‹ La dent et l'évolution: De la place de l'homme dans la natureChapitre 11 sur 43 · III. - QUESTION DU MODE D’APPARITION DES HOMI · texte numérisé non relu

III. - QUESTION DU MODE D’APPARITION DES HOMI

NIDES. — La question du mode d'apparition des Hominidés se rapporte à l’origine multiple — polygénisme, — unique — m0on0génisme, — où globale — ologénisme — de l'humanité.

Le Polygenisme dont Giussrrs SERGI était un des principaux protagonistes, n’a que peu de partisans aujourd’hui. Pour lui, les diverses races humaines devaient venir de différents points de j’horizon, c’est-à-dire devaient descendre d'êtres de nature différente, qui auraient convergé vers la future humanité. Le détail de l’anatomie profonde, ainsi que le fait du métissage possible et fécond de toutes les races humaines, rendent cette thèse invraisemblable.

Par opposition au polygénisme, le Monogénisme où se rejoignent Harcker d’Iéna et Cuénor de Nancy, soutient la descendance, hors série pourrait-on dire, de l’humanité à partir d’un seul être ou d’un couple d’êtres qui auraient acquis des caractères spéciaux. Les difficultés qui s’opposaient à la vraisem blance de la première théorie sont, ici, levées. Mais au moment où le polygénisme était en défaveur et où le monogénisme croyait triompher, ce dernier a trouvé un concurrent dans /’Ologénisme, dérivé directement de l’ologenèse de Daniel Rosa de Modène. Cet auteur conçoit la vie comme apparue sur la terre non pas par l’infusion miraculeuse de vie à une cellule, mais à des milliards d'éléments égaux, doués du même potentiel et se développant jusqu’à la fin des temps par le jeu de forces internes principalement, l'orthogenèse — ou développement en ligne droite — étant le processus non pas exceptionnel, mais normal, de l’évolution.

L’ologénisme, représenté principalement par CoLosr de Naples, Frasserro de Bologne, Sreranezz1 de Bari et en France

par G. MOonNTANDON, voit l’apparition des premiers Hominidés sous forme d’une seule espèce, dérivant par mutation d’une espèce antécédente, mais comprenant de nombreux individus, répandus sur une vaste surface ayant chance d’avoir correspondu à la plus grande partie de l’ancien monde; si la nlus apparente conséquence de l’ologénisme est /a négation d’un %erceau de l’humanité, Vessentiel de sa doctrine est cependant le principe du développement par forces internes — les externes n’apportant qu’un modelage superficiel des types — forces vrthogénétiques, postulat primordial qui explique tout.

IV. - QUESTION DU RATTACHEMENT DES HOMINI- DES AUX PRIMATES. — fa question du rattachement des Hominidés aux Primates étudie la hauteur à laquelle, dans l’échelle des niveaux géologiques, la lignée humanoïde prend racine De la situation de ce niveau dépend, en plus d’une détermination chronologique, un problème de morphologie zoologique, car, selon cette situation, le premier ancêtre de l'Homme peut avoir été un prédécesseur, un contemporain ou un successeur des diverses espèces anthropoïdes, éteintes ou encore existantes, avec tout ce que cela comporte de rapports éventuels d’apparentement avec celles-ci.

On distingue là deux écoles principales : la nremière de ces écoles, qu’on pourrait appeler école du Quaternaire, et dont WE£EiNFRT qui a une connaissance profonde des Anthropomorphes, est un des principaux représentants, admet que les premiers Hominidés ont apparu au début de l’ère quaternaire, ou, au plus loin dans le temps, à ia limite du Tertiaire et du Quaternaire, soit, il y à environ un million d'années. Ceux qui défendent cette manière de voir sont forts de ce qu’il n’existe aucun document relatif à des Hominidés du Tertiaire, ni document ‘osseux, ni document industriel (les éolithes étant en général considérés comme des produits de la nature); mais comme, dans ce cas, le temps disponible, pour la gestation de l’humanité, a été d’une durée limitée, le détachement somatique des Hominidés a dû s’opérer à partir d’un des grands Anthropoïdes de l’époque, d’un ancêtre chimpanzoïde vraisemblablement. La seconde école, que l’on appellera école du Tertiaire et dans les ‘rangs de laquelle on compte, entr’autres, Ossorx, le senior de la paléontologie américaine, et WEIDENREICH, le Airecteur actuel du plus important poste de paléontologie humaine, celui de Pékin, s'oppose à ces conclusions. Les profanes qui ne peuvent pas reconnaître de connexions entre l’ Homme et les autres Primates, et tableraient sur la seconde école pour combattre la première, seront frustrés. Car, si la seconde école refuse de faire descendre l'Homme de l’Anthropoïde tel qu’il existait au début du Quaternaire, c’est qu’elle entend faire remonter, parallèlement, les Hominidés ancêtres de l'Homme et les Anthropoides, jusqu’à un niveau morphologique commun se situant au

début du Tertiaire, c’est-à-dire quelques millions d’années auparavant (Gr£eGory, de New-York, occupe une position intermédiaire entre les deux écoles, plaidant pour un lertiaire plus récent).

Cette vue des choses n’est nullement affaire de sentiment, mais repose sur des données morphologiques, dont aous donnerons la suivante comme exemple. On sait que les dents canines de l'Homme ont une forme appointie et qu’il en est de même des Anthropoïdes, chez lesquels cependant ces dents, dépassant de beaucoup le niveau des autres, ont la forme d’un vrai croc; on en avait déduit jusqu’ici, que cette forme appointie chez l Homme était un résidu héréditaire du eroc des Anthropoïdes. Mais voici que les canines du Sinanthrope de Pékin, qui a livré 147 dents décrites, ont une forme rappelant les incisives! Par ailleurs, les dents prémolaires, chez ies Anthropoïdes, ont une forme à un seui tubercule rappelant quelque peu la canine, tandis que, chez le Sinanthrope, elles sont molariformes comme chez l Homme et même encore plus. La seconde école infère de données anatomiques de cet ordre, le Sinanthrope s’avérant, d'autre part, par la somme des caractères, ancêtre de l’Homme (avec plusieurs échelons intermédiaires), que les Anthropoïdes étaient engagés sur une autre voie et ne pouvaient donner naissance à l’ Homme. On aurait ainsi deux grandes lignées de Primates supérieurs, l’une formée par les Dryopithèques éteints, ancêtres ou parents des ancêtres des Anthropoiïdes actuels, l’autre constituée par le Sinanthrope de Pékin et l’Australopithèque de l'Afrique du Sud (tous deux éteints), lignée conduisant à l'Homme. Mais il reste, pour la seconde école, à prouver l’existence, dans le Tertiaire, du tronc commun aux deux lignées.

Voici comment on conçoit, à l’heure actuelle, l’histoire des Anthropomorphes (Voir tableau synoptique):

- Taittss aynophque de € anbdlon des AnMnopononples -

+ Parapithme

La 1enée hominienne est encadrée par des formes qui s’en rapprochen{ de plus en plus. C’est la structure « en écailles » de P. TEILHARD DE CHARDIN (1923), composée de couches enveloppantes de plus en plus serrées autour de la lignée hominienne.

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Les premiers Anthropomorphes sont connus depuis l’oligocène. Ils font leur épanouissement au miocène; à cette époque ils présentent une grande diversification et colonisent tout l'Ancien Monde. Au pliocène, leur nombre diminue. À l’heure actuelle, les Anthropomorphes ne représentent plus que des reliques d’un groupe qui à atteint son apogée au miocène.

Le genre le plus ancien, larapithecus, est représenté par une espèce retrouvée dans les gisements du Fayoum d'Egypte. C’est une forme de toute petite taille (celle d’un Ouistiti). Sa denture est caractérisée par le fait que la canine est de petite taille, non différenciée en croc; les prémolaires sont très différentes des molaires; ces dernières sont du type « anthropomorphe » c’est-àdire avec quatre tubercules à la molaire supérieure, cinq tubercules à l’inférieure dont trois portés par le talonide distal. — La dent est allongée dans le sens de la mardibule.

D'où, Parapithecus apparaît comme une forme primitive se rattachant au Tarsier et aux Insectivores. À partir de ce type primitif, synthétique, nous assistons à des évolutions divergentes qui aboutissent aux Anthropomorphes actuels et à des formes que l’on ne retrouve plus à l’heure actuelle.

Les Anthropomorphes qui se rapprochent le plus des Hominidés ne nous sont connus qu’à l’état de fossiles. C’est ainsi que l’on a pu établir récemment la lignée des Australopithecus : A. africanus (1924), forme du pléistocène; À. transvaalensis (1936); À. robustus (1938), du quaternaire supérieur; ZLimnopitheeus, du miocène, vient d’être découvert récemment, c’est l’ancêtre de la lignée.

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La capacité crânienne est plus grande, le cerveau plus compliqué que celui des Anthropomorphes actuels. La mandibule est en Ÿ comme celle de l'Homme, non plus en U comme celle des Anthropomorphes actuels. La denture est humanoïde. La connaissance de la lignée des Australopithecus, nous amène à penser que l’évolution de la dent a dû se faire de façon plus précoce que celle du crâne et du cerveau. — Mais 4 ustralopithecus

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sont des formes du quaternaire, époque à laquelle les Hominidés sont bien développés : donc Æominidés et Australopithecus ne sont pas sur la même lignée, ce sont deux lignées parallèles. —

M. R. Broom pense que la molaire de l'Homme peut être considérée comme une forme dégénérée et réduite de la molaire de l’Australopithèque, qui dérive elle-même de celle du Dryopithèque. Celles du Gorille et du Chimpanzé ont eu une évolution indépendante à partir d’un stade antérieur à celui du Dryopithèque.

Pour cet auteur, Australopithecus revêt l’aspeet d’un Chimpanzé à denture humaine; peut-être l'Homme est-il issu d’une forme voisine de l’Australopithèque, par une mutation à grand cerveau.

À en juger par l’analyse dentaire, Ch. BENNRJIEANT suppose que les J1ominidés ont dû se séparer des Anthropoïdes au-dessous du Dryopithèque.

D’après F. WeinENReICH, il serait 1llogique de vouloir — comme l’ont fait OsBoRN, Woop JONES et ADLOFF — considérer les Anthropoides comme des formes trop spécialisées pour avoir donné naissance à l’Hemme et faire ainsi remonter l’origine du phylum humain aux Primates inférieurs (Platyrhiniens, voire Tarsiidæ). L'Homme aurait sûrement traversé un stade anthropomorphe. Mais, naturellement, celui-ci n’était absolument identique à aucun des grands Anthropoides actuels, de sorte qu’il n’est pas étonnant que l’on rencontre chez le Sinanthrope certaines dispositions déjà très humaines, comme c’est le cas de la configuration de l’articulation temporo-maxillaire et de la forme des dents, à côté d’autres dispositions propres à ce Primate, comme l’énigmatique fente du conduit auditif externe dont Weï- DENREICH ne trouve d’équivalent que chez le Colobe.

En ce qui concerne les rapports du Sinanthrope avec la théorie de la fœtalisation de Bolk, loin de confirmer cette théorie, l’existence du Sinanthrope apporterait contre elle de nouveaux arguments.

ie QUESTION DE L’APPARENTEMENT DES DO- CUMENTS DECOUVERTS. — La question de l’apparentement des documents découverts traite de la situation génétique qu’on entend donner, même indépendamment des Dryopithèques et des autres Anthropoïdes, aux documents dont on dispose aujourd’hui. On entre alors dans la discussion de détail relative aux divers Hominidés, ascendants lointains ou immédiats, réels ou collatéraux sans descendance, de l'Homme, C’est une sagacité intuitive tout à leur honneur, qui a fait établir, dès la fin du siècle dernier, à QuArreraGes et Hamy dans leur Crania ethnica, certaines étapes de la préhumanité, alors qu’ils ne disposaient que d’un nombre dérisoire de pièces, et très fragmentaires, de Préhumains. Aujourd’hui, nous nous promenons dans une forêt de documents. Aussi, les grandes discussions « métaphysiques » se sont-elles éteintes; devant l’amas

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des témoignages, ceux-ci ne sont plus mis en doute; les anciens adversaires d’une préhumanité ne tentent plus de discuter. La lutte se circonscrit donc entre spécialistes, sur la façon d’interpréter les pièces. Ce sont: surtout les découvertes sensationnelles de ces dernières années, à Java et à Chou-Kou-Tien près de Pékin, qui. nourrissent les discussions les plus vives entre ceux qui en ont les documents en mains. Nous n’en donnerons comme exemple que la récente et étonnante thèse d'Eugène Dupois qui découvrit, en 1891, le fameux ’ifhécanthrope. Alors qu’autrefois Marcellin BouLE, à Paris, voyait, seul presque parmi les prébistoriens, un Gibbonidé géant dans le Pithécanthrope, opinion qui n’est plus accréditée et que Boure, lui-même, ne partageait plus ces dernières années, voici que DuBors, comme offensé de sentir son Pithécanthrope serré de si près par d’autres prétendants au premier échelon de l’humanité naissante, le rejette dans les Gibbonidés et fait des Sinanthropes, des Hominiens de Ngandong (Java), et même de celui de la Rhodesia (Afrique du Sud), les prédécesseurs de l'Homme (//omo sapiens), excluant d'autre part de nos ancêtres l'Æominien de Néanderthal d'Europe. Cette fois-ci, personne ne suivra Dubois, mais le fait que lon puisse passer impunément, sans qu’on n’en voie plus la limite, de l’animalité à l’humanité, prouve que l’on n’est plus à la recherche du « chaînon manquant », qu’on en a même plus qu’il n’en faut. Cela montre aussi la complexité progressive, le chatoiement des discussions actuelles quant à la somatique préhistorique. Les trouvailles étonnantes de ces dernières années, faites par von Konigswald en Java (Pithecanthropus robustus 1939, Meganthropus 1941) et à Aong-Kong (Gigantanthropus 1934-39) mettraient à l’origine des Æosninidés non point des formes de petite taille, conformément aux données de paléontologie générale, mais bien au contraire des formes géantes au crâne massif (F. Weinenrelcu), Nous verrons dans le Chapitre I du Livre V les réflexions que peuvent suggérer ces dernières découvertes.

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