberté; la conception actuelle, sans être différente, est simplement plus large.

Sachons garder précieusement le patrimoine légué par les grands aliénistes français et souvenons-nous bien que la démence précoce, maladie constitutionnelle, a été expressément décrite par Morel.

Nous aurons à discuter le diagnostic des troubles volitionnels et affectifs post-infeclieux, mais leur indéniable réalité ne doit pas nous pousser à des généralisalions excessives. Ce n'est pas au moment où la pathologie générale élargit le cadre des maladies constitutionnelles et familiales, où les botanistes, les vétérinaires apportent une précieuse collaboration au savoir médical que les aliénistes, après avoir été de véritables devanciers, doivent renier un passé glorieux conforme à la vérité clinique.

Une fragilité constitutionnelle des lissus nerveux en général, au inoment du réajustement fonctionnel exigé par la puberté, se traduit par un fléchissement des énergies psychogénétiques, les aptitudes déjà différenciées étant conservées au moins relativement.

Symptômes. — Les précisions fournies dans notre résumé historique sont peu de chose, à vrai dire; elles constituent cependant à peu près toute l’histoire écrite de la maladie que nous envisageons.

Un enfant, qui jusqu à 15 ou 16 ans était normal, devient

(1) Dide, Congrès du Puy, 1913.

paresseux, indifférent, inattentif, sujet à des fugues inexplicables sans obsession, ni impulsions apparentes. Les parents épuisent les moyens d'amendement; les reproches, les corrections se succèdent inutilement. Une puérilité persistante pousse l'enfant à s'amuser avec des enfants plus jeunes que lui; ïl déserte le collège ou l'atelier suivant sa condition sociale ; s'il montre une certaine régularité dans ses occupations, ses maïitres ou ses employeurs avertissent la famille qu'il demeure des heures entières à rêvasser, il rit sans raison, fait des gestes inutiles et vides de sens. C'est alors qu'on en vient à consulter le médecin qui parfois méconnait la nature du mal, songe à un simpleretard momentané dû à quelque anomalie endocrinienne et ne tire aucun profit de la médication présente.

Les phénomènes persistent et s'accentuent; si verbalement l'adolescent exprime encore des sentiments normaux, ses actes trahissent un profond désintérêt familial et social. On est contraint de le surveiller et de le guider dansles moindres actes de sa vie.

Parfois, une phase médico-légale contraint à prendre des mesures sérieuses, le jeune homme devient la proie facile de mauvais garnements vicieux, on le trouve parfois mêlé à des affaires de mœurs où il s'associe passivement à des actes de pédérastie. S'il s'agit d'une jeune fille, elle se laisse séduire par indifférence ou par une curiosité momentanée, sans désir et sans amour. Dans d'autres circonstances, on enregistre des vols puérils à l’étalage, les facultés de contrôle étant singulièrement perverties. Ces malades ne sont cependant pas intentionnellement amoraux comme dans le syndrome de Pritchard, ils évoluent dans la vie comme des vaisseaux privés de leur gouvernail.

On est surpris, si on les examine avec soin, de ne constater cependant aucun trouble profond de la mémoire, aucun vice évident du raisonnement; ce ne sont ni des débiles ni des déments, mais bien des déficitaires de l'énergie profonde intrinsèque. L'observation publiée un peu plus loin, mieux qu'une longue description, fournira les éléments d'un tableau clinique,

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