AVANT-PROPOS III
prédictions, toujours méprisées, s'accomplissaient toujours. Les nôtres n'étaient pas inspirées par Phébus, mais imposées par les impitoyables chiffres. Elles ne se sont que trop justifiées jusqu'à ce jour ! J'ai très peu modifié le mémoire que l'Académie a bien voulu couronner. Je lui ai ajouté tout le chapitre consacré à rechercher les remèdes qu'il convient d'opposer au fléau (chapitre que l'Académie n'avait pas demandé). Des remèdes ! J'en avais cherché contre l'alcoolisme, cette autre plaie de la France1. J'avais été guidé dans cette recherche par l'expérience des pays étrangers qui en ont pâti, et l'ont combattu avec des succès divers (la France seule n'a rien fait). En ce qui concerne la dépopulation cette méthode expérimentale n'est pas applicable, puisque le mal est absolument spécial à notre pays !
Les mesures proposées seraient-elles efficaces ? La question est oiseuse !
Nos efforts doivent se proportionner à l'horreur du danger, et non à la probabilité du succès. Le grand Taciturne a eu raison de dire qu'il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Cette maxime très noble (et très pratique aussi : l'admirable histoire des gueux le prouve) dicte aux Français leur devoir. Il tant agir avec autant de vigueur et de conviction que si le salut ne dépendait que de notre énergie !
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\ vol., 1904.