Pour Paris
la Société d'anthropologie, 1891, p. 24 et suivantes, et Berlin : natalité légitime ; sur 1.000 femmes ma-
10k LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE
On voit par ce tableau que cette règle est générale et se vérifie pour la natalité illégitime comme pour la natalité légitime. C est à tort qu on 1 attribuerait à l’émigration estivale, car les résultats sont tout à fait semblables lorsqu on lait porter 1 observation seulement sur les
mois d hiver, ou sur les mois où se fait le recensement.
Ainsi la natalité légitime des arrondissements très riches n est que la moitié de ce qu’elle est dans les arron-
combien de naissances légitimes
en un an
riées de 1 à 50 ans,
(mort-nés inclus).
NataUté illégitime : sur 1.000 femmes non mariées de 15 â 50 ans combien de naissances illégitimes en un an (mort-nés inclus).
oui vienne : pour 1.000 femmes mariées de tout âge combien de naissances légitimes en un an (mort-nés inclus). de
dissements les plus pauvres, et cela s’observe (avec une natalité d’ailleurs beaucoup plus élevée) à Berlin et à ienne tout comme à Paris. Des résultats analogues ont été obtenus par des méthodes plus directes à Copenhague par MM. Westergaard et Rubin, dans les Pays-Bas par
Fig. 24. — France. — Natalité (1891-1900).
M. Verrijn-Stuart. Mais en ce qui concerne la France^ nous sommes éclairés par des recherches plus précises encore.
Une statistique, qui malheureusement n’a été faite que pour la seule année 1898, nous dit le nombre d’enfants, vivants ou représentés, issus de défunts laissant une succession. Les ménages dissous par la mort ayant une durée moyenne de vingt-cinq ans, c’est au nombre des ménages
ayant eu cette durée qu’il convient de comparer nos chiffres :
France (1898) :
Nombre de ménages ayant duré
Familles de :
21 à 25 ans recensés en 1896.
Col. A.
Nombre de successions déclarées en 1898.
Col. B.
Pour 1.000 Col. B
Col. A
1 enfant .
7 — et plus .
On voit que plus les familles sont restreintes, plus il est fréquent qu’elles laissent un héritage. On en avait beaucoup de preuves indirectes, mais celle qui précède ne laisse place à aucune discussion. Les chiffres suivent une progression décroissante régulière, en sorte que les familles fortunées sont deux fois plus rares parmi les familles de sept enfants que parmi celles de un enfant.
Considérons à présent le montant total des valeurs successorales . Un calcul simple nous permet d'en déduire le montant moyen d’une succession dans les familles de un, deux, trois... slept enfants.
Valeur successorale moyenne d'une succession déclarée :
Familles de
Valeur successorale totale.
Part moyenne de chaque héritier
enfant .
— et plus . .
1. On suppose qu’aucun legs n'a été fait en dehors de la famille.
2. Le chiffre est anormal, ayant ôté extraordinairement grossi par la succession de M. S..., décédé à Paris en laissant une fortune d’environ 40 millions de francs.
La règle générale est donc celle-ci : non seulement les familles restreintes laissent beaucoup plus souvent un héritage que les familles nombreuses, mais encore cet héritage, lorsqu’il existe, est généralement plus considérable.
Il semble, au premier abord, que cette règle souffre une exception qui concerne les enfants uniques. Il est très probable que cette exception n’est qu’apparente, et qu’elle est due tout simplement à la fraude, car il est très facile à un enfant unique de dissimuler une partie de la fortune mobilière, et tous les notaires et receveurs de l'enregistrement savent que, très souvent, ils ne s’en font pas scrupule. Il serait très intéressant de connaître mieux encore le montant des héritages laissés par les familles de un, deux, trois... sept enfants, et de savoir combien il y en a, dans chaque catégorie de ménages, de moins de 2.000 francs; de 2 à 10.000 francs,.... de 100.000 à 500.000 francs et enfin combien il y en a qui dépassent cette dernière somme. C’est là un progrès que nous signalons à l’attention du ministère des Finances.
Pourquoi l'aisance entraîne t- elle la stérilité
Ainsi, nous sommes conduits à formuler la règle suivante : « L’aisance entraîne la stérilité. » Il nous faut chercher pourquoi. Parmi les 500 médecins que j’ai consultés, un grand nombre m’ont donné à ce sujet beaucoup de renseignements intéressants ; ils ont cité notamment les proverbes populaires qui, sur ce sujet, formulent, non pas la sagesse, mais la mentalité des nations.
« Le couple vaut mieux que la douzaine » ou encore : « Désir de roi : garçon et fille » sont des proverbes normands qui résument assez bien la morale populaire sur ce point : très souvent les grands-parents parlent de la limitation du nombre des enfants comme d’un acte de haute
raison et de vertu, et trouvent la fécondité inconvenante et ridicule (Orne). D’un ménage quia plusieurs enfants on dit : « Telle est encore enceinte ! Quel malheur ! Ces genslà, c’est pis que des animaux » (Orne). Dans la Côte-d’Or, « il est sans exemple qu’un troisième enfant reçoive le prénom de Désiré ; ce prénom est un brevet d’aînesse; le second est encore le bienvenu; si le troisième arrive, on en est bien fâché, mais on l’aime bien tout de même autant que les autres et quelquefois plus! » « F e mina est prima ne liberi nascerenlur » (Côte-d'Or), écrit un confrère qui s’exprime dans un latin très élégant.
Dans le Lot-et-Garonne, il n’est plus question de couple, car « une seconde grossesse passe pour une honte » d’après un de nos correspondants; « l’homme qui a des enfants est méprisé même par les femmes », d’après un autre. Un autre écrit que lorsqu un ménage a un second enfant, on vient lui présenter non des compliments, mais des condoléances; on excuse le mari en disant •. « Le pauvre homme! Il ne se sent pas! » D autres fois les
beaux-parents se fâchent et viennent accabler leur gendre de reproches orduriers. Ils croient de leur devoir d’instruire avec détail leur fils, fille ou gendre de ce qu’il y a à faire ! (Lot-et-Garonne).
Nous avons dit que parfois la technique coupable est
enseignée par les parents prévoyants. On nous cite quelques exemples dans lesquels la leçon a été faite par le médecin sous prétexte de santé ou même sans prétexte (Orne).
On nous signale un très grand nombre de cas dans lesquels une famille, devenue stérile après une première grossesse, est redevenue subitement féconde après la mort de 1 enfant qu il s agissait de remplacer : plusieurs fois ces deux périodes de fécondité provisoire se sont succédé à vingt ans d’intervalle. C’est ainsi que vers 1895, un consent du Lot-et-Garonne fut exempté du service militaire
parce que son frère avait été tué pendant la guerre de 1870! Dans un village delà Côte-d’Or, une épidémie de diphtérie tua quinze enfants; tous étaient remplacés l’année suivante ! etc.
Plusieurs île nos correspondants insistent sur ce fait connu que c'est surtout dans la crainte de partager sa fortune après que le paysan ne désire qu'un enfant. « Il aime sa terre plus que sa famille. » « Un héritier unique marié à une héritière unique, voilà son rêve. » « Il accepte très bien que son nom disparaisse, et se résigne très facilement, même si son enfant est une fille, à ne pas avoir d'autre héritier. » Telles sont les affirmations que nous recevons de divers endroits. Cette mentalité se traduit fort bien dans divers proverbes qui nous sont signalés. «Assez de veaux pour l'herbage. Ma terre est assez divisée comme cela » 'Orneî.
Le très distingué Dr Maunoury, médecin de l’hôpital de Chartres, m’écrit la lettre suivante inspirée par une longue pratique médicale en pays beauceron : « Quand on a vécu un peu avec le paysan de la Beauee, on arrive à cette conclusion qu’il n’v a qu’un remède : la liberté de tester. Tout le reste me paraît insignifiant. Mais jamais vous n'obtiendrez cette réforme, car, pour cela, il faudrait porter la hache dans le Code civil, c’est-à-dire, avouer que depuis un siècle, nous tournons le dos à la vérité. »
Cette mentalité populaire nous permet d’affirmer comment l’aisance entraîne la stérilité. Dans les milieux où on pense à sa fortune c’est-à-dire dans ceux où l’on en possède) on a peu d’enfants, pensant qu’il faudra de l’argent pour les élever; mais surtout qu’il faudra partager la fortune pour les doter, et la partager à nouveau lorsqu'ils hériteront. Conclusion : on évite d’en avoir.
L’homme qui se charge d’une nombreuse famille, non seulement se charge d'un poids très lourd, mais charge ses enfants. Il veut éviter ce double mal, et je me hâte de
dire qu’en bon père de famille, il craint le second plus que le premier.
Cela est tellement vrai que, dès qu’il y a une raison pour que ces préoccupations disparaissent, aussitôt la natalité se relève. La thèse de M. Lancry en donne un bel exemple1 :
Fort-Mardyck (Nord), près Dunkerque, est une commune constituée par Louis XIV, d'après les principes suivants qui sont encore en usage aujourd’hui : toute famille nouvelle qui se constitue, lorsqu’un des conjoints est né dans la commune et que le mari est inscrit maritime, reçoit en usufruit (en usufruit seulement, là est le point 24 ares et, en outre, une place sur la plage pour la pêche au filet. La commune a reçu de Louis XIV en tout, 125 hectares de terre ; ce qui n’est pas distribué en usufruit est loué o. 000 francs au profit de la commune.
Les ménages concessionnaires ne peuvent concéder qu’à leurs enfants seulement les parcelles de terre qu’ils occupent. Dans aucun cas, la parcelle ne pourra être scindée.
De là résulte qu elle échappe aux créanciers. Elle est insaisissable, indivisible, inextensible.
\ oilà donc une population passablement aisée et pourtant étrangère à toute préoccupation d’héritage. On peut dire qu’elle échappe au Code civil.
Il en lésulte que les mariages sont nombreux (environ 11 par an et par 1.000 habitants) et aussi précoces que le permet le service maritime (âge probable du mariage des hommes vingt-quatre ans) ; les naissances illégitimes sont par conséquent très rares (1 sur 60 naissances). Au contraire, la natalité légitime, et c’est là le point important, est extrêmement élevée; elle atteint 43 par an et pour 1 00(1 habitants c est-a-dire quelle n’est pas dépassée en
1. '\ oir, en outre : Curiosités sociales le I> Lancry. Dunkerque, 1908.
du pays de Dunkerque , par
Europe que par la Russie. Mais ce qui n’arrive pas en Russie, c’est que sur ces 43 enfants nés vivants, 33 atteignent l’Age de vingt ans1.
J'ai visité ce joli village : tout y dérive de sa constitution. Il est composé par une quantité de petites maisons blanches au milieu d’un jardin de 24 ares. Ces maisons, toutes construites sur le même modèle, sont très bien tenues. Partout une multitude d’enfants. 11 suffît de traverser la route de Calais à Dunkerque pour rencontrer des villages très différents. Plus de maisons blanches et plus d’enfants ! « A Fort-Mardyck, ils ont leur concession et n’ont pas besoin de compter », me disait le maire de la Grande- Svnthe pour expliquer leur supériorité sur ses administrés.
Voilà donc un pays dans des conditions démographiques excellentes; il est permis de les rattacher à son organisation si étrange.
Le Dr Lancrv, qui a découvert Fort-Mardyck (le mot n’est pas exagéré , a décrit des usages analogues, mais moins caractéristiques, dans un grand nombre de pays voisins -.
Arsène Dumont nous a décrit, dans une région de la France bien différente, un phénomène analogue. Au Fouesnant Finistère) existait un usage très comparable à celui de Fort-Mardvck. Tout homme qui revenait du service militaire proposait à un propriétaire de lande de lui abandonner, pour un temps très long, une parcelle de cette terre inculte. 11 la défrichait, se mariait et avait beaucoup d’enfants; car il n’avait aucune inquiétude pour ses descendants. La lande était vaste, et il savait qu’eux aussi pourraient en cultiver une parcelle ; le propriétaire y gagnerait d avoir, au bout d’un certain temps, un champ de rapport au lieu d’une
{. La population de Fort-Mardyck était en 1729 de 204 habitants; en 1851, de 615 habitants; en 1896, de 1.672 habitants, enfin en 1906, de 1.785 habitants.
Les Fort-Mardyckois sont tous marins : aussi beaucoup voyagent et
se marient ailleurs. .
2. Il publiera prochainement, avec ma collaboration, un livre sur ce
sujet.
terre inculte, et les « domaniers cong'éables » avaient l’avantage de passer leur vie sans trop de souci. Là aussi, la nuptialité et la natalité sont très élevées (voir page 319).
Ainsi, môme en France, dès que disparaît la préoccupation de la fortune à conserver (c’est-à-dire à ne pas partager), la natalité prend un essor considérable.
Le Canada nous offre, à cet égard, un champ d’expériences incomparable. La province de Québec y est habitée par une population principalement française, semblable à la nôtre, animée du même esprit de travail et d’épargne. Mais la loi admet la liberté de tester et les notaires du pays m’ont déclaré que les pères de famille en usent très généralement. Ils ne laissent rien à leurs filles (parce qu’ils pensent que c’est à leur gendre de pourvoir aux besoins de sa famille), rien à ceux de leurs fils qui ont reçu une éducation libérale et qui sont devenus médecins, prêtres, avocats, etc. (parce qu’ils pensent que l’éducation qu’ils ont reçue constitue un patrimoine suffisant) ; parmi leurs autres fds, ils choisissent celui qui leur paraît le plus apte à continuer leur industrie ou leur commerce et c’est à lui qu'ils laissent la majeure partie de leurs biens et la suite de leurs affaires. La conséquence de cet état de choses est que la natalité s’élève dans la population française de la province de Québec, à 48 pour 1 000 habitants, natalité qui dépasse le double de la nôtre, et qui dépasse tout ce que nous voyons en Europe. Cette forte natalité tient principalement à ce que les Canadiens ne voient pas, comme nous, une relation entre le nombre de leurs enfants et la conservation de leur fortune. La loi les délivre de cette préoccupation.
Elle devrait exister ailleurs qu’en France, puisque notre pays n est pas le seul où la loi prescrive le partage égal.
1 lusieurs de ces pays, notamment la Lelg’ique et certaines parties de la Suisse, voient leur natalité diminuer1. Si c’est
1. Plusieurs autres pays, quoique ayant adopté le code Napoléon dans son ensemble, ont augmenté considérablement la liberté de
en France que cette préoccupation nuit le plus à la natalité, c’est que la France est, plus qu’aucun autre peut-être, un pays de petits propriétaires ; c’est que, plus qu’aucun autre, il est prévoyant et économe.
Considérons au contraire des régions à natalité restreinte: nous y voyons régner un esprit d’ordre et d'économie exagérée, et une ambition mal comprise des parents pour leurs enfants.
Arsène Dumont a étudié, par exemple, l’île de Bréhat, très jolie contrée du littoral breton. Contrairement au reste de la Bretagne, la population y a très peu d’enfants. C’est que la plupart des habitants sont ou bien d’anciens officiers et sous-officiers de marine, ou d’anciens fonctionnaires, ou bien des aspirants fonctionnaires.
Le même auteur a décrit les intéressantes populations voir encore la Géographie médicale de l'ile de Ré, par M. le D1 Drouineau en 1909) des îles de Ré et d’Oléron. Leurs seules passions sont bien innocentes : ce sont la lecture et la danse. La danse, toujours décente, est la préparation au mariage; les naissances illégitimes y sont très rares. On ne peut imaginer des mœurs plus douces ni plus honorables. Cependant la natalité, dans ces îles, est des plus faibles. C’est que chacun y est plus ou moins propriétaire. Chacun a un bien à protéger ; chacun est ambitieux pour ses enfants.
Arsène Dumont a formulé une règle bien digne d’attention : « Une population a la natalité non pas de la classe sociale cà laquelle elle appartient, mais de celle à laquelle elle voudrait appartenir. » Ce qu’il a démontré par de nombreux exemples. Par exemple, Lillebonnc et Condé-sur- Noireau sont deux petites villes normandes consacrées, l’une et l’autre, à l’industrie textile. Mais à Lillebonne, l’ou-
tester. En Italie, la quotité disponible est de la moitié, quel que soit le nombre des enfants. Dans le grand-duché de Bade et une part de la rive gauche du Rhin, l'usage du fidéi-commis et surtout le Bauerhôferecht atténuaient la rigueur du Gode (voir pages HO et suiv.).
Bertii.lox.
vrier est résigné à son sort et n'imagine pas que ses enfants puissent en avoir un autre ; conséquence : natalité élevée. A Condé, l’ouvrier est instruit, liseur, économe, et pense en petit bourgeois ; aussi la natalité y est-elle des plus faibles (voir Annexe, p. 321, 323).
Grande fréquence de l'aisance en France.
Les trois quarts des Français possèdent quelque chose lorsqu’ils atteignent cinquante ans. A vrai dire, leur propriété est minime dans la majorité des cas, mais enfin elle existe. Puisque tout propriétaire (si petite que soit sa propriété) est au tréfonds de sa conscience plus ou moins conservateur, il est très important de démontrer le fait que je viens d énoncer.
Il est fondé sur des chiffres récemment publiés par le ministre des Finances. Nous n’avons pas, à vrai dire, une statistique des fortunes, petites ou grandes, possédées par les Français de chaque âge, mais nous avons pour la première fois, la statistique des successions classées selon l’àge des défunts. Comme il n’y a aucune raison pour que les propriétaires meurent plus que les autres (il est au contraire prouvé qu’ils meurent beaucoup moins), ces chiffres nous montrent quelle est la proportion des personnes qui possèdent un bien quelconque. Les voici :
Nombre des décédés en France :
Décédés Décédés laissant Sur 100 décédés
Age des décédés.
en général (1906).
un héritage
combien
laissent un héritage
Moins de 25 ans.
De 25 à 40 ans. .
L)e 40 à 50 ans. .
De 50 à 60 ans. .
De 60 à 70 ans. .
De 70 à 80 ans. .
Plus de 80 ans. .
Totaux. . . .
Considérons seulement la colonne de droite ; elle nous montre que la proportion des défunts qui laissent une succession augmente rapidement avec l’âge. Personne n’en sera, surpris : même issus de parents riches, les enfants ne possèdent généralement rien. La proportion des propriétaires est donc très faible ^6 p. 100 avant vingt-cinq ans) ; puis elle augmente assez vite. Elle atteint son maximum de cinquante à soixante ans; à cet âge, les trois quarts des gens ont eu le temps d’hériter, ou mieux encore de se constituer eux-mêmes un petit avoir. Et c’est ce qui me fait dire que les trois quarts des Français possèdent quelque chose lorsqu’ils atteignent cinquante ans.
Il faut ajouter que si les trois quarts des Français ont acquis, vers l’âge de cinquante ans, un certain avoir, cet avoir est minime dans la très grande majorité des cas ; il ne se monte le plus souvent qu’à quelques centaines ou quelques milliers de francs. Qu’on ne s’y trompe pas, néanmoins : si modeste qu’il soit, ce bien minuscule indique que le défunt ne manquait pas du nécessaire, car s’il avait été dans le besoin il aurait consommé cette réserve.
Passé soixante-dix ans, la proportion des possédants diminue, et on ne saurait en être surpris. En effet, un certain nombre de vieillards consacrent à eux-mêmes le fruit de leurs économies, soit qu’ils le dépensent petit à petit, soit qu’ils le placent en viager. D’autres partagent leur bien par anticipation. Le résultat est le même dans ces différents cas : lorsqu’ils meurent, ils ne laissent rien, et pourtant ils avaient eu des ressources, et probablement ils en avaient gardé quelque chose.
Une proportion aussi élevée de possédants ne se trouve pas dans les pays étrangers. Pour arriver à des chiffres aussi comparables que possible malgré la différence des lois fiscales et des manières de compter usitées dans chaque pays, je me suis borné au tableau suivant, dans lequel le nombre des successions est comparé au nombre de décès
survenus après l’âge de quarante ans (le tableau ci-dessus nous montre que dans 85 cas sur 100, l’auteur de la succession a dépassé quarante ans).
Nombre des successions pour 1.000 décès survenus après i0 ans :
Montant brut des successions
France (1907) . .
Successions de plus de 2.000 fr.
(ou 2.500 fr.).
Successions de plus de 10.000 fr.
(ou 12.300 fr.),
divisé par le nombre des décès de plus de 40 ans.