‹ La dépopulation de la France; ses conséquences, ses causes, mésures à prendre pour la combattreChapitre 44 sur 149 · habitants en 1890 Sur une augmentation · texte numérisé non relu

habitants en 1890 Sur une augmentation

de 13.233.631 habitants, 4 millions proviendraient de L'émigration et plus de 9 millions de l'excédent des nais sauces sur les décès. ... Le croit naturel aurait été ainsi de

14 p. 100 ou 13 p. 100 par an, proportion à peu près égale à celle de l'Allemagne, c'est-à-dire très élevée. Il faut observer que ceci n'est guère qu'un minimum » En réalité,

l'excédent des naissances sur les décès a dû être de 15 par an et pour \ .000 habitants, proportion très élevée. Même en admettant une mortalité très faible, cela prouve une natalité considérable. Cela est confirmé par le Census de 1910 (16 millions d'hab. de plus qu'en 1900, dont 5,7 immigrés en sus des émigrés, et 10,4 par excès de naissances; soit 13 pour 1.000 hab. et par an, comme ci-dessus; l'excès réel des naissances sur les décès doit être de 15).

Ainsi la natalité des Etats-Unis ne peut pas être fixée, mais il est certain qu'elle est très élevée dans l'ensemble du pays. Il est probable qu'elle est plus faible dans les Etats de la Nouvelle Angleterre, mais cela même n'est pas prouvé.

De ces diverses observations, il résulte que la civilisation est parfaitement conciliable avec un large développement de la population. Jamais l'accroissement de la population n'a été aussi élevé qu'à notre époque dans tous les pays de l'Europe (excepté en France). Cependant ils n'ont jamais été aussi civilisés et nous ne pouvons pas avoir la prétention outrecuidante d'être plus civilisés qu'eux.

Les idées démocratiques, voire même socialistes, ont fait en tous pays des progrès très rapides dans ce dernier quart de siècle, et l'accroissement de la population n'en a pas été ralenti.

Et pourtant il paraît bien probable qu'elles sont en partie responsables de la dépopulation de la France. C'est qu'en France, elles n'agissent pas seules.

7° Les régions les plus ignorantes sont les plus fécondes. — M. Del Vecchio, professeur de statistique à Gênes, a fait une étude des plus intéressantes sur la relation qui existe entre l'ignorance et la fécondité. (Gli analf abêti e le nascite nelle varie 'parti d'Italia, Bologna, 1894) .

Plus l'ignorance est grande, plus la natalité est élevée ! Toile est la conclusion que M. Del Vecchio appuie sur un très grand nombre de documents. Je ne puis les citer tous, à mon grand regret, car c'est alors qu'ils prendraient toute leur valeur. En voici le résumé :

Sur 100 habitants Sur 1.000 habi-

de plus tants, combien de de 6 ans, com- naissances en

bien d'illettrés ? 1 an (1876-1887).

- Districts les plus

instruits. ... 27 35,5

Italie ) Districts moyenne-

Septentrionale. | ment instruits. . 39 36,4

! Districts les moins

instruits 55 37,1

Districts les plus instruits 53 33,9

.. .. . \ Districts movenne-

Italie Centrale. ; . . . .. «„ oa 0

ment instruits. . 6o 36,8

Districts les moins

instruits 75 37,0

Districts les plus

instruits 73 37,9

Italie \ Districts moyenne-

Méridionale. ) ment instruits. . 81 40,6

Districts les moins instruits. .... 85 41,0

Ce tableau est certainement très intéressant. On remarquera que les districts étudiés diffèrent considérablement au point de vue de l'instruction (surtout dans l'Italie du Nord) et très peu seulement au point de vue de la fécondité, laquelle est partout très élevée. L'influence fâcheuse de l'instruction paraît donc assez constante, mais faible.

Une autre remarque s'impose. Les districts les plus ignorants sont presque toujours les plus pauvres, ceux où la mortalité est la plus élevée ; ainsi ce tableau revient à dire que La pauvreté et la mortalité élevée s'accompagnent d'une natalité élevée, ce que nous savions déj à. Il ne suffit peut-être pas pour prouver que l'ignorance ait une action qui lui soil propre.

FAIBLESSE DE LA NATALITÉ DANS LES a CLASSES DIRIGEANTES »

Le professeur Fahlbeck, de Lund, a prouvé, dans une étude très détaillée qu'il a présentée à l'Institut international de statistique, que la noblesse suédoise disparaît rapidement parce que les mariages y sont très rares et en outre très peu féconds. La Suède est un pays foncièrement aristocratique, et la noblesse y conserve encore un certain prestige (qu'elle perd de jour en jour).

En France, elle n'en a aucun. La classe « dirigeante » est celle des notabilités artistiques, littéraires, politiques ou autres. Le journal Y Intransigeant a fait en 1908 une enquête des plus intéressantes pour savoir clans quelle mesure la haute société parisienne est responsable de la dépopulation de la France. Il a publié des listes comprenant au total 445 noms connus, et indiquant le nombre d'enfants de chacun de ces 445 notables. J'ai eu la curiosité de dépouiller ces listes, et je suis arrivé aux chiffres vraiment lamentables qui suivent1 :

Nombre de personnages notables de Paris qui ont :

0 enfant vi

vant. .

177 soit

au total

0 enfants

2 enfants vivants.

Total.

1. J'ai tenu compte de toutes les réclamations et rectifications pu-

Ainsi, voilà 445 hommes parvenus à la notoriété (et qui pour la plupart ont passé l'âge d'avoir de nouveaux enfants) : à eux tous ils ont élevé 575 enfants. Si tous les imitaient, la France avant trente ans, serait réduite de moitié.

Au lieu de considérer en bloc ces 445 notables

grou-

pons-les suivant le genre de leur notoriété. J'ai publié pour chacun d'eux un tableau semblable au précédent [Figaro, 17 août 1909). Je résumerai ces chiffres ainsi :

94 artistes notables ont .... 104 enfants viv.

133 littérateurs 127 — —

111 politiques 193 — —

23 industriels et commerçants .39 — —

33 militaires et fonctionnaires .54 — —

al autres notables 56 — —

Ensemble 445 notables 575 — —

On voit que le nombre des enfants est misérable, quel que soit le genre de notoriété considérée.

Les littérateurs et les artistes, qui ont assumé la tâche de former l'esthétique de la nation, ont à peine un enfant chacun ! Les autres notabilités en ont à peine davantage (exactement 1,5 chacun).

Notre patrie marche rapidement à sa perte parce qu'elle suit l'exemple de ceux-là mêmes qui devraient l'éclairer et la conseiller.

Sans manquer de respect aux hommes éminents qui ont dirigé la mentalité de notre troisième république, on peut remarquer que la plupart d'entre eux n'étaient pas pères de famille : ni Thiers, ni Jules Ferry, niGambetta, niLepère, ni Spuller, ni Ghallemel-Lacour, ni Goblet, ni Floquet, ni

bliées. Toutes prolestaient contre des erreurs en moins, et j'ai vu que d'autres erreurs en moins avaient été commises', Bans donner lieu à rectification. Tandis que je n'ai pas eu connaissance d'erreurs en plus,

« Je crois que 1' / nfransii/cait/ a exagéré là dépopulation )> a <lil mon

ami M. Frantz Jourdain, c'est bien aussi mon avis. Je ne crois pourtant pas ces cireurs assez importantes pour modifier ma conclusion générale.

Waldeck-Rousseau, (pour ne citer que les principaux, et ne pas parler des vivants) n'ont connu les joies, les douleurs et les charges de la paternité. Parmi leurs collègues, beaucoup n'avaient pas d'enfants ou n'en avaient qu'un. Il en est de même aujourd'hui. Est-ce l'effetdu hasard? Non ! ces hommes appartiennent à la « classe dirigeante », que les chiffres ci-dessus nous ont appris à connaître.

Un écrivain belge très distingué, M. Louis Frank, a donc eu raison d'écrire cette phrase : « Le gouvernement français est un comité de célibataires dirigeant un pays qui se dépeuple ».

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