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Caen, 1773, par Bezi

D’après cet auteur, outre cette manufacture et une autre qui fut établie en 1747, grâce à la libéralité de l’abbé Suhard

et de Mie Scelles de Letanville, sa tante, qui lui laissa une somme d’argent à

; tte intention, le commerce de la dentelle occupait dans la ville un grand nombre de personr

On lit dans un Essai historique sur La ville de Ba)

, par Frédéric Pluquet, Caen, 1829, que la fabrique de dentelles fut introduite à Bayeux par M. Clément en 1740; ce fait inexact a été répété par M. Aubry et d’autres.

et que l’on fabriquait sur des métiers à gazes (Fig. 10, page 13). Peuchet rapporte que cette industrie existait anciennement à Bayeux; il ne serait pas impossible qu’au moment de son déclin, quand elle menaçait de s’éteindre, on ait eu l’idée de la remplacer par celle de la dentelle.

La manufacture de Bayeux a eu un passé très-brillant; elle a conservé sa supériorité mais on n’y fait presque plus de blondes. Les dentelles de soie y sont seules l’objet d’une fabrication importante ainsi qu’à Caen.

Le nombre des ouvrières de ces deux villes, en y comprenant celles des autres villes de Normandie où il se fait de la dentelle et de leurs environs, s’élevait encore il y à quelques années à plus de cinquante-cinq mille; mais ce nombre décroit sensiblement ‘.

Il y a, en ce moment, comme une certaine hésitation dans la mode entre la dentelle noire et la guipure noire; sile goût se prononçait définitivement en faveur de cette dernière, les fabriques de la Normandie suivraient-elles le mouvement? Il faut l’espérer; dans le cas conträire, elles auraient tout à perdre. Il est certain qu’en usant de toutes les ressources qu'offre le travail de la guipure, on obtiendra des effets d’une richesse et d’un attrait incomparables. Par sa nature, qui n’exclue aucun point, elle offre au dessinateur des facilités infinies pour varier les contrastes et rehausser l’effet du dessin; mais elle demande un nouvel apprentissage de la part de Pouvrière.

Cet apprentissage n’offre pas de grandes difficultés; mais il pourrait bien se faire que la demande de dentelles noires à réseau allant toujours en diminuant, le nombre des ouvrières suivit cette décroissance, et que l’on se trouvât un jour sans base, c’est-à-dire sans ouvrières pour reconstituer la fabrique. Ce serait la répétition exacte de ce qui arriva anciennement aux fabriques où l’on faisait de la guipure, et où l’on négligea de se mettre en mesure pour l'exécution du travail, nouveau alors, que nécessitaient les dentelles à réseau au commencement du xvin siècle.

Il y a quelques années, un fabricant émérite de Bayeux, M. A. Lefebure, y a introduit le travail à l’aiguille d'Alençon. Ses fils, qui lui ont succédé, viennent d’entreprendre le véritable point de Venise, tel qu’il fut importé en France par Colbert. Il est à désirer que cette entreprise, qui a parfaitement réussi au point de vue de l’exécution de cette incomparable dentelle, soit soutenue par le goût public et jouisse de toute la faveur qu’elle mérite.

Les points de Venise, dont les fac-simile couvrent la Planche XLIV, ont été exposés par M. Lefebure en 1867.

1. M. Aubry, dans son Rapport sur l'Exposition universelle de 1851, répartit ainsi le nombre des dentellières de la

Normandie :

Arfondissementide Caen Re eee ee nee CET CCe 25,000 — de Bayeux 15,000

— de Pont-] 10,000

ALENÇON ET ARGENTAN. — Si l’on s’en rapportait à ce qu’on a écrit jusqu’à présent sur l’origine de la fabrique de point d'Alençon, c’est à une dame Gilbert, originaire de cette ville, qu’en serait dû le premier établissement. Elle aurait reçu, dit-on, de Colbert une avance de $0,000 écus, avec la mission d'apprendre à un grand nombre de femmes la manière de faire le point de Venise, et, après des essais fructueux, dont les échantillons furent soumis au roi, qui s’en trouva satisfait, aurait obtenu un privilége exclusif de dix ans par lettres patentes du $ août 1675. À

Odolan Desnos*', qui le premier a fait imprimer ces particularités, donne la mesure de son respect pour l’histoire en citant une ordonnance qui n’a jamais existé; il y ajoute des détails , qu'il dit avoir empruntés à Savary, relatifs à la compagnie qui aurait été formée pour l’exploitation du privilége en question.

Le récit de Savary, conforme de tout point aux ordonnances dont on a cité des extraits précédemment (pages 115 et suivantes), ne l’est point avec ce que lui fait dire l’auteur des Mémoires historiques sur la ville d'Alençon.

C’est le $ août 166$ que, par déclaration royale, est accordée à une compagnie. dont le siége s'établit à Paris, à l'hôtel de Beaufort, le privilége exclusif pendant dix ans de la manufacture de points tels qu’on les fait à « Venise, Gênes et Raguse, qui seront appelés points de France, »

Par une ordonnance de même année et d’autres postérieures, les priviléges des entrepreneurs, parmi lesquels on ne voit point figurer la dame Gilbert, sont confirmés ; et quand il y est question d'Alençon, c’est au même titre que Reims, Le Quesnoy, Sedan, Aurillac et autres villes, où, comme cela est constaté par les considérants de l’une de ces ordonnances, les entrepreneurs de la manufacture ont distribué les ouvrières qu'ils ont fait venir de Venise et d’ailleurs à leurs frais.

Bien loin que ce‘soit une dame Gilbert qui ait créé la première manufacture de points à Alençon, on ne trouve même pas son nom dans la correspondance qui s’est établie entre Colbert et les entrepreneurs des points de France : Pluymers, Paul et Catherine de Marcq. Une lettre de cette dernière à Colbert, du 26 août 1665, a pour but d’obtenir la permission de lui présenter «la personne qu’elle désire envoyer à Alençon pour l’établissement de la Manufacture de point de France, » et cette personne, qui signait Marie Fillesac, dès le 29 octobre 1665, écrivait à Colbert :

« Selon que vous avez agréé que je me rendisse en cette ville avec M" Rafy, je m'applique de tout mon cœur à seconder ses desseins et à faire réussir le travail de la Manufacture royale, dont je m’assure que dans peu de jours il en sortira des échantillons qui ne le céderont en rien au véritable Venise, etc., etc.? » Signé, Marie Fillesac.

Le nom de M"° Raffy revient plusieurs fois dans cette correspondance, entre autres, dans une lettre adressée d’Argentan à Colbert, le 23 novembre 166$. Cette dame paraît avoir dirigé les travaux de la Manufacture royale d'Alençon, dont Argentan était une

1. Mémoires historiques de la ville d'Alençon, par Odolan Desnos, Alençon 1787, 2 vol. in-8e, 2. Lettres à Colbert, tome 132 bis f 83r. Bibliothèque nationale.

ALENCÇCON ET ARGENTAN. 181

dépendance et où les entrepreneurs avaient établi un bureau pour distribuer et recevoir les ouvrages.

La fabrique de dentelles en points à l’aiguille d'Alençon remontant à une date plus reculée que celle de l’établissement de la manufacture royale, les entrepreneurs y ont trouvé des éléments tout préparés à l’enseignement du nouveau point de France.

Cette opinion n’est point partagée par les écrivains du xvm* et du xix° siècle qui se sont occupés de cette question, mais on trouve la preuve de son exactitude dans la correspondance même de Colbert et ailleurs.

Le monopole établi en faveur de la compagnie privilégiée n’était pas fait pour plaire aux ouvrières, auxquelles il enlevait leur liberté; aussi il arriva à Alençon et à Argentan, comme à Sedan et à Aurillac, des petites émeutes quand on voulut les contraindre à cesser de faire leur ancien point, et les obliger à ne travailler que pour la Manufacture royale.

Dans une lettre du mois d'octobre 1665‘, Catherine de Marcq, en rendant compte des progrès déjà réalisés à la manufacture royale d’Aurillac, se plaint que les vingt maïtresses ouvrières vénitiennes qu’elle a envoyées à Alençon ont été insultées et frappées par des garçons qui obéissaient aux excitations des commissionnaires des marchands de Paris. Le monopole mettait fin à leur commerce, et ils essayaient de résister. Il fallut des ordonnances très-sévères pour faire cesser leurs agissements*.

Par les citations qui précèdent, on voit clairement que l’établissement des premières manufactures de dentelles à Alençon est antérieure à 166$, et qu'il s’y faisait alors un commerce de points que le monopole menaçait de faire disparaître. Mais on a d’autres preuves, qu'avant cette date encore, cette fabrique avait une belle réputation.

On trouve, en effet, dans la Révolte des Passements, pièce curieuse et comique, que suggéra en 1661 l’édit de l’année précédente, qui interdisait ou réglait l’usage des points, passements, dentelles, etc., et qui a déjà été citée, des renseignements précieux sur les dentelles les plus renommées du temps.

Il y est question des points de Gènes, de Raguse, d’Aurillac, de Venise, puis du point d'Alençon, qui :

« Ayant bien appris sa leçon, Point qui savait plus d’une langue, Fic une fort belle harangue

Remplie de tant de douceurs, Qu'elle ravit, dit-on, les cœurs, etc. »

Pour qui sait lire à travers les images de ce langage, on voit clairement, qu’en 1660, cette industrie n’en était pas à ses débuts, et qu’on y savait faire les points connus dans

1. Lettres à Colbert, tome 132, f 75. Bibliothèque nationale. 2. Une lettre du lieutenant-général d’Alençon, De la Rue, portant la date du 19 novembre 1665, informe Colbert qu'il a été décidé dans un conseil de ville que toute ouvrière qui ne travaillera pas pour la Manufacture royale sera

punie d’une amende de 6000 fr. ou d’une punition corporelle. T. 133 # 434.

plus d’un pays; ce qui indiquerait une situation alors très-avancée, à laquelle on n’avait pu arriver qu'après une période de temps assez prolongée.

C'est donc à tort que les écrivains qui se sont occupés de rechercher la date de l'établissement de la première fabrique de dentelles à Alençon l'ont fixée à 1675, voire même à 1665; cette fabrique était ancienne alors, et peut-être remonte-t-elle aux premiers temps du point coupé. Toujours est-il que, sous Louis XIV, les ouvrages de points de Venise qu’on y fit atteignirent une telle perfection, que leur renommée a fait oublier les autres fabriques du royaume, et que, depuis, le point à l'aiguille de France a porté le nom de Point d'Alençon. Si bien que l’on ne paraît plus se douter qu’il a existé ailleurs, à Sedan par exemple, des fabriques de points, dont la vogue a été aussi très-grande autrefois.

L'industrie de la dentelle, à Alençon, très-importante avant la révocation de l’édit de Nantes, eut beaucoup à souffrir de la retraite des religionnaires. Plus du tiers de la population, parmi lesquels les plus riches manufacturiers, émigra en Hollande et en Angleterre‘; depuis ce temps, malgré la supériorité de leurs produits, les fabricants d'Alençon n’ont plus trouvé l’occasion de rendre à leur commerce la prospérité d’autrefois. On a établi à l'étranger, dans la Belgique principalement, des manufactures de points à l'aiguille, bien inférieurs assurément aux points français, mais ces imitations, dont le travail est incomplet, étant naturellement d’un prix moins élevé, le commerce les a recherchés,

Après la mort de Colbert, l'esprit qui avait animé le gouvernement dans lPimpulsion qu'on s’était appliqué à donner à l’industrie et au commerce s'éteignit. Le roi, n’ayant plus auprès de lui ce ministre économe pour le retenir, se livrait. à ses goûts immodérés pour le faste et la magnificence; c’est à ce moment qu'il édifa Marly, où il engloutit des sommes immenses. Plus tard, les événements politiques suscitèrent de si grands embarras financiers, qu’on cessa d'encourager les arts et les manufactures en les subventionnant ; il fallut aussi, par nécessité, s’abstenir de ces prodigalités en objets de grand luxe, qui entretenaient l’activité dans les ateliers.

Toutes ces causes, la mort de Colbert, la révocation de l’'édit de Nantes, le mauvais état des finances, produisirent des effets funestes à nos industries. Néanmoins, Louis XIV aimait la dentelle, et par goût, il s’intéressa particulièrement au succès du point de France à Paiguille et à la supériorité qu’il désirait lui maintenir. Les ordonnances de février 1667 et d'août 1669, dont on a cité des extraits (pages 117 et suivantes), attestent l’importance qu’il attachait au maintien de cette industrie dans la bonne voie; il en résulte que si les événements avaient, de son temps, atteint sa prospérité, du moins

1. On lit dans un mémoire concernant la généralité d'Alençon, écrit par M. de Pommerai en 1698, p. 67 :

« Il pouvait y avoir environ 4000 huguenots avant la guerre dont plus de 3000 demeuraient en la ville d'Alençon et y faisaient le plus gros commerce. La plus grande partie de ceux de la ville d’Alençon ont passé en Hollande et en Angleterre avec leurs effets, qui consistaient uniquement en argent et marchandises qu’ils ont vendus. » Et ailleurs, p. 85.

— « La population est de 8 à 9000 âmes et l’on dit que le nombre en est diminué de plus d’un tiers depuis la révocation de l'édit de Nantes par la retraite des religionnaires. » Bibliothèque nationale.

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