DEUXIEME PARTIE
Je ne me repens pas... Ah! quels sont ces tourments? Et l'on dit un « Don Juan » pour nommer la victoire Mais tout homme eut son jouri le jour où l'on peut croire Que l'on se réalise, où l'on se dit : « Je suisi » Je n'ai pas eu mon jour!
LE DIABLE
Tu n'as eu que leurs nuits I
Ah I Don Juan!... Ce n'est pas qu'au moins je me repente.
Mais Don Juan, c'est Don Juan d'Autriche après Lépante I
Pourquoi, devant la mort, veut-on se souvenir
D'une action qui vous rattache à l'avenir?
Je ne me repens pas... Quels sont ces feux étranges?...
Aimes-tu donc la vie au point que tu la venges,
Mort ! et doit-il mourir, le coureur renversé,
Brûlé par le flambeau qu'il n'a pas repassé !
LE DIABLE
Eh bien, le ver est-il dans tous les fruits de l'arbre?
Ah 1 si la volonté sculpte des fruits de marbre, Si l'on peut, en faisant quelque chose de beau. Vaincre le ver du fruit et le ver du tombeau ! . . .
LE DIABLE
Eh bien, vous suffit-il, pendant qu'on agonise, D'avoir sur ses reflets vécu comme Venise?
Non! au moment qu'on meurt il faut avoir créé. Tu ne peux pas savoir ce que je soufïre
LE DIABLE
Hé! hé!
Ohl que rien de vivant de mon souffle ne vienne! La connais-tu, cette souffrance?
C'est la mienne!
C'est ça, l'enfer. Aucun créateur n'est là-bas.
Tu me plains?
LE DIABLE
Je comprends. Plaindre, je ne peux pas.
[Voulant entraîner Don Juan.]
Allons! viens, viens! Tu es de ceux dont rien ne reste. Pas un mot ! pas un geste !