‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 121 sur 161 · Kropotkine, op. cit., p · texte numérisé non relu

Kropotkine, op. cit., p

8. Ibid., p. 14, 17, 59. Cf. Houssay, art, cité, p. 456-480, Fouillée, La morale de la vie chez les animaux, in Revue des Deux Mondes, 15 août 1902.

Boucré, — Démocratie. 15

L’anatomie semble confirmer cette hypothèse par la comparaison des cerveaux. Si la lutte développait toutes les qualités, les cerveaux les mieux organisés devraient appartenir aux plus grands lutteurs. Tout au contraire, ils se rencontrent plutôt chez les espèces sociables. Les passereaux sont supérieurs en ce point aux accipitres, et les herbivores aux grands félins. Bien loin que l’association ait entrainé une sorte d’arrêt de développement dans l’organisation cérébrale, il semble qu’en stimulant la vie représentative, en multipliant les unes par les autres les impressions des individus rassemblés, elle ait perfectionné chez eux l’appareïl de la coordination :. pa

En un mot, ‘toutes sortes de progrès, et ceux-là précisément qui rapprochent le plus les animaux de l’homme, dérivent, non de la lutte, mais de l’association pour la vie. Au lieu que la fraternité ne soit qu'une utopie contrecarrée par les faits, il apparaît, dit M. Geddes”, « que chacune des grandes étapes du progrès correspond à une subordination plus étroite de la concurrence individuelle à des fins reproductrices ou sociales, et de la concurrence intraspécifique à l'association coopérative ». L'expérience a montré que les plus aptes à franchir les pas les plus difficiles étaient moins « ceux qui pratiquent la concurrence vitale avec le plus . d’ardeur » que « ceux qui ont su y apporter le plus de ménagements ». La sociabilité s’est révélée comme un gage, non seulement de bien-être matériel, mais de progrès spirituel. Il est donc faux de dire que l’altruisme n'est que folie et que la vie n’est que meurtre. Aux diverses formes de lutte, diverses formes d'association peuvent s'opposer. Aussi bien que les êtres d'espèces différentes, les êtres de même espèce peuvent s'élever en s’entr’aidant.

1. Richard, Evol., p. 92-94 (Paris, F. Alcan). 2. Evol. du sexe, p. 432, 440.

Est-ce à dire que nous ayons complètement retourné en effet le darwinisme, et que nous puissions désormais affirmer que la nature, mieux connue, donne à l’homme l’exemple de toutes les vertus sociales? Conclurons-nous avec M. Decamps ‘, que « partout où règne la concurrence vitale il ya faiblesse et dégénérescence », tandis que « partout où domine l'association il y a force et progrès », et qu’en conséquence « la lutte pour l'existence est condamnée par toute la nature » ? Admettrons-nous contre Huxley, avec M. Geddes? que le « processus éthique », bien loin d’être l’antithèse du « processus cosmique », n’en est qu’un résumé fidèle ? Céderonsnous, en un mot, à cette tendance, récemment remise en honneur, qui cherche dans la nature une école de solidarité? La tactique est séduisante. Nous relèverions ainsi, pour en diriger la ‘pointe contre nos adversaires, l'arme dont ils nous menaçalent… | Mais un instant de réflexion suffit pour rappeler que cette démonstration n’est pas près d’être faite. Si nous avons établi que la lutte n’est pas tout, nous sommes loin d’avoir établi qu’elle ne soit rien dans le monde vivant. « Il ne s’agit pas, dit M. Houssay *, de se duper soi-même et de ne pas reconnaître que, malgré le grand rôle joué par la sociabilité dans la nature, elle n’a pas aboli toutes les forces antagonistes. » M. Sabatier remarque, de son côté‘, qu’il faut être aveuglé par une idée préconçue pour nier que, pendant que l’union assure le progrès dans certains cas, la lutte pour l’existence en fasse autant dans des cas différents.

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