‹ La dentelle et la broderie sur tulleChapitre 23 sur 86 · Une ouvrière faisant de la guipure · texte numérisé non relu

Une ouvrière faisant de la guipure

d’ameublement gagne 1 franc par jour.

96. Une jeune ouvrière, habitant une modeste fermette, à Houthulst, fait une jolie petite guipure, qui lui est payée 46 centimes

Faune. Elle fait 11 aunes en trois jours, et, en déduisant 55 centimes pour le fil, elle gagne fr. 1.50 par jour. Elle travaille de 5 heures du matin à 9 heures du soir.

C’est une ouvrière très active ; pendant qu’elle répond à mes questions, ses doigts continuent de courir entre les fuseaux avec une agilité extraordinaire, et tandis qu’elle déplace ses épingles de la main droite, elle continue à travailler de la gauche. Cette activité et la perfection de son travail sont causes que son salaire est plus élevé que celui de la moyenne des ouvrières des environs, et cela bien qu’elle ne sache faire que la guipure et le torchon, dentelles de qualité inférieure. Mais il y a une autre cause à l’élévation relative du salaire de cette ouvrière : c’est l’initiative dont elle fait preuve en refusant de s’adresser, pour la vente de sa dentelle, à un intermédiaire local. Toutes les dentellières d’Houthulst et de Staden, le village voisin, vont porter leur dentelle chez les petits facteurs locaux. Ceux-ci achètent la dentelle à très bon marché et vendent le fil fort cher : ils font payer 14 francs la livre le fil qui leur coûte 12 francs; enfin, ils gagnent encore sur leur magasin de denrées, étoffes, etc., et s’arrangent pour forcer leurs ouvrières à se fournir chez eux. Chez l’un de ces facteurs, on me disait que les ouvrières ne reçoivent jamais d’argent et que la valeur en dentelle qu elles doivent rapporter est toujours inférieure à ce qu’elles ont pris d’avance en fournitures diverses. Notre ouvrière a compris qu’en portant sa dentelle à la factoresse d’Houthulst ou de Staden, elle diminuait son bénéfice : elle se rend maintenant tous les quinze jours à Hooglede, à quelques kilomètres de chez elle, et remet sa dentelle à un facteur plus important, qui lui-même fait ses commandes aux facteurs de Staden et de Houthulst. Ainsi, cette ouvrière reçoit un prix convenable de sa dentelle; elle paie le fil fr. 1.70 la livre, au lieu de 2 francs, et elle n’est pas obligée de

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

se fournir de marchandises chez le facteur,

Journées

Salaires

lorsqu’elle va pour recevoir son argent.

de

travail

par

jour.

Cette jeune fille a franchi un des degrés du

Heures.

Fr.

protocole compliqué qui sépare l’ouvrière produisant la dentelle de la grande dame qui l’achète. 11 en reste plusieurs et elle ne peut espérer les franchir tous, mais, comme elle me le disait, que demain dix autres ouvrières fassent comme elle, qu’elles rassemblent la production d’une quinzaine de jours, qu’une châtelaine s’intéressant à leur sort les mette

en rapport avec une maison de Bruxelles, de Courtrai ou de Lille, et elles pourront déléguer l’une d’entre elles pour faire, à tour de rôle, un voyage qu’une seule n’oserait entreprendre et ainsi elles recevront de leur dentelle un

prix autrement avantageux que le salaire de famine pour lequel elles peinent aujourd’hui.

Menin et G/ielmve.

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