‹ La dent et l'évolution: De la place de l'homme dans la natureChapitre 7 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Introduction Histoire de l'Humanité

Le tissu osseux est ordonné en pièces osseuses, en os, suivant les maquettes fixées par les lois de l’organogenèse et d’après les inductions organisatrices de l'espèce.

Suivant l’idée de Julius WoLrF, on dit que le tissus osseux est modelé par des actions musculaires, que sa silhouette d'os est commandée par la fonction.

La loi est générale. Chez tous les êtres vivants du règne végétal comme du règne animal, l’agencement des parties résistantes dans les tissus de soutien, l’organisation de la forme en vue de la solidité, est ordonnée par des facteurs mécaniques.

P. Rouin dit que chez les Végétaux, les cellules à parois dures qui constituent les fibres ligneuses, se multiplient et s’épaississent, si l’on soumet une tige végétale à l’effet d’une force extensive.

Chez les Animaux, il en va de même. C’est pourquoi la diaphyse d’un os long est établie sur le principe du cylindre creux avec systèmes columnaires de Havers, dirigés selon les lignes de force correspondant aux actions mécaniques qui s’exercent sur la pièce osseuse.

De fait, s'inspirant des recherches de Wozrr et de W. Roux, dans une série de travaux, GALLOIS, BosqueTT# et JAPIOT ont montré par des coupes, des radiographies, des silhouettages de travées, que pour les Vertébrés, les maxillaires, le crâne, le fémur, toute l'architecture osseuse est commandée par les nécessités fonctionnelles.

Pour la mandibule, par exemple, il y a deux systèmes de forces distincts, ayant tous deux origine dans le condyle : un système alvéolaire portant les dents, inscrit dans le système mandibulaire, large faisceau d’os dense formant le solide bord inférieur de l’os destiné à broyer les aliments contre « l’enclume de la mâchoire supérieure ».

Des systèmes de travées fonctionnelles existent donc dans les os. Il en est qui disparaissent quand la fonction qui les commande cesse de s'exercer : par exemple, les travées sous-alvéolaires n’existent pas chez les Edentés.

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Mais alors que sur les membres, les actions musculaires semblent créer des saillies osseuses, au crâne les muscles semblent géner l’ossification et leurs insertions ne sont plus en saillies, mais en creux : c’est ainsi que la fosse temporale correspond à l’insertion supérieure du muscle temporal.

En fait, René LERICHE pense que, du point de vue de la Génétique, il n’y a dans toutes ces influences de la fonction qu’une apparence.

Si nous regardons le modelage osseux au moment même du développement de l’individu, il est évident qu’il se fait sans qu’intervienne le moindre phénomène actif. Chez l’embryon, ce n’est pas la fonction qui modèle le squelette. La forme préexiste aux actions musculaires qui semblent la commander. Elle se réalise en conformité avec cette étrange puissance du devenir, qui est enfermée dans les tissus. La forme se crée sans modelage par la fonction. Et cependant, plus tard, quand la forme sera fixée, elle restera soumise à des forces qui n’agissaient auparavant qu" intention, qui n'étaient que comme un souvenir d’âges révolus et qui, alors, deviennent effectives.

C’est le second principe directeur du Lamarckisme, celui que les modernes nomment «oi de l’inscription dans le patrimoine héréditaire des caractères acquis par le corps » (Philosophie zoologique - 1809). « Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée et, par conséquent, par l'influence de l’emploi prédominant de tel organe, ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie, elle le conserve par la génération.-aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes où à ceux qui ont produit ces nouveaur individus » (LAMARCK).

Lorsqu'on suit la genèse des formes à travers les différents groupes d’un même phylum, on peut constater que l’organe présente un développement en rapport avec la fonction qu’il remplit, alors qu’il ne nous serait pas permis de dire que c’est le développement de l’œil, pur exemple, qui agrandit l’orbite, au seul examen de l’œil de l'Homme.

Le paléontologiste assiste à la genèse des espèces; il sait que pour passer d’une espèce à une autre il faut, dans le temps, plusieurs millions d'années, ce que l’on se représente toujours très mal. Quand le paléontologiste étudie un grand nombre d’éléments fossiles, à chaque couche fossilifère dans une même série correspond une espèce, et si l’on a affaire à une série continue, fait remarquable, il y a des formes intermédiaires qui établissent le passage d’une espece à l’autre, l’espèce caractéristique correspondant au milieu de la couche.

Songeons, maintenant, au temps qu’a nécessité l’édification du règne animal. Les couches fossilifères remontent jusqu’au Précambrien et elles nous révèlent des formes évoluées à organisation complexe; or, le début du Primaire remonterait à plus

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de six cent millions d'années. L'origine de tous les grands groupes du règne animal reste hypothétique, car elle est très ancienne, antérieure aux couches fossilifères.

Reprenons l’exemple cité ci-dessus, de l’œil et üe l’agrandissement corrélatif de l'orbite; examinons ce qui se passe chez les Oiseaux. Par leur crâne, les Oiseaux sont des Reptiles appartenant à la lignée sauropsidienne. Ils constituent le groupe le plus évolué des Reptiles actuels, représentant la terminaison de la lignée des Thécodontes, fossiles du Permu-trias (Primaire- Secondaire). Par l'intermédiaire des + seudosuchia, les + Thécondontes nous conduisent aux + Dinosauriens, aux + Ptérosauriens, ces deux groupes appartenant au Secondaire, aux Crocodiliuns dont il ne subsiste que des reliques à l'heure actuelle, et aux Diseaux en pleine micro-évolution à notre époque.

Si l’on suit la genèse des formes à travers les groupes, on observe que l’orbite à acquis des dimensions considérables chez les Oiseaux actuels du fait que l’œil a pris, chez eux, un développement très grand. Déjà, l’Archéoptéryx, ancêtre de l’Oiseau actuel, avait une orbite plus grande que celle des Pseudosuchiens. Or, si l’œil des Oiseaux est, dans certaines de ses parties, le plus développé de la série animale, il atteint un perfectionnement inégalé dans la série des Vertébrés et la Buse, pour ne retenir que cet exemple, aurait une acuité visuelle cinq fois supérieure à celle de l'Homme. On a démontré ce fait de la façon bien simple suivante : dans les régions correspondant aux forea (Gl y à deux fovea, une centrale, l’autre latérale chez les Rapaces diurnes tels que l’Epervier et chez les Oiseaux à vol rapide tels que l’Hirondelle), chaque cellule sensorielle à sa cellule ganglionnaire spéciale. Si l’on calcule la distance jui sépare deux cônes l’un de l’autre, on pourra mesurer la distance minima qui sépare deux points voisins visibles, c'est-à-dire mesurer lacuité visuelle.

Dans la fovea de l'Homme, on compte seize À vingt cônes pour une suiface de 10u 2.

Dans la fovea de la Buse, on eompte cent éléments sensibles pour une même surface de 1Ou 2.

D'où, la Buse à, au moins, une acuité visuelle cinq fois supérieure à celle de l'Homme.

11 y aurait beaucoup à dire sur l’œil perfectionné des Oiseaux. Retenons que ce développement et ce perfectionnement extraordinaires sont en rapport étroit avec la fonction : tous les Oiseaux chassent exclusivement à la vue.

La croissance est un fait général dans lequel s’harmonisent toutes les évolutions tissulaires qui, parallèles, s’accomplissent synchroniquement, n’ayant les unes sur les autres que des rapports « d’eutrophie ». Notre modelage crânio-facial se poursuit au delà même de la période de croissance. Dans le cours de la vie et surtout après quarante ans, un homine change encore : sa maquette évolue toujours (LERICHE).

I1 faut admettre une addition continue de couches extérieures nouvelles et une perpétuelle destruction à la face interne, car

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la croissance de l'os n’est pas un phénomène interstitiel. Il n’y a pas d'autre hypothèse possible puisque nous n’avons pas la possibilité de muer comme les Crustacés.

Cette croissance excentrique se fait sans action extérieure sensible. De toute évidence, elle n’est pas conditionnée par Ja pression du contenu. Os, cerveau et méninges évoluent parallèlement, harmoniquement. Normalement, la croissance du crâne est, sans doute, ordonnée par quelque chose que nous ne voyons pas. Ce quelque chose est tout d’abord l’hypophyse qui agit par son hormone de croissance. Mais au delà de cette action hormonale, il y a un plan directeur de cette croissance que l’hypophyse suit. Il y à une «intention évolutive » des tissus et des organes.

Ce qui frappe lorsqu'on considère les Primates et les Hominidés, c’est que beaucoup de caractères propres aux Hominidés, nous apparaissent comme des caractéres infantiles. Le jeune Anthropomorphe ressemble plus à |’ Homme que l’Anthrcpomorphe adulte, à telle enseigne que le naturaliste hollandais BOLKk considère que beaucoup de caractères des Hominidés s nt dus à des phénomènes de néoténie (1). Puis Bozk adopte le terme de fætalisation (lotus) et GARSTANG celui de pædomorphose, ces deux termes semblent mieux appropriés pour rendre compte des particularités présentées par les caractères des Zominidés.

En cifet, plusieurs caractères des Hominidés s'expliquent par le fait que ces derniers ont conservé des caractères de jeunesse de leurs ancêtres. On arrive à ce résultat que les caractères des Hominidés sont, à bien des égards, des caractères plus primitifs, plus simples, plus généralisés, moins spécialisés que ceux des Singes et des Anthropomorphes.

Ainsi, à peut y avoir dans l’évolution de véritables phénomènes de rajeunissement faisant apparaître des caractères de jeunesse susceptibles d'évolution ultérieure.

Parmi ces caractères de jeunesse, si particuliers aux ÆZomuinidés, on cite souvent le grand développement du crâne, qui est un caractère de fœtus, de même que le grand développement du cerveau; la réduction de la face, de l’arcade soureilière, des mâchoires ; l’absence de crête sagittale ; le faible développement des canines qui ne deviennent jamais des erocs comme chez les Anthropomorphes; le faible développement des museleës masticateurs. Tous ces caractères sont des caractères de jeunesse que l’on rencontre chez le jeune Anthropomorphe, mais qui dépassent ce stade chez l’adulte. L'Homme adulte se rapproche du jeune Anthropomorphe.

Les Æ{ominidés sont caractérisés par un développement retardé qui leur a fait garder des caractères de jeunesse; ce développement est d’une extrême lenteur. C’est ainsi que la myélinisation des fibres nerveuses se produit de façon très tardive et ne se termine qu’à l’âge adulte; que le développement des dents est

(1) Néoténie : La néoténie est le fait qu’un organisme, encore à l’état larvaire, est capable de se reproduire. Exemple : l’Axolotl est la forme larvaire d’un Batracien Urodèle, l’Amblystome,

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tardif; que les sutures crâniennes perdent leur laxité seulement dans les six mois qui suivent la naissance, la bande de tissu conjonctif qui les sépare diminue; les os commencent à s’engrener; entre la seconde et la troisième année, il n’y a plus d'espace conjonctif entre les os; tout est ossifié; et cependant la croissance continue, la capacité du crâne s’adaptant continuellement à celle du cerveau; en deux ans, cette capacité se triple: chez le nouveau-né, elle est le quart de ce qui sera chez l’adulte ; la croissance continue donc excentriquement, sans que nous camprenions bien cominent, jusque vers l’âge de trente ou quarante ans. Ce développement retardé a des conséquences considérables : la période de variabilité, de malléabilité et partant d’éducabilité est.très longue, une vingtaine d’années, ce qui facilite l’acquisition de fonctions nouvelles.

Toutes ces modifications du développement s'expliquent par un facteur unique, un facteur hormonal; il est vraisemblable que, toutes, elles relèvent des hormones de croissance, sécrétées par l’hy So DeRE le corps thyroïde, le thymus et les gonades. Nous pouvons obtenir, de façon expérimentale, des phénomènes de néoténie chez les Batracièns en modifiant la sécrétion hypophysaire ou thyroïdienne.

On sait, par exemple, que-la néoténie occasionnelle des races d’Axolotls réfractaires à la métamorphose, est due à un hypofonctionnement de la thyroïde : c’est un phénomène d’hypothyroïdie.

Mais, si nous envisageons d’un point de vue général l’évolution organique, et nous y reviendrons dans le cours de ce premier livre, nous remarquons que l’Evolution tend vers un développement plus considérable du système nerveux, du cerveau; elle tend vers une élévation du psychisme; dès lors la pædomorphose nous apparaît comme un moyen dont s’est servie l’Evolution pour satisfaire la réalisation d’un psychisme supérieur.

Parmi les différents os, il en est un, de texture particulière, qui acquiert, du point de vue phylogénétique, une importance considérable, c’est la dent.

Sa mor phologie est essentiellement guidée par sa fonction : c’est ainsi que sur une même arcade, les dents en rapport avec les lèvres, qui apparaissent quand la bouche est ouverte, ont une action essentiellement préhensile et leur forme, peu modifiée dans les différentes lignées, sera tout à fait différente de celle des dents postérieures, en rapport avec les joues, près du bras de levier de la mâchoire, qui ont une fonction de mastication et deviennent caractéristiques d’une lignée.

Son développement est corrélatif de celui des mâchoires, luimême en corrélation avec le développement du crâne.

La dent est un très bel exemple d'évolution dirigée, d’orthogenèse.

L'établissement de la généalogie d’un groupe se fait par l’étude de documents fossiles et ces documents ne sont constitués que par des éléments du squelette, particulièrement résistants, débris de crânes, de mâchoires armées le plus souvent de leurs dents.

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Comme nous l’avons mentionné, certaines dents, par la diversité morphologique extraordinaire de eertaines de leurs parties, deviennent caractéristiques d’un groupe, permettent de suivre la lignée jusqu’à son origine, d'établir des filiations entre des groupes différents, et c’est ainsi que leur étude est particulièrement précieuse quand on envisage le règne animal sous l’angle de son histoire, quand on s'intéresse à l’évolution zoologique.

Une partie de cette histoire a soulevé bien des problèmes qui n'avaient rien de biologiques : c’est l’histoire de l’humanité.

‘Quand on manquait de documents, l’esprit pouvait se perdre dans le jeu de la métaphysique; à l’heure actuelle, la rigueur scientifique étaye, avec de bons documents, l’esprit qui cherche à se représenter, de façon objective, notre origine.

Nous nous proposons de remettre en mémoire, en insistant particulièrement sur le mode évolutif de la vie, les principales théories relatives à cinq ordres de questions intéressant nos or1gines, selon un plan établi par G. MoNTANDON

1° Question des connexions intercontinentales ;

2° Question du mode évolutif de la vie;

3° Question du mode d’apparition des Hominidés; 4° Question du rattachement des Hominidés aux Primates;

5° Question de l’apparentement des documents découverts.

TL. — QUESTION DES CONNEXIONS INTERCONTINEN- TALES. — La question des connexions intercontinentales relève de la géographie et ne concerne peut-être pas les Hominidés. Elle n’en doit pas moins être mentionnée, pour parer à toute éventualité peut-on dire, et parce qu’elle concerne tout de même les premiers Primates, c’est-à-dire l’ordre zoologique auquel l'Homme appartient. La face de la Terre n’a pas toujours présenté l’aspect que nous Jui connaissons : certains continents actuels étaient coupés par l'eau, certains continents séparés étaient réunis. [Il s’agit de savoir si les connexions intercontinentales d'autrefois étaient réalisées par des continents aujourd’'hui effondrés, ancienne théorie des ponts continentaux, ou bien si la Terre ne formait qu’une seule plaque continentale qui se serait disloquée par la suite, théorie des translations continentales de Wecener. Nous avons dit que les Hominidés n'étaient peut-être pas intéressés à l'affaire. En effet, on n’a pas trouvé de traces certaines d’ancêtres de l'Homme en Amérique; on en déduit que ce continent n'avait plus de communications avec l'Europe lorsque prirent naissance les premiers Hominidés et que le peuplement de l’Amérique dut s'effectuer par l’ Homme proprement dit, à travers le détroit de Bering et à une époque relativement récente.

L'arrivée de quelques groupes humains en Amérique du Nord par le Groenland (car c’est l’extrême nord de l'Amérique qui

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se serait écarté le plus tardivement de l’Europe) et en Amérique du Sud par la Terre-de-Feu, depuis l'Australie, ct par le continent antarctique viable, ne pourrait avoir été que secondaire et ne pourrait avoir comporté qu'un nombre d'individus limité. A moins de découvertes renversant ces données, le creuset où s’est forgée l'humanité a été l’ancien monde.

LP QUESTION DU MODE’ EVOLUTIF DE LA VIE. — La question du mode évolutif de la vie comporferait l’exposé des anciennes et nouvelles théories relatives à l’évolution ; nous en rappellerons les principales tendances

Le terme d’£Zvolution peut être entendu dans des sens très divers. C’est l’angle sous lequel on peut envisager les Sciences les plus variées; c’est une façon de se poser pour examiner certaines questions. C’est ainsi que sous l'angle historique, nous pouvons envisager la Zoologie.

L'évolution en Zoologie est l’histoire des animaux, quelle que soit cette histoire. $S1, même, la fixité des espèces, selon LINK, était réelle, l’évolution subsisterait. Celle-ci est un fait : on ne peut être pour ou contre; on peut, en revanche, différer d'avis sur le mode d’évolution.

Le firisme intégral n’a plus d’adeptes.

Le transformisme, c’est-à-dire l’évolution lente et impercentible des organismes, sous la pression de facteurs principalement externes, est reconnu comme nécessitant une révision, aussi

bien sous la forme que lui donnait LAMARCK — Adaptation au besoin — que sous celle que soutenait DARWIN — télection naturelle,.

Le transformisme a dù céder une partie de ses positions au mutationnisme de l’Hollandais De VRIES. Par opposition à la transformation lente et continue des êtres, ce principe comporte des changements brusques dits mutations. Si, d’une part, il ne peut prouver expérimentalement que des mutations intraspécifiques, c’est-à-dire à l’intérieur même des espèces et non pas d’une espèce à une autre, d'autre part, il faut bien s’entendre sur ce que peut être une mutation. Elle ne doit pas être conçue comme une transfiguration de tout l'être. Un cu quelques-uns des très nombreux facteurs ou déterminants héréditaires ou encore « gènes » (JOHANNSEN - 1909) se modifiant sous l’empire de causes généralement inconnues, produisent les nouveaux êtres de la lignée, une modification du caractère correspondant au gène et se montrant immédiatement héréditaire. Mais la mutation peut sans doute s'être déjà produite et ne pas être encore visible, et quand elle se manifeste, elle peut paraître si minime qu’elle simule un transformisme graduel. Cependant, quelle que soit l’apparence de l’évolution, les changements ne peuvent probablement se produire que par mutation, pour la raison que

celle-c1 reposera sur un changement chimique et que les éléments primordiaux chimiques ne peuvent muter que par entités entières.

Il en résulte ce fait essentiel pour l’Evolution générale que de même que la matière vivante est discontinue, de même la mutation est discontinue.

Un autre point serait le suivant : la mutation porte-t-elle habituellement sur un seul individu qui la transmet à ses descendants, ou sur une masse d'individus à la fois? Les observations de MorGan (U. $. À. - 1910) sur les très nombreuses mutations de la Drosophile, les observations de mutations chez les Vertébrés (Oiseaux, Mammiferes, Rongeurs, Carnivores, Ongulés.….) ont montré que les mutations se retrouvent dans les différentes especes. Elles ne se font pas au hasard; elles présentent une grande ressemblance et rappellent celles observées chez la forme type. Les mutations n’ont rien d’artificiel : il y a un .parallélisme extracrdinaire entre les mutations qui surviennent accidentellement et les différences raciales, spécifiques, sénériques qui séparent les animaux. Si beaucoup de ces mutations sont anormales, aboutissent à des anomalies, il n’en demeure pas moins que dans les espèces voisines, on voit apparaître Ces mutations parallèles : ceci montre qu’il y à un caractère fondamental identique chez tous les individus d’un même groupe — Mammifères, par exemple. — Mais les gènes ont une structure d’une grande stabilité et, à part quelques exceptions, les mutations sont un phénomène relativement rare.

Nous citerons ensuite la curieuse doctrine de l’Hollandais LoTrsy jour qui tous les nouveaux types sont dus à l’hybridisme de types anterieurs, cela depuis l’origine...

Enfin, la doctrine suivant laquelle l’Evolution est due, dans ses lignes principales, à des forces internes — l'espèce succédante étant en puissance dans l’espèce antécédente, comme les cellules d’un œuf qui se développe — va nous retenir plus longtemps. Comme nous l’avons vu, la base de toute évolution, c’est la mutation. Mais la mutation se produit au hasard: elle obéit à des lois générales qui n’ont rien de biologique. Or, les variations qui donnent naissance aux organes, en particulier aux organes adaptés à un certain but, sont des variations dirigées, ce sont des orgarnogenèses dirigés, des orthogenèses (Eimer). Ou la variation est dirigée par des facteurs extérieurs À l’organisme : c’est la sélection, mais alors on imagire mal comment la sélection agit sur des organes aux premiers stades de leur formation et encore inutiles, ou le principe de direction qui assure la variation orthogénétique doit être recherché dans l'organisme lui-inéme. Nous pensons que c’est dans ce sens au’il faut comprendre la finalité interne de KaxT. ©’est cette voie qui permettra, par l’expérimentation, d'aboutir à une solution satisfaisante du prcblème de l’adaptation, problème essentiellement biologique. Si tout n’est pas adapté dans la vie où peut être mal adapté, c’est ainsi que, pour ne retenir qu’un exemple bien connu du clinicien, la douleur est un phénomène mal adapté, :l

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n’en demeure pas moins qu'il y a des organes adaptés à un but, et nous ne saurions donner de meilleur exemple que la dent et les mâchoires.

Ce qui définit le mieux l’adaptation, c’est la corrélation, la coaptation de OUÉNOT. Il est très difficile d'affirmer quand un caractère est seul, que c’est un caractère adapté, mais lorsque plusieurs structures morphologiques, embryologiquement différentes, ou lorsque deux ou plusieurs phénomènes physiologiques sont liés, il ne peut pas y avoir là un fait du hasard. Ces corrélativns se produisent par voie hornionique. La matière vivante possède un pouvoir d'organisation. Nous ne rappellerons pas ici les nombreuses observations et expériences qui ont trait à ce phénomène, nous n’en retiendrons que deux :

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