‹ La démocratie religieuseChapitre 100 sur 128 · LE THEOLOGIEN DU « BLOC CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE THEOLOGIEN DU « BLOC CATHOLIQUE

Voici tout d'abord une étude qu'a bien voulu consacrer au livre, dans le Bloc calholiqiie de Toulouse, une personnalité « particulièrement autorisée » du monde religieux. Les extraits que Ton va lire de ce très pénétrant, très perspicace et très rigoureux examen inviteront le lecteur à se reporter au texte de l'article, modèle d'exposé critique et logique.

L'émincnt tbéologien auteur de cette étude commence par dégager la pensée du livre, le point de vue où s'est placé l'auteur pour l'écrire.

« Il s'agit donc de politique religieuse. Mais, qu'on y prenne bien garde, il ne s'agit pas de religion. L'auteur ne parle pas de religion. Ce n'est pas une question religieuse qu'il traite. C'est une question politique, exclusivement politique. Il est vrai que cette politique a pour objet la religion ; mais, précisément, parce qu'il s'agit de politique, c'est du point de vue politique, et non du point de vue religieux, que la religion est ici considérée. Encore serait-il plus exact de dire que ce n'est pas la religion qui est considérée, mais une société religieuse, une société religieuse très déterminée, la société religieuse qui s'appelle l'Eglise romaine.

// est impossible de mieux dé finir J\

« L'auteur, se plaçant au point de vue français, au point de vue de ce corps social qui est la nation française, existant comme nation, avec ses caractères distinctifs, son sol, sa population, son bistoire, et voyant en face de lui, non seulement en

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France, mais dans le monde, cette autre société nettement caractérisée par sa doctrine, par sa hiérarchie, par son action dans le monde, qui s'appelle l'Eglise catholique romaine, se demande quels doivent être les sentiments de la nation française et de quiconque a le bonheur d'appartenir à la nation, à l'égard de cette société religieuse.

\Toul le livre lient dans les limites de la question ainsi posée.]

[On objecte cependant à l'auteur que la position qu'il a prise « est une position peu en harmonie, sinon même en opposition formelle, avec la position ordonnée par le Souverain Pontife et les évêques de France ».

« îl semble, dit le théologien du Bloc catholique, que l'opposition des deux procédés d'action ne peut être ni plus flagrante ni plus irréductible. D'un côté, en effet, l'on a pour cri de ralliement : Politique d'abord! De l'autre, le mot d'ordre qui revient sans cesse est celui-ci : Pas de politique ! s'unir exclusivement sur le terrain de la défense religieuse en dehors et au-dessus de tous les partis politiques, entendant par là très expressément les partis qui se spécifient en raison des diverses réformes de gouvernement : république, empire, monarchie.

« Mais ici encore, regardons de plus près ; et voyons si, même sur ce point, on n'est pas victime d'une déplorable équivoque.

« Lorsque le Souverain Pontife et les évêques de France demandent à tous les catholiques français de ne pas faire de politique, au sens qui vient d'être précisé, et de se mettre en dehors et au-dessus des partis politiques dont nous venons de parler, quels sont bien le sens et la portée de leurs instructions ? Est-ce à dire que, purement et simplement, pour les catholiques de France, le bien consiste à être en dehors et au-dessus de tous les partis, se désintéressant de tous les partis, et fuyant jusqu'à leur ombre, — ou, simplement, qu'en raison des dissentiments que provoquent ces divisions des partis — dissentiments qui ne peuvent point se terminer par un quelque chose s'imposant à tous, du point de vue catholique, il est mieux de ne mettre en avant, même comme moyen de défense religieuse, que ce sur quoi tous les catholiques français peuvent et doivent s'entendre ; — réservant, cependant, tous les droits de la vérité politique française que les catholiques, plus que tous les autres, ont le droit et le devoir de promouvoir ?

« Et qui ne voit les conséquences de l'une ou de l'autre de ces

acceptions ? Entendre les directions dont il s'agit dans le premier sens, c'est faire de l'Eglise l'apologiste et la promotrice de l'indifférentisme politique en matière concrète de tel pays déterminé. Ce qui est manifestement contraire à la raison et aux plus formelles déclarations de Léon XIII. Car si l'Eglise, avec la raison philosophique elle-même, proclame qu'en soi il peut être indifférent pour un pays qu'il soit régi par telle ou telle forme politique, d'ailleurs légitime et raisonnable, elle n'a jamais entendu enseigner qu'il soit indifférent, à tel pays, d'être régi par telle ou telle forme...

« Il y a donc, à n'en pas douter, une vérité politique d'où dépend très certainement le bien d'un pays, soit au point de vue naturel et humain, soit au point de vue des intérêts surnaturels des hommes qui vivent dans ce pays. Et s'il en est ainsi, pourrait-il être légitime et bon de se désintéresser de cette vérité politique, même et surtout au point de vue catholique ? N'y a-t-il pas, au contraire, une obligation stricte de s'informer de cette vérité et de s'y conformer dans la mesure même où on la connaît et dans la mesure où il est possible de la servir ? Que si, pour des raisons et des contingences particulières, on est obligé de la taire, ce ne pourra jamais être qu'un pis-aller, non un idéal ou une perfection en soi. Quant à la mise en œuvre des autres moyens d'action ou de défense religieuse, en dehors ou indépendamment de l'action politique au sens dont il s'agit, on peut la promouvoir comme une nécessité qu'il faut subir, mais non certes comme une chose meilleure en soi, ou comme la seule chose qui importe et dont il vaille la peine de s'occuper. Nul doute, en effet, que tous les autres moyens d'action ou de défense religieuse ne puissent être fécondés et multipliés pour ainsi dire à l'infini, par le fait qu'on aura dans le pays telle ou telle forme de gouvernement. Et si quand, de fait, se trouve dans un pays une forme de gouvernement qui semble avoir pour tare indélébile et en quelque sorte organique, dans ce pays, l'hostilité la plus foncière à l'Eglise catholique romaine, des hommes viennent proposer de substituera cette forme une autre forme d'ailleurs exigée, à leurs yeux, parla nature même du pays et qu'ils veulent qu'elle ait pour l'Eglise catholique romaine les sentiments et la conduite dont témoigne la Politique religieuse, ces hommes-là n'ont-ils pas quelque droit de dire aux catholiques de ce pays : Politique d'abord !

« Non pas que pour eux, comme on feint de le leur attribuer, la politique l'emporte sur la religion, ni même les moyens politiques sur les moyens proprement religieux ; mais parce

que dans un Etat désorganisé au point de vue religieux où plutôt organisé en sens hostile à la religion, il est infiniment plus important, pour assurer le bien de la religion, de transformer d'un seul coup, si possible, l'organisme politique de cet Etat, que de travailler à des œuvres partielles isolées de perfectionnement moral portant sur les unités ou sur les groupements locaux éparpillés dans l'immense étendue de cet F2tat. Et donc, si l'on peut travailler soi-même à cette transformation sans d'ailleurs nuire à ces autres œuvres de défense ou d'action religieuse, pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi surtout, ou au nom de quels principes, blâmer ceux qui le font, et les traiter en ennemis ou en suspects, du point de vue des intérêts religieux, qu'ils sont les premiers à vouloir servir, et à vouloir servir en raison directe de leur excellence, proclamée par eux, hautement, et sans comparaison dans l'ordre de dignité, la meilleure et la première?

« Qu'on cesse donc », s'écrie en terminant l'auteur de ces vigoureuses réfutations, « d'opposer ce qui, loin d'être contraire, est si harmonieusement hiérarchisé ! »

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