‹ La dépopulation de la France; ses conséquences, ses causes, mésures à prendre pour la combattreChapitre 19 sur 149 · hab. plus de 100.000 habitants Différence · texte numérisé non relu

hab. plus de 100.000 habitants Différence

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Allemagne .... 25 35 6.776.871 9.120.280 2.3i3.409

Autriche-Hongrie. 6 8 2.546.525 3.236.738 690.213

France 12 15 4.829.672 5.350.100 520.428

Grande-Bretagne. 31 39 11.675.001 13.603.727 1.928.726

Sans doute il faudrait, pour une échelle rigoureuse, faire état de l'excédent des naissances sur les décès; il est nul ou négatif en France dans presque toutes les grandes villes, mais il est sensible dans les autres pays. Il n'en est pas moins certain que c'est l'immigration qui est partout la grande cause de l'accroissement des villes. Or, cet accroissement est beaucoup plus rapide en Allemagne et en Angleterre qu'en France.

Ce n'est pas tout : d'après le recensement de 1900, cet accroissement en France est même devenu à peu près nul; la population de plusieurs grandes villes a légèrement diminué. Si donc l'agriculture manque de bras en France beaucoup plus gravement qu'ailleurs, ce n'est pas à l'émigration urbaine qu'il faut s'en prendre, mais à la lamentable insuffisance de la natalité.

Elle a d'effroyables conséquences dans les campagnes. On y voit, notamment dans le Cotentin, des villages entièrement inhabités et ruinés. L'incendie, la guerre, la peste, L'inondation, les cyclones, les fléaux les plus redoutés n'auraient pas causé de plus horribles ravages! Et cela est le fait du néo-malthusianisme obstinément pratiqué !

Le pis est que ce désastre lent n'a été nullement douloureux. C'est la mort par le chloroforme ! On n'en souffre pas. et pourtant c'est la mort !

Conséquences pour l'industrie de l'insuffisance de la natalité.

Les industries qui s'exercent dans de grands centres souffrent moins que l'agriculture de l'insuffisance de la main-d'œuvre à cause de l'immigration de la campagne vers les villes et à cause de l'afflux des étrangers qui ne vont guère dans les campagnes que lorsqu'on les y attire, tandis qu'ils arrivent spontanément dans les villes et surtout dans les grandes villes.

Et pourtant à combien d'industriels n'entend-on pas dire qu'ils sont forcés d'embaucher des ouvriers qu'ils connaissent comme mauvais, pour la raison qu'ils n'en trouvent pas sufïisamment. Ce discours nous était tenu tout récemment dans une compagnie minière de Saint-Etienne.

Mais l'insuffisance de la natalité nuit à l'industrie française moins par la rareté de la main-d'œuvre (on y supplée en embauchant des étrangers) que par L'insuffisance des débouchés.

I)»1 très Larges débouchés sont en effet la condition essentielle d'un grand nombre de progrès industriels. Ces sortes de progrès, pour les industries qui ne peuvent pas exporter leurs produits, ne peuvent être réalisés que dans les pays très peuplés.

J'en citerai seulement quelques exemples : Les moyens de transport en commun, dont presque toute la dépense consiste en frais généraux, ne peuvent évidemment être à très bas prix que dans les pays à population nombreuse. C'est pour ce motif que la France ne peut pas avoir un réseau de chemins de fer aussi serré que la Belgique, que rAllemagne ou que l'Angleterre ; encore faut-il ajouter que les trains sont très rares sur toutes nos petites lignes et qu'elles sont peu rémunératrices; si la population venait à baisser, il faudrait les supprimer. La population française est donc médiocrement desservie au point de vue des transports et elle ne peut pas l'être mieux faute de clients, c'est-à-dire faute d'habitants. Elle paraît renoncera construire de nouvelles lignes et elle fait bien. Elle ferait mieux de leur préparer des voyageurs!

De cette rareté relative des chemins de fer résultent des conséquences très nombreuses qu'il est sans doute inutile de rappeler ici. On a si souvent déjà énuméré les avantages directs et indirects du transport facile, rapide et économique des personnes et des choses ! A cause du peu de densité de sa population, la France ne jouit pas et ne peut pas jouir de cet immense bienfait à l'égal des pays voisins.

Pour l'industrie du livre, la nécessité d'une population nombreuse est encore plus évidente. Elle est manifeste pour le livre rare comme pour le livre populaire.

Parlons d'abord du livre populaire. Il est visible que dans des pays tels que le Danemark, ou les Pays-Bas ou la Grèce, aucun éditeur ne pourrait tenter ces belles opérations de librairie qui livrent au public, pour quelques sous, les chefs-d'œuvre de la littérature. Ces entreprises ne peuvent réussir que si elles sont assurées de trouver rapidement plusieurs centaines de milliers d'acheteurs.

Kilos sont donc plus faciles en Angleterre ou en Allemagne qu'on France.

Quant au livre rare, la morne nécessité est encore plus manifeste. Il est clair qu'une revue de Cryptogamie par exemple ne pont pas être publiée en suédois ni en hollandais : et, en effet, lorsque le Suédois Fries publia le beau traité qui sert de fondement à cette science, c'est en latin qu'il Ta écrit ; s'il l'avait rédigé en suédois, il n'aurait pas eu vingt lecteurs peut-être !

Le livre et le transport, les deux facteurs les plus puissants des progrès économiques et intellectuels, sont donc entravés par le défaut de population. Et il en est de môme de la plupart des éléments du bonheur!

Ainsi, en commençant cette deuxième partie, nous admettions, pour plus de clarté, que la consommation et que la production se proportionnent au nombre des consommateurs et des producteurs. Les convives du festin de la vie en sont aussi les cuisiniers, disions-nous, donc le nombre des rations se proportionne au nombre des convives. Eh bien, il faut ajouter que lorsque les convives sont nombreux, les rations, à bien des égards, sont plus grosses.

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