I. —— Action du médicament à l’état naissant
Nous savons que les produits de dissociation des électrolytes se trouvent, de ce fait même, à l’état naissant, c’est-àdire cet état particulier dans lequel se trouve un corps au moment où il sort d’une combinaison; il est alors plus actif chimiquement et plus apte à se combiner à un autre corps. Ces faits sont suilisamment connus pour que nous n’insistions pas. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire que les produits employés soient rigoureusement purs, il suffit que leur solution soit électrolytique; c’est seulement préférable, de façon à éviter la présence d'ions parasites à côté des ions acifs.
IT. —— Action massive « loco dolenti ».
Il est bien évident que la région au niveau de.laquelle se fera l'introduction bénéficiera d’une imprégnation médicamenteuse considérable, telle, qu'il faudrait recourir à une
administration réellement formidable par la voie digestive ou intra-veineuse par exemple, pour qu’elle puisse en retrouver l'équivalent, surtout si elle est superficielle, de faible étendue et de faible épaisseur.
Pour donner une idée approximative de l’économie ainsi réalisée, nous prendrons l'exemple d’une cicatrice vicieuse, et nous supposerons de 50 grammes le poids de cette région pathologique à imprégner, chez un homme de 60 kilos. Nous allons calculer, d’après la formule de Stéphane Leduc, la quantité d’iode que nous introduirions en faisant à son niveau une séance d'une demi-heure d’ionisation à l'iodure de potassium, à une intensité de 10 milliampères. Nous comparerons avec la quantité d’iode qu'il faudrait prendre par voie
1 200 partie en poids du corps tout entier, reçoive la même dose pour sa part. Nous ne nous dissimulons pas que les résultats obtenus par ce calcul seront relativement inexacts, mais ils suffiront à donner une idée de l'avantage de la méthode dans ce cas concret. La formule de Stéphane Leduc est la suivante
buccale pour que cette région, qui représente la
u PESTE TER l'Énarr P désignant le poids d’iode introduit, à l'intensité du courant, ! la durée de passage, e l'équivalent électro-chimique, « la vitesse de l'ion [, » la vitesse de l’ion K.
En l'occurrence
u — 5,6, et v — 4,8:
i —= 04,010; t — 1.800 sec. ; e — 0,001305.
De sorte que nous obtenons finalement :
P — 12ame. 66.
NT es
La région envisagée ne représentant, d'après nos conventions, que la 1.200e partie du poids total du corps, il faudrait donc introduire par voie buccale, pour que la cicatrice ait une part équivalente à celle qu’elle reçoit à chaque séance d'ionisation :
0 g. 01266 x 1.200 — 15 g. 192 d'iode,
Ce
ou 228 grammes environ de teinture d’iode.
Il est donc évident que lorsqu'on a affaire à une région très vectrice, où l’on veut traiter une lésion peu profonde, de petite masse, l’ionothérapie s'impose comme la méthode de choix. D'autre part, ceci rend impossible, avec effet thérapeutique certain, l'emploi de certaines substances, toxiques à doses minimes, donc inutilisables autrement, en bien des cas où elles doivent agir électivement. Leur champ d’utilisation se trouve aussi singulièrement élargi.
IT. — Absorption progressive et élimination retardée.
\ Ces notions ont été particulièrement mises en lumière par les travaux de Labatut, de Bergonié, et, plus récemment, de Bourguignon et de Landry et Franquet.
Les expériences de Labatut, faites avec la lithine, lui permirent d'aboutir aux conclusions suivantes
1° Il y a transport de lithium dans l’organisme à travers la peau;
2° L'élimination du lithium n’est pas immédiate, mais se fait, au contraire, avec un rythme notablement retardé, après une-aceumulation qui peut durer plusieurs jours;
3° Cette élimination n’est complète que quelques jours après la cessation des séances.
En comparant ces résultats avec les temps et le processus d'élimination de la lithine introduite, soit par friction, soit par injection hypodermique, on constata en outre avec certitude que l'élimination d’un produit introduit par ionisation était beaucoup plus tardive qu'avec les autres procédés.
pi
Bergonié aboutit aux mêmes conclusions pour le salicylate de soude.
Bourquignon et Conduché menèrent par la suite (1917) une série d'expériences et d'analyses très précises, avec l’iodure de potassium. L'électrode active était constituée par un Cristallisoir, contenant une quantité déterminée de solution iodurée, dans lequel l'expérimentateur plongeait le poing; l’autre électrode était placée à la face interne du bras, du même côté. L'iode disparu du cristallisoir était calculé avec exactitude à la fin de chaque séance d’ionisation; il était de même très précisément dosé dans les urines du sujet recueillies chaque jour.
Ces expériences donnèrent les résultats suivants
1° L’iode éliminé à la suite de la première séance est en moins grande quantité que pour les séances suivantes : il est de 3 milligrammes par 24 heures au lieu de 6 à 8 millierammes ; |
2° Après suspension des séances, Félimination-se poursuit pendant plusieurs jours, et on retrouve la quantité qui manquait; :
3° On retrouve en moyenne, dans les urines de vingt-quatre heures, 75 à 80 p. 100 de la quantité d’iode disparue chaque jour du cristallisoir, donc introduite par électrolyse.
4° Si l’on met à l’électrode positive un papier mouillé d'empois d’amidon, on constate le bleuissement du papier, senlement lorsque l’électrode a une très petite surface. I y a donc extraction de l’iode au positif, mais sous une si faible concentration qu’on ne peut le déceler qu'avec un courant d’une très forte densité à ce niveau, Nous reparlerons de l’interprétation de ce phénomène dans la seconde partie de ce travail. Ces faits permettent donc de conclure à la constitution d'une réserve d’iode qui s’élimine après l'arrêt du traitement — le lieu où s’opère cette réserve étant- d’ailleurs difficile à préciser — et aussi à l'élimination journalière par les urines d'une quantité diode constante à partir du moment où l’équilibre est établi, cette quantité représentant 79 p. 100 (chiffre moyen) de celle qui a été introduite.
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Enfin, Landry et Franquet et leur élève René Paris, dans une série d'expériences récentes, portant sur l'introduction et l'élimination du magnésium, effectuées sur des lapins (un lapin témoin n'étant pas ionisé), furent amenés à des conclusions analogues. Ils se proposaient de rechercher :
1° Etant connue la somme de magnésium introduite, quelle quantité serait retrouvée, journellement et au total (15 jours d'ionisation), dans les urines d’une part, dans les matières fécales de l’autre;
2° Après sacrifice de l’animal, quelle quantité de magnésium on retrouverait fixée au niveau du rocher (par comparaison avec le témoin), l’ionisation étant pratiquée par la voie de l'oreille externe et du tympan;
3° SI n'y aurait pas accumulation de magnésium en un autre point de l'organisme.
Les résultats furent les suivants :
— pour 116 milligrammes de Mg introduits, élimination, dans les quinze jours que dura l'expérience, de 92 milligrammes, soit 2/3 par les fèces et 1/3 par les urines;
— présence, au moment où les animaux furent sacrifiés, d’un excès de magnésium dans le rocher du lapin ionisé, du côté où était appliquée l’électrode;
— présence d’un excès de Mg dans le foie du sujet; dans les autres organes, rien ou traces infinitésimales.
— Enfin, ils constatèrent de nouveau un retard de l’élimination du produit ionisé, la décharge étant particulièrement importante le lendemain de la dernière séance et se prolonseant encore, quoi qu'en décroissant, pendant trois jours.
Résumé des avantages de l’ionisation.
Nous noterons donc, finalement, comme avantages essentels, applicables à tous les cas d'espèces :
10 a pureté et l’activité maxima de l’agent thérapeutique;
2 l'action massive loco dolenti sans qu'il soit besoin d’une absorption totale considérable;
AE
3° l'élimination plus lente, permettant des effets généraux progressifs et retardés, qu'aucun autre mode d’administration ne saurait procurer; pu
4° et, en liaison avec le précédent, l'imprégnation par le médicament de certains tissus et organes constituant un capital de réserve, et singulièrement dans la région par où s’est faite l'introduction.
Notons enfin à son actif la possibilité de superposer l’10nisation aux autres traitements généraux, et de l’associer en particulier aux agents physiques (association de l’ionisation et de la haute fréquence; application préalable de la diathermie, qui favorise et intensifie l’action des ions).
APPLICATIONS THERAPEUTIQUES ACTUELLES
Nous allons grouper ici, pour un tableau d'ensemble, les ions divers dont l’utilisation est désormais classique en thérapeutique. Nous n'avons pour but que l'indiquer les résultats, sans entrer dans le détail des expérimentations ou de
la technique.
L’10N « IoDE ».
Le sel employé pour faire pénétrer l’iode dans l’organisme est généralement l’iodure de potassium, dont on emploiera une solution à 4 p. 100, qu’on placera à l’électrode négative.
Ses propriétés essentielles sont :
L'action sclérolysante, c'est-à-dire l’action résolutive, tout à fait remarquable, que l’ion iode exerce sur tous les processeus scléreux;
l'action analgésique, qui sans doute ne lui est pas propre, mais est due à la résolution des scléroses et des adhérences irritantes;
l’action régénératrice : après avoir agi pour la libération des nerfs englobés dans des cicatrices vicieuses, l’iode favorise encore grandement leur régénérescence;
l’action kérato-génésique, pour la reconstitution de l’épiderme.
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Indications thérapeutiques : Cicatrices vicieuses, adhérences, chéloïdes, sclérodermies; paralysie par compression, sutures nerveuses, paralysie faciale, irritations réflexes; hypertrophie du corps thyroïde; adénopathies tuberculeuses chroniques.
Il nous laut signaler encore quelques succès obtenus par l’ionisation iodée dans l’actino-mycose, et l’utilisation de l'ion iode par Landry et Franquet, de Reims, pour le traitement des affections non suppurées de l'oreille moyenne, de même par Malherbe pour les otospongioses. Enfin, R. Grain a montré récemment l'intérêt de l'ionisation iodée translaryngée dans le traitement des laryngites aiguës.