La dentelle renaissance
Parmi les ouvrages de dames les plus en faveur, la dentelle Renaissance, appelée aussi dentelle irlandaise ou dentelle de Luxeuil, occupe actuellement une des premières places.
Tandis que la confection de la plupart des autres genres de dentelles présente certaines difficultés et n'est pas à la portée de tout le monde, la dentelle irlandaise peut être classée parmi les ouvrages les plus faciles et toute personne ayant quelqu'habitude des travaux à l'aiguille et du goût pour ce genre de travail arrivera en fort peu de temps à exécuter de charmants objets.
La dentelle Renaissance est formée par des lacets cousus suivant un dessin donné et assemblés au moyen de brides et de points divers.
Ce genre de dentelle est très ancien ; il a son origine dans l'ancien point de Venise.
Au xviie siècle on commença à imiter en France le point de Venise, mais en le simplifiant, afin d'arriver à un travail plus facile. On essaya d'abord de remplacer les parties serrées de la dentelle par des lacets aux fuseaux et par des lacets tissés et de ne faire à la main que les points de dentelles et les brides. Les ouvrages obtenus par ce procédé n'avaient pas la finesse du vrai point de Venise, ils furent néanmoins favorablement accueillis et prirent le nom de « dentelles Renais-
sance ». Cependant, au xvme siècle, ce genre d'ouvrage perdit peu à peu de son importance, tandis que de délicates dentelles à l'aiguille avec fond de réseau faisaient leur apparition en France et en Belgique. Ces nouvelles dentelles eurent vite conquis la faveur du public et la dentelle Renaissance fut longtemps délaissée.
Ce n'est qu'au milieu du xixe siècle qu'on la voit renaître comme nouveauté anglaise sous le nom de « point lace ». Elle a, depuis, non seulement regagné le terrain perdu, mais elle est devenue un des ouvrages de dames les plus répandus et les plus estimés, grâce à la grande variété de lacets de tous genres qui se trouvent aujourd'hui dans le commerce et qui permettent de varier à l'infini les motifs des « dentelles Renaissance ».
Le patron. — La dentelle Renaissance est exécutée sur un patron en étoffe (toile cirée, papier-toile ou lustrine de coton) sur lequel sont tracés les contours du dessin que l'on veut reproduire. Ce patron indiquera donc la direction des lacets ainsi que le nombre et la place des brides de raccord. (Voir fig. 2).
Nous donnons dans cet ouvrage, comme planches hors texte, une série de modèles de dentelles et leurs patrons dessinés sur lustrine ; ces derniers peuvent être détachés et employés pour l'exécution du travail.
Dans le cas où l'on voudra préparer soi-même le patron pour un ouvrage quelconque, on fixera sur le dessin ou sur l'ouvrage servant de modèle une pièce de toile à calquer transparente sur laquelle on marquera bien exactement, à la plume, les contours du dessin ainsi que les brides de raccord. On aura soin de poser le côté verni de la toile sur le modèle et de dessiner sur l'envers, l'encre prenant mieux de ce côté.
Fournitures (fig. i). — Les fournitures principales pour la dentelle Renaissance sont des lacets et des fils.
Les lacets de lin et de coton sont fabriqués en écru, en blanc et en plusieurs tons crèmes; les lacets de soie existent en blanc et en noir. Quant à leur forme nous les classerons en deux catégories. La première comprend les lacets dont les deux bords sont parallèles ; ils sont appelés « lacets unis » et
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Fig. i. Lacets. (*)
(*) Les fournitures pour la dentelle Renaissance (lacets, fils, anneaux, etc.) sont en général vendues dans tous les bons magasins d'ouvrages de dames. On peut aussi se les procurer à la Maison Th. de Dillmont, à Mulhouse (Alsace).
b LA DENTELLE RENAISSANCE
« lacets façonnés » Ces lacets sont fabriqués dans différentes largeurs et avec différentes grosseurs de fils, ils peuvent être simples, avec bord ajouré ou avec bord picoté.
Il existe en outre des lacets composés de formes ovales reliées par des parties étroites et courtes, appelés « lacets médaillons ». On peut se procurer ces lacets avec ou sans bords picotés ; ils sont également fabriqués dans les nuances mentionnées à la page 4.
On trouve encore des lacets picotés qui ont un bord uni et l'autre garni de petites bouclettes en fil ; ils servent de garniture extérieure aux dentelles et peuvent être assortis comme genre et comme nuance à ceux employés pour l'ouvrage qu'il s'agit de garnir.
Pour faciliter à nos lectrices le choix des fournitures, nous donnons en grandeur naturelle, avec la fig. 1, une carte d'échantillons des lacets les plus courants.
Pour coudre les lacets sur le patron on se sert d'un fil souple et suffisamment fin pour que les points ne marquent pas dans le lacet. Le Fil d'Alsace D.M.C et le Demi-Alsace conviennent très bien pour ce travail. Les brides de raccord et les points d'ornement, pour lesquels on emploie de préférence un fil bien tordu, peuvent être exécutés en Fil d'Alsace D.M.C, en Demi-Alsace D.M.C ou en Cordonnet 6 fils D.M.C, si les lacets sont en coton; en Lin pour dentelles D.M.C ou en Lin à broder D.M.C, si les lacets sont en fil.
Pour les ouvrages en lacets de soie on emploiera la Soie moulinée D.M.C ou la Soie de Perse D.M.C. On ne prendra toutefois qu'un ou deux brins sur les six dont se composent ces deux sortes de soie.
Aiguilles. — On ne fabrique pas d'aiguilles spéciales pour faire les dentelles; nous conseillons de prendre des aiguilles à coudre longues, de grosseur proportionnée aux fils employés.
En travaillant, le chas de l'aiguille devra passer en premier; de cette manière on évitera de fendre les fils.
Travail préparatoire (fig. 2). — Lorsqu'il s'agit d'un ouvrage d'une certaine importance, il est utile de fixer le calque sur une pièce de toile cirée noire ou verte ou sur une étoffe foncée assez résistante. Si le calque est sur papier-toile,
Planche I
le côté mat sera tourné vers la doublure. Dans ces conditions le travail sera facilité et l'ouvrage terminé sera mieux réussi que s'il avait été exécuté sur le calque seul.
Les lacets seront bâtis entre les lignes parallèles qui forment le dessin; on les fixe au moyen de points devant très réguliers et un peu plus longs sur l'endroit que sur l'envers. Lorsque les lignes du dessin décrivent des courbes on fixera le lacet à plat sur la ligne extérieure de manière qu'il soit légèrement plissé à l'intérieur des parties courtes.
Si le dessin forme des angles on procédera différemment selon que l'angle sera plus ou moins ouvert. Dans le premier cas on
Fig. 2. Manière de bâtir et de froncer les lacets.
repliera simplement le lacet sur lui-même. Par contre, pour les angles fermés, on placera le lacet sur la ligne extérieure du calque, on le fixera au sommet de l'angle et on remontera sur le second côté sans retourner le lacet. La petite soufflure qui se formera dans la pointe sera répartie et cousue sur les deux côtés du lacet.
Au commencement et à l'extrémité d'une pièce de lacet, de même qu'à la fin du dessin, il faudra avoir soin de réserver un petit bout de lacet, environ i c/m., afin de pouvoir, plus tard, l'arrêter proprement.
Lorsque les lacets sont bâtis sur tout le dessin, on prend
un fil très fin et l'on fronce tous les petits plis, en faisant des points de surjet par-dessus la lisière du lacet, de façon que l'excédant de longueur du lacet disparaisse et qu'il ne reste que l'ampleur nécessaire au dessin.
Aux endroits où deux lacets sont placés l'un à côté de l'autre, ou l'un sur l'autre, ils seront raccordés par quelques points. On doit, en fronçant le lacet, en arrêter les bouts réservés. Dans ce but on fait un rempli avec le bout et on le fixe au lacet le plus proche par quelques points d'ourlet.
Les lacets médaillons sont fixés d'une autre façon. Avant de bâtir ces lacets on arrête la tige du premier et celle du dernier médaillon par quelques points de feston, la forme des médaillons ne permettant pas de faire un rempli invisible.
Nous ferons observer ici que le côté de l'ouvrage tourné vers le calque est généralement pris comme endroit de l'ouvrage. Cependant, comme presque tous les points de dentelles et brides sont à double face, c'est-à-dire pareils des deux côtés, il n'y aura à faire attention à cette particularité que lorsque l'on fera les remplis et les différents points auxiliaires pour arrêter les lacets. Ces points et remplis devront être faits sur le haut de l'ouvrage.
Pour garantir pendant le travail l'ouvrage contre la poussière il convient de recouvrir de papier toutes les parties que l'on ne travaillera pas immédiatement. De même on garantira les parties terminées avec du papier de soie.
Exécution du travail. — Les points que l'on fait pour les brides de raccord et pour les jours qui remplissent les pleins ne devront pas être trop tendus afin de ne pas tirer les lisières des lacets et ne pas déformer les contours du dessin.
Pour attacher un fil, l'arrêter ou le conduire d'une figure à une autre, on fait des points imperceptibles dans la lisière du lacet.
Il est à peu près indifférent de terminer en premier lieu les brides ou les points de dentelles. Nous conseillons cependant de terminer d'abord les premières, qui sont plus vite exécutées ; on risquera moins de faire rentrer l'ouvrage lorsqu'on ajoutera les points de remplissage. Ces points devront reposer sur le calque et ne jamais le traverser, car, dans ce cas, on pourrait facilement les couper en décousant la dentelle.
Les points de remplissage. — Un ouvrage en dentelle Renaissance se compose du dessin proprement dit et du fond. Entre les lignes du dessin et entre les différents motifs qui le forment il se présente des vides que l'on « remplit » au moyen de brides, de points de dentelles et de figures diverses, le tout exécuté à l'aiguille.
Les brides servent principalement pour le remplissage du fond, les points de dentelles et les figures de fantaisie pour les différentes parties du dessin.
Nous donnons plus loin, à ce sujet, tous les renseignements que nous croyons utiles, en les accompagnant de figures explicatives.
Brides. — Les brides que l'on emploie pour remplir le fond d'une dentelle peuvent, d'après la manière dont elles sont confectionnées, être classées en :
brides surjetées,
brides festonnées,
brides cordonnées et
brides au point de reprise.
Chacune de ces sortes de brides donne de nouveau lieu à des variantes dont l'emploi est réglé par la valeur et le dessin de la dentelle à exécuter. En règle générale, les brides fortes sont posées isolément et en travers du vide à remplir; par contre, les brides fines sont posées en rangs plus serrés et forment des lignes serpentines sur le fond à couvrir. Lorsque le vide s'élargit par endroits, on croise les brides ou on les ramifie. Plusieurs brides se croisant au même point sont réunies au centre par un cercle fait au point de reprise ou de toute autre façon ; la figure ainsi obtenue est appelée roue ou araignée. (Voir aussi page i5, fig. 19 à 3o.)
Brides simples à points de surjet (fig. 3). — On fixe le fil, on le lance par-dessus le vide et d'une lisière à l'autre, on passe l'aiguille de haut en bas, et on surjette le premier fil. aussi souvent qu'il le faut pour donner aux deux fils l'apparence d'un cordonnet.
Si les points de surjet ne sont pas assez nombreux, les brides ont un aspect lâche et négligé.
Brides renforcées à points de surjet (fig. 4). — Pour celles-ci on lance 3 fils par-dessus le vide et on les enlace de points de surjet plus espacés que ne le sont ceux des brides de la fig. 3, de manière que les 3 fils lancés restent visibles.
Brides ramifiées à points de surjet (fig. 5). — Après avoir lancé un fil obliquement à travers l'espace vide, on le surjette jusqu'au milieu comme pour la bride, fig. 3, de là on tend le fil pour la branche inférieure, puis on surjette celleci ainsi que le fil non encore surjeté de la première bride.
Brides unies à points de feston (fig. 6). — On tend d'abord 3 fils, puis on les recouvre, de droite à gauche, de points de feston.
Le fil qui sert à exécuter les points de feston devra sortir du lacet à la distance d'un ou de deux fils des fils tendus pour
Fig. 3. Brides simples a points de