‹ La démocratie religieuseChapitre 88 sur 128 · IV. Voici le principe fondamental de la vie morale · texte numérisé non relu

IV. Voici le principe fondamental de la vie morale

La pratique du libre examen engendre le subjectivisme, l'individualisme, la théorie des Droits de l'homme.

V. Le citoyen d'une République doit être avant tout protestant ; en d'autres termes, vivre dans un état permanent de protestation et se préparer toujours à l'insurrection comme au plus sacré des devoirs. Même lorsqu'il est à la tête du gouvernement, il conserve une mentalité d'opposition.

VI. Aussi, les électeurs de Vézenobres- Aiguesvives (la petile cité protestante étudiée par M. Del four) comptent-ils parmi les maîtres de France. Ils vont de victoire électorale en triomphe parlementaire.

VIL Peut-être leurs succès amèneront-ils le déclassement définitif de la France. Mais, comme disait le grand protestant, à d' autres le monde ! L'Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis remplacent la France'.

1. Il est intéressant de noter une vérification nouvelle de cet état d'esprit signalé en 1906 par M. l'abbé Delfour chez un bon protestant de 1911.

Le Dr Elie Pécaut, rendant compte, dans le journal La Frontière, du 9 juillet 1911, des l'êtes du couronnement de Georges V, ne se lasse pas d'admirer (avec une exagération certaine) « l'heureuse nation que ne déchire aucune profonde discorde où cent millions d hommes sont d'accord sur les principes essentiels, sur les fondements de la cité commune, où les divergences d'opinion ne portent cpue sur les points secondaires » . Et, sans doute, ces louanges données à l'unité du Royaume-Uni ne concordent pas très bien avec l'esprit politique de la Réforme. Ce qui suit nous remet dans la direction :

« Pourtant, quand est passé le petit frisson d'envie bien pardonnable, quel est

On n'a rien écrit de plus net sur la question. M. Delfour professe ouvertement son aversion pour les conclusions politiques directes, nous sommes là-dessus en désaccord avec lui. Mais il voit le problème, il le sent, il le pose. Par-delà le désordre établi ou systématisé par la démocratie et si parfaitement décrit par Msr Latty, voilà nommées, marquées, nettement définies les forces vives qui, ayant intérêt à instituer le désordre dont elles vivent aujourd'hui, ont rendu possible l'établissement de cette démocratie, le maintien et l'accroissement de cette République. Voilà, bien mis au clair, le plus « conscient» des quatre Etats Confédérés qui occupent la France : ce n'est point l'État juif, ce n'est point l'Etat maçon, ce n'est même point l'État métèque, — c'est l'Etat protestant, celui qui élabore et répand la pensée religieuse, politique, morale, philosophique et littéraire d'un Gouvernement d'anarchistes au service d'une civilisation de barbares.

Notions perdues, notions voilées par la perversion et l'étouffement de presque tout ce qui a pensé en France au xixe siècle. Notions longtemps méconnues dans le clergé même, puisque le clergé se trouvait enrégimenté, bâillonné, mutilé par sa fonction d'État. Notions que le clergé relève, qu'il répare, qu'il imposera peu à peu, dès l'usage de sa liberté ou plutôt de son

celui d'entre vous qui ne sent que les souffrances de notre pays, que les déchirements même qui ouvrent dans le sein de la France de si profondes blessures, sont la rançon et la condition d'une destinée supérieure dans l'humanité i Qui de nous ne comprend que ces déchirements, que ces douleurs sont le fécond martyre de l'enfantement ? Tel est le génie propre de la France, qu'elle oublie de vivre pour elle-même et de chercher son intérêt, pour se vouer tout entière — au prix de quelques risques mortels ! — à réaliser l'Idéal. »

Les anthropologistes recherchent le type intermédiaire entre l'homme et le singe. Voilà, pris sur le vif, la conception intermédiaire entre le patriotisme commun à tous les bons Français (qui aiment mieux ne pas se consoler des « blessures » de la patrie) et l'antipatriotisme mystique des Quinet, des Michelet et des Naquet qui aiment et souhaitent le martyre de la France, car les souffrances de ce « Christ des nations » rendent un utile service au reste de l'univers et notamment aux peuples futurs.

Comme tout se tient, le lecteur ne sera pas fâché de voir en quels termes ce protestant qui fait cadeau de notre avenir aux autres nations peut, dans le même article, parler de notre passé : « Comment nous défendre, nous Français de mépriser ou de haïr notre monarchie dont la folie et l'abjection n'ont cessé de croître jusqu'à la fin, notre monarchie qui n'a su que piller en saignant le pays pour payer ses orgies après avoir perdu toute la France coloniale et ruiné le patrimoine du pays! » Cela fait suite à un éloge extravagant de la couronne anglaise.

autorité en vertu de sa vieille fonction, de sa nature même de pouvoir spirituel.

On ne peut s'empêcher de saluer, au premier jour d'une assemblée de l'Église de France, cette haute promesse d'affermissement de l'intelligence française. Tous les Français dignes de ce nom y sont intéressés, ajoutons : tous les membres du monde civilisé.

Page 1