SCENE XVI. 4o
mens étaient inunenses ; mon parc me semblait désert; je n'avais autour de moi que des domesticjues , des gens indifFérens; aucun sourire n'accueillait mon arrivée, car personne n'attendait mon retour ou ne s'était inquiété de mon absence.
CAMILLE, rapprochanl son lautiuil d'Alphonse.
Pauvre jeune homme !
ALPHONSE
Air d'.\ilsti|)pe.
Il faut , dil-on . dans la jeunesse ,
Pour voir son destin embelli,
Faire le choix d'une maîtresse,
I''t surtout le choix d'un ami.
Maîtresse, ami... je sens au tond do l'anio Que par eux seuls je pourrais être heureux ;
Et je voulais prendre une fennno
Afin de les avoir tous deux.
CAMILLE , avec un peu U'attentlrissemenl.
C'est donc pour cela , monsieur, que vous vouliez vous marier? ( iis seicvem i^us ùeiwx ynimeoi.) Maintenant, vous n'e« avez plus besoin, puisque vous trouverez ici des voisins et des amis.
ALPHONSE
Oui , votre parrain me l'a dit : je serai celui de la maison ; mais le vôtre ?
CAMILLL.
Le mien aussi.
\LPHONSK.
Itien vrai !
CAMILLE
Je dis toujours vrai, vous le savez.
4o6 LA. DEMOISELLE A MARIER.
ALPHONSE
Je ne vous déplais donc plus autant ?
CAMILLE
Non , c'est fini. Et moi , monsieur? car ce matin , j'en suis sûre, j'ai dû vous paraître bien gauche, bien maussade...
ALPHONSE, souriant.
Mais... un peu.
Ah! monsieur, ça n'est pas bien... c'est une revanche ; mais , grâce au ciel , tout est fini , et d'ici à long-temps, j'espère, il ne sera plus question de mariage.
ALPHONSE
Hé bien! c'est ce qui vous trompe ; et, comme votre ami , je dois vous prévenir qu'on attend ce soir un nouveau prétendu.
CAMILLE
Ah, mon Dieu! que me dites-vous?... Voilà toute ma frayeur qui me reprend... encore une entrevue!
ALPHONSE
Vraiment, oui... c'est un M. de Géronville.
CAMILLE
Le fils de l'inspecteur ! et c'est aujourd'hui même? J'étais si contente, si heureuse ! Vous venez de troubler toute ma joie.
ALPHONSE
Ce monsieur de Géronville vous déplaît donc beaucoup?
CAMILLE
Je le connais à peine.