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** 12.500 francs.
DES CAUSES DE LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE i 1 7
Comment s'est développée la mentalité actuelle.
( n regard en arrière est nécessaire pour comprendre comment a pu se développer en France la mentalité que nous venons de décrire.
Toutes les civilisations primitives qui ont survécu ont admis qu'une paternité nombreuse est non seulement un bonheur, une joie, une bénédiction, mais un deooir; et que l'absence de postérité, et spécialement de postérité masculine, est une malédiction qui rend celui qui en est frappé méprisable, et en outre malheureux en cette vie et dans l’autre.
On ne connaît pas dans l'antiquité de peuple qui ait pensé autrement; si jamais en a existé un qui ait méconnu cette vérité morale, il a disparu sans laisser de trace, et il est permis de croire que cette absence de principe a dû contribuer à sa disparition.
La religion antique a consacré cette vérité morale au point quelle est devenue la base même des cultes primitifs. M. Fustel de Coulanges, dans son livre admirable, a accumulé les preuves qui le démontrent.
On retrouve la même persuasion dans les religions de l’Inde et de. l’Extrême-Orient. « Horribles, dit le Zend Avesta, sont les maisons dépourvues de postérité. » Le Bouddhisme a pour fondement le culte des ancêtres ; pour que ce culte puisse exister, il faut une postérité mâle pendant trois générations au moins. L’homme qui n'a pas cette postérité est méprisé pendant sa vie, et très malheureux après sa mort. Un père de famille prudent doit donc avoir beaucoup d’enfants pour que, parmi eux, il y en ait qui soient eux-mêmes pères et grands-pères d’enfants mâles.
« Le Coréen, homme et femme, n’est rien avant d’être marié. Aucun respect ne lui est dû, aucune profession ne lui est accessible. Un père qui n’a pas marié son fils avant
vingt ans est considéré comme un mauvais père. » (Commandant Nivelle.)
Un Coréen célibataire se reconnaît à sa coiffure ; il doit garder ses cheveux nattés et ne peut se mêler aux réunions d’hommes. (D1' Matignon.)
On sait que la Bible prescrit dès le début : « Croissez et multipliez », et qu’elle réprouve avec horreur le crime d’Ünan. La religion juive a conservé cette prescription dans toute sa rigueur. « La religion israélite, me disait M. Zadoc Ivahn, grand rabbin de France, regarde une paternité nombreuse comme étant non seulement une bénédiction, mais un devoir. »
Et, en effet, le Talmud déclare que « celui qui empêche de naître est semblable à celui qui tue ».
La religion musulmane n’est pas moins formelle. Le Coran honore la famille nombreuse, et ses prescriptions à cet égard, sont pieusement écoutées. « Les Arabes ont à un haut degré le sentiment de la maternité et de la paternité, disent le D1' Colombani et INI. Sayous, directeur de l’Ecole arabe française d’Oran. S'il est écrit chez nous que « tout arbre qui ne produit pas de fruits doit être coupé et jeté au feu », chez eux, ne pas se marier, ne pas procréer et même, étant mariés, n’avoir pas d’enfants, est regardé comme une honte, une malédiction. C’est ce qui explique l’accroissement de la population indigène. Donc le père désirera voir ses fds et ses filles mariés le plus tôt possible, afin que la race se continue. Si des enfants ne naissent pas, le mari est appelé « Tinach » et la femme, « Tinacha », termes méprisants qu’on leur jettera à la face à la moindre occasion. C’est pour cela que dans la loi Coranique, il est permis de prendre jusqu’à quatre femmes. »
« Nous avons demandé, très confidentiellement, disent les mêmes auteurs, si les cas d’avortement ou de stérilité volontaire étaient fréquents. Cette question a paru très déplacée, odieuse même : « Tu ne nous connais donc pas ?
Tu n’as pas vécu de notre vie ! C'est un grand péché que Dieu ne pardonne pas. Si des malheureux commettent cette faute, c’est qu'ils sont frappés de folie. Le but de la vie est la procréation ! »
La religion chrétienne n’interdit pas le célibat (elle le recommande au contraire), mais à la condition expresse qu’il soit chaste ; elle réprouve les fraudes conjugales. Elle prescrit la dignité du mariage et reste fidèle au Grescite et multiplieannni de la Genèse. Elle condamne tout écart de mœurs, et tout ce qui peut y conduire ; il ne suffit pas d’avoir une conduite pure ; il faut que la pensée le reste aussi ; tout ce qui peut la souiller doit être condamné et détruit. Ces principes austères forment une partie de l’idéal chrétien ; c'est sur eux que la société chrétienne repose depuis qu elle existe.
Or, cet idéal s’est évanoui ! Aucun autre ne lui a été substitué jusqu'à ce jour.
Les idées contraires ont commencé à se répandre bien avant l'affaiblissement des idées religieuses. C’est dans les classes supérieures de la société qu’elles paraissent avoir pris naissance.
Au xviie siècle, il faut qu elles fussent déjà regardées comme acceptables pour qu une femme aussi parfaitement honnête que Mme de Sévigné ait osé écrire à sa fille cette extraordinaire prescription (13 avril 1672) : « \ ous m obéissez pour n'être point grosse ; je vous en remercie de tout mon cœur; ayez le même soin de me plaire pour éviter la petite vérole. » Pour bien apprécier cette phrase, il faut se rappelerque Mmede Grignan, mariée à vingt ans en janvier 1669, avait eu une fausse couche en novembre 1669, puis une fille, puis un garçon en novembre 1671. Ainsi c est a une jeune femme de vingt-trois ans, qui n avait encore que deux enfants, que sa mère se croyait en droit de donner le moyen de n’être plus grosse !
Le moyen ne valait rien ! (non plus que le moyen d'éviter la petite vérole, car Mme de Sôvig’né elle-même devait mourir de cette maladie en 1696). Mme de Grignan eut une fille dans chacune des deux années suivantes, et plusieurs autres enfants encore. Ce fut fort heureux pour la gdoire littéraire de la France, pour celle de sa mère et pour celle de toute sa famille. Car l’œuvre de Mme de Sévigné et son nom même, nous seraient profondément inconnus si le conseil maudit qu elle donnait à sa fille avait été efficace. De tous les enfants de Mme de Grignan, en effet, deux filles seulement survécurent; l’une entra en religion ; l’autre, Pauline de Grignan, née en 1674 (deux ans après la lettre que nous avons citée), devint marquise de Simiane, et prit en 1726 l’heureuse initialive de publier les lettres de cette même grand mère qui avait voulu l’empêcher de naître ! Elle n’avait pas de rancune !
Le nom de Sévigné et celui de Grignan s’étaient éteints; c est grâce à Mme de Simiane qu ils sont devenus immortels. Mme de Sévigné ne soupçonnait pas celte destinée lorsqu’elle écrivait sa lettre du 13 avril 1672.
Au xvme siècle, les allusions aux fraudes conjugales sont plus fréquentes. Elles se mettent même en chansons élégamment tournées. Nous pourrions faire de nombreuses citations à 1 appui. Nous n en ferons qu’une, très austère, que le nom de son auteur rend encore plus mélancolique :
Le marquis de Montcalm écrit le 8 mai 1756, au moment où il vient de débarquer au Canada :
« Ce qui paraîtra singulier dans le royaume, et surtout à nos seigneurs de la Cour qui craignent d’avoir plus d’un héritier, c’est qu’un seul homme, un soldat, établi comme colon au Canada, actuellement vivant, a peuplé quatre paroisses, et voit 220 personnes de sa race ».
Ainsi, déjà alors, les premiers Canadiens donnèrent 1 exemple de cette magnifique fécondité qui devait, malgré les conditions les plus défavorables, assurer à leur nation
une si admirable vitalité. El déjà alors aussi, la haute société française donnait l’exemple honteux qui fut ensuite imité de proche en proche par les autres couches sociales. La haute société, disons-nous, et elle seule ! Car la natalité du reste de la nation était alors fort élevée.
Les statistiques, d’ailleurs rares, que nous avons sur la France au xvme siècle, montrent en effet une natalité élevée ; la natalité s’affaiblit au contraire d’une façon régulière et ininterrompue pendant toute la durée du xixe siècle.
Moheau nous transmettes chiffres suivants :
France (1770-17 .4) :
Nombre moyen annuel de mariages. . . 192.180
— — — de naissances . . 928.918
— — - — de décès . 793.933
Pour un mariage, il y a. . . . 4,83 naissances.
Ce dernier chiffre constitue une natalité élevée qui se retrouve à peu près dans chacune des généralités que Moheau étudie. Elle dépassait même à cette époque celle des pays de l’Europe sur lesquels nous sommes renseignés. Moheau dit I, chap. x) que, pour un mariage, il y avait :
En Prusse et Poméranie .... 4,23 naissances.
En Danemark, Norvège et Russie. 3,32 —
Voici les renseignements que Moheau donne sur diverses parties de la France I, chap. xm) :
Pour un mariage, combien de naissances :
Fin
du xvi[e siècle.
Milieu
du xviii® siècle.
Généralité de llouen . .
— Alençon .
— Bourgogne
Principauté des Bombes .
Election de Cognac. . . .
Généralité de Lyon. . . .
— Riom. . . .
— AuchetPau
Ce sont là des chiffres très élevés et qui n’ont guère varié
Résumé du tableau des mouvements de population à Paris depuis 1670 jusquen 1820.
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