‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 126 sur 161 · Les forces de l'industrie, Paris, p. 46 (F. Alcan · texte numérisé non relu

Les forces de l'industrie, Paris, p. 46 (F. Alcan

classique : les êtres luttent pour l'existence. Pour peu que l'être soit complexe, diverses tendances luttent en lui-même. Et, suivant que l’une ou l’autre prédomine, l'être ne persévère pas tout uniment dans son être, il y persévère sur un certain plan, d’une certaine manière‘. Devient-il conscient, c’est de plus en plus « la manière » qui lui importe. Il compare ses diverses tendances, il établit une échelle des valeurs, il détermine des raisons de vivre?. Il ne combat plus seulement pour la vie brute et nue, mais pour tout ce qui fait, comme il dif, le prix de la vie, et sans quoi elle ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Or on sait que l'effet ordinaire du progrès de la civilisation est d'élever ce standard of life, de grossir ce « minimum décent » sans lequel les hommes sont portés à considérer la vie comme intenable. Au fur et à mesure que les moyens d'action se multiplient autour d'eux, ils réclament des satisfactions multipliées pour les besoins, non plus seulement de leur corps, mais de leur esprit. Leur organisme raffiné complique ses exigences ; et elles se présentent bientôt à leurs consciences comme les expressions d'autant de nécessités vitales.

Mais que des raisons sociales, bien plutôt que des raisons organiques, expliquent cette incessante rénovation des besoins, c'est ce qui n’est plus à démontrer. On remarque que si les hommes recherchent avidement les nouveaux moyens de jouissance, cela tient sans doute, non seulement à leur tendance à s’imiter, mais à leur désir de se surpasser les uns les autres, à l'ambition de tenir leur rang ou de gagner des

rangs, de marquer ou d'effacer les distances. Les parures des

1. V. Boutroux, Contingence des lois de la nature, p. 94 (Paris, F. Alcan). | 2. V. Gizicki, Ferri, Pearson, Harmening, cités par Woltmann, op. , P. 70, 79, 76, 161. Cf. Huxley, Evol. a. Ethics, p. 27, 40. Lange, Arias chap. r et 11.

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membres des classes supérieures, leurs palais splendides, leurs suites nombreuses, la finesse même de leur culture, n’ontelles pas mission de signifier qu'ils ont du temps:et de largent à revendre‘? N'est-ce pas pour « vivre nôblement » qu'à leur tour les membres des classes inférieures tendent toutes leurs forces? Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de leurs modèles, ceux-ci cherchent d’autres marques distinctives”. Et ainsi, par cette lutte perpétuellement renaissante entre inférieurs et supérieurs, les innovations tombent progressivement dans le domaine commun, le particulier s’universalise, et le superflu d’hier devenant le nécessaire d'aujourd'hui, le nombre des besoins qui aiguillonnent les hommes va sans cesse s’accroissant.

Dans la recherche de ces manières d'exister, 1l faut voir sans doute l’action d’une « volonté de puissance », mais celle aussi des sentiments de sympathie. Les hommes n’y apparaissent pas seulement, n1 surtout désireux de dominer brutalement leurs semblables ; ils songent à l'effet qu’ils produisent sur l'opinion ; ils se surveillent pour être honorés, ils se révèlent soucieux de l’estime publique. Il est vraisemblable que cette concurrence pour l'estime entraînera d’autres effets que ceux du simple combat pour la survie. Et l’on pressent déjà qu’en utilisant adroitement ces tendances, la société, regagnant quelque chose sur l’égoïsme des individus, pourra leur donner peut-être l’habitude et leur inspirer le goût non plus seulement du bien-être, mais du bien-vivre.

Il est remarquable en effet que l'idéal des hommes n'est pas laissé à leur seule fantaisie individuelle ; il est au contraire guidé et comme bridé par la société qui les réunit. Vis-à-vis de chacun d'eux, celle-ci représente les intérêts de tous : au service de l'idéal commun elle mettra l’empire des

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