D'après Y Action française du 11 août
Je n'incrimine pas, je ne censure pas, ayant une horreur profonde de l'inutile. On l'a vu : Y Action française souscrit. Nous nous conformons à notre état de conservateurs. Nous prenons notre part de l'admirable et misérable mentalité dont il est impossible que nous n'ayons pas gardé ou reçu quelque empreinte, moutons toujours tondus de la protestation oratoire et laborieuses fourmis de la reconstruction en vain.
Nés producteurs, non destructeurs, nés gardiens de l'ordre et non révolutionnaires, la première pensée des bons Français n'est jamais de répondre à des décrets de guerre civile par une offensive tendant à briser ces décrets dans leur source première, dans leur facteur initial. Ils ne songent pas à imposer la rétractation de l'injure, ni le retrait de l'injustice. Ils ne prennent pas de mesures contre la cause afin de prévenir le retour des effets. De la violence ? Fi. De la révolte ? On n'est pas des « jacobins blancs » 1. Ce qu'on fait tout de suite et ce qui se recommence depuis trente ans, c'est un effort immédiat pour réparer le dommage à peine causé. Avant de rendre le coup, on panse la plaie. Quand elle est bien guérie, l'ennemi survient et la rouvre. Elle recommence à saigner. Alors, on la repanse. Et ainsi de suite.
Quand les religieux furent chassés de France pour la première fois, nos amis ne songèrent pas à chasser les expulseurs du pouvoir : ils s'appliquèrent à trouver des biais ingénieux pour faire rentrer les expulsés en conformité avec les lois existantes. Et quand les écoles primaires furent laïcisées, on s'occupa de construire des écoles libres à côté. Même tactique pour l'enseignement secondaire et supérieur. La même, pour les services d'assistance et d'hospitalité. Des gens de cœur, et de grand cœur, disaient : « Nous ne pouvons pas faire le bien ici, nous irons le faire plus loin. » Comme on en voulait, non à la place où ils faisaient le bien, mais au bien qu'ils faisaient, parce que c'était le bien et qu'il venait d'eux, la législation et l'administration les traquèrent dans les refuges qu'ils venaient de s'accommoder. Chassés des maisons de l'Etat, ils le furent de leurs maisons. Après ce qu'ils avaient reçu des générations
1. Épithète adressée à Bernard de Vesins par le juge juif Worms. de Versailles, après l'assaut de l'église Saint- Symphorien.
anciennes, on leur prit ce qu'ils tenaient des nouvelles, de leurs efforts d'hier, de leurs travaux mêmes du jour. Le lazzarone Viviani établi à l'archevêché et le juif Cahen aux Oiseaux, la main noire de la confiscation plane déjà sur d'autres immeubles, propriété d'oeuvres incontestablement laïques, mais dont Cahen et Viviani, Ullmo et Dreyfus ont besoin.
Or, je vous le demande, qu'est-ce donc qui pourrait borner les vœux de Dreyfus et d'Ullmo ? Et quel obstacle voyez-vous aux concupiscences de Cahen et de Viviani ? Tout, au contraire, les excite à ce désir fructueux et bon. Les spoliés de ce matin seront dès ce soir à l'ouvrage ; ils se remettront à construire, palais ou hangars, de nouvelles maisons où, le premier plâtre essuyé, l'ennemi n'aura plus qu'à faire porter sa valise.
Pour ma part, je refuse toute admiration à l'audace de cet ennemi.
C'est la complaisance des victimes qui est admirable.
Il existe, de nos jours, quelques grandes âmes douées magnifiquement parce qu'elles ont reçu le génie de l'action « pratique ». Elles se sont perdues corps et âmes dans cette action. Mais la fatalité de notre temps veut qu'elles ne conçoivent cette action-là qu'immédiate.
— Prenez garde, Madame ! disais-je à l'une d'elles, voilà quelques années : le Gouvernement finira par vous prendre voire... (Je prononçai le nom de l'une de ses fondations.)
— Me prendre N... !
Sillonnés d'un beau jet de foudre, les grands yeux s'adoucirent instantanément : il en rayonna un sourire plus calme que le bleu des mers sous un ciel serein. J'en reçus une vive sensation de mon ridicule. La femme éminente à laquelle je venais de faire entrevoir un avenir aussi imaginaire que l'éventualité d'une persécution était « bien » avec M. Combes, lequel, sans posséder au juste les paroles de la vie éternelle, paraissait être pour longtemps l'arbitre de la politique française. C'est pourquoi les ouvriers de la fondation N... travaillaient paisiblement pour l'éternité : maçons, charpentiers, couvreurs, zingueurs, gaziers et électriciens faisaient rage. Aujourd'hui, tout est terminé. Je crois aussi que la République est à l'œuvre. Elle forge ses armes contre N... J'entends dire que Mme X... ne sourit plus.
.'MO !.A DKMOCRATIK RELIGIEUSE
Rien n'est beau comme l'ivresse de l'enthousiasme dans une de ces âmes très grandes, très hautes, très pures. Quelque chose est plus beau pourtant. C'est l'alliance de ces vertus passionnées avec une raison complète. Je dis complète, afin que la raison politique n'en soit pas exclue. Raison qui se compose de souvenir et de prévoyance, et aussi d'audace.
Le passé se répète et se répétera. La mystérieuse substance de l'avenir ne peut pas être imaginée trop différente du passé, On se comportera à notre égard comme on s'est comporté jusqu'ici. On nous prendra tout ce que nous aurons amassé et édifié sans avoir su le défendre par une offensive bien dirigée. Le même bras nous cherchera et nous menacera tant qu'il nous suffira de préserver notre poitrine sans essayer d'atteindre celle de l'ennemi. En tout, partout, il en sera comme des cloches de Suresnes : vingt fois payées, refondues vingt fois, jusqu'au jour où, désespérées d'être toujours atteintes dans ce petit clocher de banlieue parisienne, nous nous apercevrons que c'est à la place Beauvau qu'il nous faut porter, non pas du bronze, non pas de l'or, mais du fer.
Politique d'abord. Politique offensive et visant le régime.
Hors de là, tout se réduira de plus en plus à souscrire pour les fêtes de l'ennemi ].
1. Les cloches delà souscription du (iaulois ont été bénites et installées dans l'été de 1911 : M. Arthur Meyer était, je crois, parrain, et. en tout cas. M"18 Meyer était la marraine.
Attendons...