‹ La dépopulation de la FranceChapitre 91 sur 158 · COMPOSÉES DE · texte numérisé non relu

COMPOSÉES DE

Logement .

2 personnes (134 observ.)

6 personnes et plus (129 observ.)

Alimentation .

Chauffage et éclairage. . . .

Habillement .

Charges de famille .

Prévoyance et épargne . . .

Autres dépenses .

Total .

I riste paradoxe : les familles de 2 personnes ont un logement

ANNEXE

plus cher que les familles de 6 et au-dessus. C’est toujours l’application de la lamentable formule : « Ma famille augmente, donc il me faut un logement plus petit ! » parce que le logement est la seule dépense qu’on puisse diminuer quitte à s'entasser les uns sur les autres.

Toutes les autres dépenses sont plus fortes pour la famille de 6 personnes que pour celle de 2. La famille de 2 personnes dépense pour son alimentation i fr. 17 par personne et par jour ; celle de 6 ne dépense que 0 fr. 43 par personne et par jour.

Outre que les familles de 2 personnes peuvent ne pas se priver, elles font 172 francs d'économie, tandis que les familles de 6 personnes, avec le même revenu, ne font que l'épargne exigée par les règlements pour la retraite.

Autres monographies de familles nombreuses pauvres. — Les 5 exemples de familles nombreuses qui suivent ont été relevés par M. le Dr Eustaehe, de Lille :

Ie' Exemple (Nord). — En arrivant à Lille, il y a vingt-neuf ans, je fis la connaissance d’un jeune couple nouvellement marié. Le mari avait une petite ferme de trois hectares au loyer de 250 francs : la jeune femme était une ouvrière des champs, sans dot. Ils sont l'un et l’autre très laborieux. Ils ont eu seize enfants, tous vivants aujourd'hui et bien portants. Déjà les trois aînés sont mariés à leur tour et commencent à faire souche.

Le père de cette famille, que je vois assez fréquemment, m’assurait hier encore que la situation pécunière de chacun de ses seize enfants est de beaucoup supérieure à celle qu'il avait lui-même au début de son mariage. Ils continuent à habiter tous la campagne et ils sont très heureux.

2° Exemple. — A la Maternité Sainte-Anne de Lille, est venue à plusieurs reprises, une femme de la ville qui, à quarante-huit ans, a accouché pour la dernière fois de deux jumeaux. C’était sa 24" grossesse dont 18 à terme. Sur ces 19 enfants venus viables, 8 vivent encore aujourd’hui.

L'une de ses sœurs avait eu également 24 grossesses, avec 8 enfants encore vivants ; son autre sœur n’en avait eu que 22 avec 5 enfants survivants.

Ainsi voilà trois sœurs qui, à elles trois, ont eu 70 grossesses, 53 enfants à terme et vivants, dont 21 survivent encore. Ils habitent tous la ville de Lille.

3e Exemple. — En 1793, H. D., de Valenciennes, qu’un décret de la Convention fermant les séminaires fait rentrer dans la vie civile se marie, et a 10 enfants. Sa femme étant morte en 1809. il se remarie en 1812 etail enfants de son second mariage, soit 21 enfants dont un seul mourut le jour de sa naissance.

Bertillon.

Sur ces 20 enfants, 9 succombèrent avant l'âge de vingt ans. Onze survécurent, dont 3 célibataires vivant encore aujourd'hui (1893). Les 8 autres se marièrent et firent souche d'une lignée nombreuse, dont le tableau a été dressé jusqu’en 1891. A cette date, c’est-à-dire quatre-vingt-dix-huit ans après la constitution de la famille, la descendance de II. D... comprenait 385 membres. Depuis lors, le chiffre de 400 est de beaucoup dépassé.

4e Exemple. — Mariés en 1843, les époux L. M.., de Roubaix, ont eu 13 enfants, dont 12 arrivent à l àge adulte et 10 se marient. En 1895, cinquante-deux ans après leur mariage, les deux aïeux réunissaient chez eux leurs 75 enfants et petitsenfants. Ils disaient à qui voulait l’entendre, que dans cette nombreuse lignée il n'y avait ni malades, ni infirmes, et faisaient constater avec bonheur que l'avenir matériel et pécunière de chacun de leurs descendants ne faisait que s’améliorer sans cesse.

Je vois certains de ces petits-enfants devenus à leur tour pères de famille, et je puis certifier que comme prolificité. comme travail et comme bien-être, ils ne le cèdent en rien à leurs premiers auteurs.

5° Exemple (Centre). — Le 15 mars dernier (1905), je recevais une lettre de faire part de la mort d'une de mes anciennes clientes du centre de la France. J'avais été reçu dans cette famille patriarcale, où j’avais admiré non seulement le nombre presque incalculable des descendants, mais leur bon ordre, leur bonne tenue, leurs sentiments religieux et leur grand bienêtre. J'ai eu la cusiosité de dénombrer, sur cette lettre de faire part, l'état actuel cette famille M. G...

11 résulte de ce dénombrement que. aujourd'hui, cette famille se compose, outre le chef, vénérable vieillard de 87 ans, de 14 enfants ou beaux-enfants et de 00 petits-enfants, soit en tout 75 personnes, dont la santé, la g'aieté, le bonheur et la prospérité matérielle ne laissent rien à désirer. (Juel avenir est réservé à cette famille, lorsque les 60 petits-enfants se mettront à leur tour à marcher sur les traces de leurs pères !

Je pourrais multiplier ces exemples, et, au lieu de 5 seulement en rappeler 100 et plus : ils sont loin, en effet, d'être rares.

0 Exemple (Est). Quilize enfants, en dix-sept ans de ménage, telle est la fécondité remarquable des époux Amet- Chevrier, qui demeurent au Brabant, commune de Cornimont (arrondissement de Remiremont) où ils exploitent une ferme qu’ils ont en location.

Le père M. Théodore Amet, n’a que trente-neuf ans, et la mère trente trois-ans. Leur quinzième enfant vient de naître en

ANNEXE

décembre dernier, pendant la semaine de Noël. L’aînée a seize ans, et les autres s’échelonnent ensuite à une année d'intervalle.

Tous ces enfants sont vivants et bien portants; les grands commencent à aider leurs parents de la force de leurs petits bras dans leurs durs travaux de cultivateurs.

Mme Ametest vaillante et bien portante. 11 est vrai qu’elle a été de bonne heure à l’école du travail. Ses parents, en effet, ont eu eux-mêmes seize enfants, dont elle est la douzième.

Pour élever et nourrir leur nombreuse nichée, les époux Amet ne comptent que sur leur travail, si pénible dans cette âpre région des hautes Vosges où la terre, souvent ingrate, ne rend pas toujours au cultivateur le fruit de ses peines et de ses fatigues ; aussi cette jeune et nombreuse famille est-elle vraiment digne d’intérêt.

Ie Exemple (Midi). — On nous écrit de Nîmes :

Il y a quelque temps, on a enterré, dans un âge avancé, à Nimes, un de nos braves concitoyens. Antoine Cadière, jardinier-maraîcher de cette ville. De vieille origine nîmoise, tant du côté paternel que du côté maternel, exerçant de père en fds, depuis plus de deux cents ans. la profession de jardiniermaraîcher, la famille Cadière est assurément la plus belle de la grande cité romaine et de bien loin, elle a le droit d être fière du nom qu’elle porte. Aux obsèques du chef de la famille, elle se composait de sept frères et de quatre sœurs, tous mariés. L’aîné a soixante-treize ans et le plus jeune cinquante-deux ans. Tous sont en bonne santé et en pleine vigueur physique et morale.

Leurs enfants et petits-enfants sont au nombre de cent trente ; le plus âgé de ceux-ci, âgé de vingt-cinq ans. vient de terminer son service militaire dans l'artillerie de forteresse.

Et tous ces braves gens ont toujours vécu et vivent dans la plus parfaite union, s’en référant toujours, en cas de difficultés, au chef de la tribu.

Leur pere, Etienne Cadière, avait commencé sa carrière avec trente-cinq sous, lorsqu’il était entré en ménage et, à sa mort, survenue à soixante-quatorze ans, il a laissé, à chacun de ses onze enfants, un modeste avoir, fruit d'une longue vie toute de travail, d’honneur et de probité. 11 avait eu la bonne fortune de choisir et de rencontrer une femme admirable, épouse accomplie, mère modèle, laborieuse, dévouée, économe, qui lui avait donné quatorze enfants qu’elle avait tous allaités et élevés.

Tous les matins, dès la première heure, cette vaillante femme, aidée d'une de ses filles, allait vendre son jardinage â la place

aux Herbes, par tous les temps. Et c’est à table et à la veillée qu elle faisait l’éducation morale de sa belle nichée!

Nous mentionnons ces exemples pour montrerque les familles nombreuses, même pauvres, ne sont pas nécessairement vouées à la misère. Malheureusement les gens heureux ne font guère parler d'eux, b ailleurs, il faut à une famille nombreuse des qualités remarquables pour que son misérable budget ne succombe pas sous le fardeau.

Entre tant d’exemples, nous n'en citerons qu’un seul qui a, tout récemment, excité la commisération publique :

Il s’agit d une famille Robert, composée de huit enfants dont 1 un sur le point de naître, qui avait élu domicile, faute de mieux, sous le pont de Montgeron.

Expulsés de leur domicile, trois jours ils errèrent dans la forêt de Sénart, de-ci, de-là, sans abri, vivant comme des sauvages. Cela ne pouvait durer, car le terme de la femme approchait. Us s installèrent donc sous le pont; ce fut là que la pauvre créature accoucha. On prétend que le médecin refusa de l’assister; il est vrai que l'accouchement aurait été difficilement aseptique. Cet accouchement pitoyable fit du bruit à cause de son étrangeté. Les secours affluèrent, car les bons cœurs sont nombreux, quoi qu'on en dise : la famille Robert reçut au total 3.000 francs, et elle fut sauvée . provisoirement.

Cette histoire est tellement banale qu’elle n'aurait certainement pas été connue sans la singularité de l'accouchement sous un pont. Il est manifeste que lorsqu'il y a huit enfants, leur mère ne peut pas travailler; son activité est suffisamment absorbée par les soins qu’ils réclament. 11 faut donc que dix personnes vivent sur le salaire du père; le moindre chômage, la moindre maladie mettent tout ce petit monde en danger de mort.

Or, la t rance a besoin que ces enfants vivent et soient assurés de ne pas mourir de faim. En tout pays, l’humanité l’exigerait. En France, pays qui disparaît faute d’enfants, l’intérêt national en fait un devoir encore plus pressant.

U ne faut pas que dans notre généreux pays ces malheureuses familles, dont le pays a besoin, soient réduites à errer dans une forêt comme une troupe de sauvages !

Les sauvages, dans l'espèce, c’est nous, tant que nous ne secourons pas ces malheureux !

Mais il y a plus misérable encore ; c’est la veuve d’ouvriers

ANNEXE

chargée d’enfants. Nous avons déjà décrit l'horrible misère à laquelle elle est vouée presque nécessairement.

Ici une réforme profonde est indispensable.

Un ouvrier qui réfléchit que, s'il vient à mourir sa veuve et ses enfants seront fatalement voués à la souffrance et à la mort sans que rien puisse les en préserver, est excusable de ne vouloir les exposer à ce malheur, et de se résoudre à restreindre sa famille.

11 suffît, pour lui ôter cette excuse, que la Société, qui a besoin de ses enfants, et qui a le devoir de les aider, cesse de manquera ce devoir.

Allocations de famille

Voici la liste, probablement incomplète, des administrations publiques qui distribuent des allocations de famille :

L’Administration de la marine donne 0 fr. 10. par jour et par enfant aux marins accomplissant une seconde période de service (depuis 1854).

Toutes les grandes compagnies de chemins de fer, y compris les lignes de l'Etat et plusieurs compagnies secondaires (depuis 1893 env. : dates variables) accordent environ 50 fr. par enfant à partir du 4°.

M. Catusse, directeur des contributions indirectes (12 mars 1897). M. Bousquet, directeur des Douanes (6 juin 1899) en ont fait à peu près autant.

Les Postes, en vertu de la loi de finances de 1900, votée grâce à la persévérance de l’abbé Lemire, accordent un avantage du même ordre, mais sans cesse amoindri par l’administration (Ch. des Dép. 8 fév. 1905).

M. de Lanessan, ministre de la Marine, a accordé au personnel central des allocations progressivement croissantes, suivant un système analogue à celui que je préconise (40 francs pour le 2° enfant, plus 55 pour le 3% plus 75 pour le 4», etc.) Cette mesure fut acceptée avec joie par les employés, même par ceux dont elle diminuait un peu le revenu, valut un bouquet à M™ de Lanessan 1 Elle n’a pas résisté à la crise funeste que la marine a subie un peu plus tard.

Les ministères des Finances, des Travaux publics, de la Justice, la Chambre des Députés, etc. donnent une allocation de famille aux gardiens de bureaux, etc. (généralement 50 francs par enfant à partir du 3° ou du 48).

L'Administration pénitentiaire de l’Algérie accroît d’indemnité de résidence d’un cinquième par enfant.

Le Mont-de-Piété de Paris donne 50 francs par enfant à partir du 3».

Les cantonniers reçoivent des indemnités de famille plus ou moins analogues dans les Basses-Alpes, Côte-d’Or, l'Hérault, les Côtes-du- Nord, Seine-et-Oise, Finistère, Seine-et-Marne, etc. (à noter qu'en Seineet-Marne tout au moins, ce fut par raison d’économie que. la libéralité fut accordée afin d’éviter une augmentation générale des salaires).

Les instituteurs et institutrices sont l’objet d'une mesure toute gracieuse du même genre depuis 1907 (Bull, de l Ail. nat. II, p. 499). L’exemple en avait été donné par l'Yonne, Seine-et-Oise, etc.

Un grand nombre de villes en font autant pour leur personnel inférieur (Châlons-sur-Marne, Meaux, Nancy (octroi), la Rochelle, Vincennes, Tourcoing), etc.

Les officiers mariniers (et assimilés) mariés (J. Ofjf., 18 juillet 1908) ont droit à une indemnité de logement pour charge de famille (0 fr. 504 par jour) qui s’ajoute à l’indemnité de résidence. Les quartiersmaîtres et matelots inscrits maritimes ayant accompli cinq années de service reçoivent 0 fr. 10 par jour et par enfant de moins de dix ans.

La ville de Paris et le département de la Seine (1910) accordent 50 francs par enfant de moins de 13 ans, à partir du 4e.

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