‹ La démocratie religieuseChapitre 121 sur 128 · Univers, 16 octobre · texte numérisé non relu

Univers, 16 octobre

ter et s'agréger, pour le fortifier, au noyau central, mais tout le reste est repoussé et tombe de soi-même, poussière d'idées inerte et sans vie. Il en est ainsi de telle page « libérale » du grand Fustel ; ainsi de tel chapitre où Le Play lui-même semble absolument méconnaître les fonctions propres de l'Etat. Leur erreur s'en retourne là où doit retourner légitimement toute erreur, au néant. Et, de quelque honneur que nous entourions leur nom etleur mémoire, ni lelibéralismeintermittentdeFustel ni, chez Le Play, une demi-méconnaissancedel'Etat ne peuvent susciter chez un lecteur d'Action française aucun sentiment favorable à deux erreurs aujourd'hui déconfites par les cinquante ans de discussions et d'expériences que V Action française rappelle à tout bout de champ.

Il ne faudrait pas se tromper non plus sur l'honneur impliqué dans ce nom de « maître » utilisé par nous, puisqu'il faut bien user des mots et donner aux choses ou aux personnes une désignation courante : le terme n'eut jamais aucun sens d'adhésion générale à l'ensemble des formulaires d'aucun auteur. Ces maîtres sont nombreux, ils se contredisent entre eux, presque tous, excepté sur un point, et c'est le point par lequel ils concordent avec le plan de la régénération nationale. C'est à ce point précieux, presque sacré, que s'adresse notre reconnaissance. Leur magistère est limité à ce même point : le Comte apologiste du moyen âge, de la Famille, de la Société, le Renan critique de la Révolution, le Sainte-Beuve professeur d'analyse, et ainsi de tous.

Questions, les deux dernières, sur un article qui humilie cruellement l'intelligence duxxe siècle :

— Du monde entier, de tous les âges de l'humanitémoderne, quel est l'écrivain qui lança les plus insignes violences contre le clergé et les papes ?

Mais quel est l'écrivain qui incarna la poésie du catholicisme et de la papauté ?

Deux questions qui comportent, on le sait, la même réponse ; je n'outragerai pas mon lecteur en affectant de lui souffler le nom de Dante. Mais quelle leçon que ce nom ! Ni le souvenir des pontifes flambant comme des torches au fond de l'Enfer, ni l'accablant « mon siège ! mon siège! mon siège ! » proféré sur

le simoniaque à la cime du Paradis, ne pouvaient empêcher le Secrétaire d'Etat du Souverain Pontife régnant de s'associer, en cette année même, au sixième centenaire de la Divine Comédie1. Cela ne prouve rien ? Rien du tout, si ce n'est qu'il ne faudrait jamais prétendre juger la pensée et le sentiment d'une œuvre sur des détails, fussent-ils en apparence démonstratifs. Le préjugé impérialiste et les passions antisacerdotales de Dante ont vécu et péri : ce qui survit, ce qui agit de cette grande âme, c'est le chant de reconnaissance et d'amour à la splendeur de toute la Cité catholique.

Si inférieure que soit la position d'un écrivain ou-d'un philosophe quelconque par rapport à celle du Poète altissime, toute œuvre humaine doit être estimée, comme la sienne, d'après ceux de ses éléments qui ont duré et agi.

1. En 1921, l'Eglise a pris une part prépondérante à la célébration du sixième centenaire de la mort de Dante.

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