‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 13 sur 23 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

notamment, était au comble de l'ivresse. Il intitulait ainsi son article (n^ 299) :

« La plus grande joie de toutes les joies du Père Duchesne, après avoir vu de ses propres yeux la tête du Veto femelle séparée de son cou de grue. Grand détail sur r interrogatoire et le jugement de la louve autrichienne, et sa grande colère contre les deux avocats du diable qui ont osé plaider la cause de cette guenon...

« Les jours se suivent, et ne se ressemblent pas, disait-il encore dans cet article. Quelle différence de ces moments de vengeance à ces temps de badauderie où tous les Français n'avaient pas assez d'yeux pour admirer leur Dauphine, assez de voix pour chanter ses louanges ! Elle ne pouvait faire un pas sans être suivie d'une foule immense qui faisait retentir l'air de cris de joie ; paraissait- elle au spectacle, on oubliait musique, danse, tout enfin, pour l'applaudir et ne s'occuper que d'elle. Le pauvre sans-culotte qui suait sang et eau d'un soleil à l'autre pour payer toutes ces mangeries, ne songeait plus à la taille, à la corvée, à la gabelle, à la chasse, aux procureurs, aux avocats, à toutes les vermines qui le rongeaient tout vivant, quand il voyait ce monstre, qu'il regardait comme une divinité, traverser le champ arrosé de ses larmes. Qui l'aurait jamais dit que l'objet de tant d'amour ferait une si mauvaise fin ! »

Le journal Roiigyff ou le Franc en vedette (Rougyff était l'anagramme du nom de son rédacteur, le conventionnel Guffroy) exprimait le regret qu'il y eût eu du monde dans les rues, le jour de l'exécution. « Quel spectacle imposant, disait-il, eût été celui de voir passer cette femme avec deux gendarmes et l'exécuteur de la volonté du peuple ! Cet isolement eût prouvé à

mes yeux que la France était bien régénérée. C'eût été une chose intéressante à voir que le spectacle d'une reine conduite au supplice au milieu de la satisfaction silencieuse d'un grand peuple 1 Et l'on en aurait joui sans la sotte pétulance, sans l'imbécile consigne donnée par je ne sais quel plat despote d'empêcher les hommes d'être à leurs croisées avec leurs femmes et leurs enfants. Cette sottise prolongée a tout troublé ; la majesté du peuple a été éclipsée par ce bruit bête et insolent : à bas ! à bas 1 il y avait même de ces machines à consigne qui obligeaient les citoyens à ôter leur chapeau. Cette tigresse n'est plus, mais gare les tyranneaux ! »

Le Moniteur^ qui donnait les détails de l'exécution dans son numéro du 27 octobre, voulait bien reconnaître que Marie- Antoinette, « en entendant prononcer son jugement, n'avait laissé paraître aucune marque d'altération, et qu'elle était montée sur l'échafaud avec assez de courage ». Prudhomme écrivait dans son journal, les Révolutions de Paris : « Du moins le peuple français aura donné une grande leçon, un grand exemple de justice qui, tôt ou tard, aura des imitateurs dans les nations voisines ; le beau jour que celui où tous les despotes des deux sexes laisseront, comme Cap et et sa veuve, leur tête sur l'échafaud 1 » Prudhomme, dans le même article, avouait, comme malgré lui, que la victime avait inspiré même à la populace une sorte de pitié : « Le peuple, disait- il, la vit passer assez paisiblement. Il y eut des battements de mains à certains endroits ; mais, en général, on parut un moment oublier tous les maux causés à la France par cette femme, pour ne penser qu'à sa situation actuelle. »

Page 1