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du trou de Botal fort nette; l'aîné est bien portant, le troisième, après avoir respiré quelques minutes, meurt accidentellement; il est porteur d’un varus, sa queue était maintenue recourbée vers son milieu par un muscle latéral raccourci, enfin il offrait une gueule de loup. D'un autre côté, un chien soumis depuis six mois à lintoxication par l’absinthe Pernod à doses excessives a donné d’une chienne saine douze petits, chez lesquels quatre à leur mort avaient un hémisphère cérébral dont le poids l’emportait de 1/20 environ sur l’autre.
L'observation se montre donc d’accord avec l’expérimentation pour donner des preuves de l'influence de l’alcoolisme sur la production des monstres. Loin de nous la pensée de vouloir faire remonter à l'alcoolisme l’origine de toutes les anomalies. Il existe beaucoup d’autres causes de malformations ; dans notre étude de l’hérédité en général nous avons indiqué quelques-unes de ces causes; en outre, nous pourrions citer MM. Ollivier (1), Troisier (2), qui, recherchant la pathogénie de certains vices de conformation, ont trouvé des apoplectiques dans l’ascendance des épileptiques. Mais l'alcoolisme paraît dorénavant devoir entrer en sérieuse ligne de compte dans l’étiologie des malformations. Quoi de plus naturel, du reste, que ces écarts dans le processus normal du fait de Palcoolisme? N’avons-nous pas considéré comme la caractéristique de la dégénérescence les processus atrophiques partiels? Et l'alcool n'est-il pas le génie de la dégénérescence, comme l’a dit Dickinson ?
$ B. Caractères extérieurs de l’individu.— L'atrophie, ce caractère essentiel de la dégénérescence agissante chez les descendants d’alcooliques, peut porter son eflort sur
(1) Ollivier, sur la Pathogénie des vices de conformation. (Bull. Soc. anthropologie 1870, p. 150.)
(2) Troisier, Note sur l’état de la moelle épinière dans un cas d'hémitérie untthoracique. (Archives physrol., 1871, p.72.)
les différents systèmes, sur l’ensemble du corps par exemple, et réduire la stature de toute une famille ; la musculature, elle aussi, peut être diminuée ; on trouvera épars dans nos observations de ces faits signalés. Enfin cet ensemble de conditions organiques accessibles à la vue qui font dire d'un individu qu'il se trouve à même de lutter pour l’existence, ce résultat de la résistance de chacun des organes en particulier vis-àvis des causes morbides, qui s'exprime par un habitus particulier, l’air de santé en un mot, est le plus souvent absent; la pâleur du visage, l’absence de poils, l’indécision de couleur des cheveux, la gracilité des membres, la mollesse des tissus, sont encore de ces caractères de dégénéré. Pour être complet, nous citerons les signes physiques que donne Legrain (1), d’après Magnan :
Extrémité céphalique.— Difformités crâniennes portant sur la totalité du crâne : hydrocéphalie, microcéphalie.— Difformités crâniennes avec asymétrie: plagiocéphalie, acrocéphalie, proéminence exagérée d’une bosse frontale..…., ete. — Implantation vicieuse des cheveux; vitiligo.
Strabisme, pupilles ovalaires, à axe convergent vers la racine du nez; implantation anormale des vaisseaux sur la papille (Magnan).
Grandes oreilles détachées de la tête, avec ou sans sessilité du lobule; atrophie ou disparition du pavillon de l'oreille.
Asymétrie faciale, à laquelle, d’après Wohlrab (2), il faut joindre la parésie unilatérale du facial; prognatisme des mâchoires; implantation vicieuse des dents. — Bec-de-lièvre, avec ou sans perforation de la voûte palatine. Voûte palatine ogivale.
(1) Legrain, loco citato, p. 4.
(2) Wohlrab, Névropathies héréditaires et signes physiques de dégénérescence. (Archiv der Heilkund an., in Ann. méd.-psych., 1874, p. 461.)
Thorax, abdomen et membres supérieurs. — Développement inégal des deux moitiés du corps. Hernie congénitale. Développement exagéré des glandes mammaires chez l’homme. Polydactylie, doigts palmés, main bot.
Bassin et organes génitaux.— Bassin féminin chez l'homme;
anomalie des organes génitaux ; hermaphrodisme, atrophie
de la verge ; épispadias et hypospadias ; atrophie des testicules et stérilité.
Membres inférieurs. — Pied bot, polydactylie. L'observation suivante nous montre un ensemble de la modification que peut subir la taille des dégénérés alcooliques. Nous y voyons sept cousins ou cousines, descendant au deuxième degré d’un alcoolique, présenter une petite taille.
Observation III. — M®°C..,,épouse P...,âgée de vingt-six ans, née et domiciliée à Ferrals (Hérault), entre d'office à l'asile pour la première fois le 9 juin 1886, pour la seconde fois le 29 janvier 1887.
Moyennement intelligente, elle a été susceptible d’une certaine instruction, mais a surtout fait une bonne travailleuse, une ménagère économe, tout entière à sa maison, elle s’occupait peu de religion ou de la rue. D'une sensibilité morale exagérée, elle avait pour les siens une affection marquée.
A l’âge de quatre mois, elle eut à l'aine une tumeur liquide innommée, qui disparut à la suite d’une simple ponction. Son enfance se passa sans secousses, sans maladies sérieuses, sans convulsions.
Réglée pour la première fois à dix-huit ans, elle voyait venir très-réeulièrement ses menstrues, dont le sang était du reste fort noir et l'abondance variable. Il y avait souvent ballonnement du ventre ‘et douleur lombaires. Mariée vers vingt ans, elle eut peu après son mariage un premier enfant, mort à vingt-neuf mois, dont la perte lui fut très-sensible. Un autre enfant, une fillette, naquit ensuite. A vingt ans, fit une chute sur le dos, peut-être sur la tête, d’une hauteur de 4 mètres, sans suites immédiates.
Enfin, le 22 février 1886, elle accoucha de deux jumeaux, qui moururentau bout de huit à quinze jours sansavoir pris le sein ; leseaux avaient
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été très-abondantes et l’œdème intermittent du ventre et des jambes, qui avait marqué sa grossesse, disparut subitement. Il est resté de cet accouchement, d'après unspécialiste de l'endroit, une inversion utérine.
Dans les premiers jours de mai, le mari s’apercut que M"®° P... parlait plus que coutume; à la fin du mois, l’aliénation mentale avait tous ses caractères : égarement, agitation intense ; cris, danses, parlotage et volubilité de la parole, menaces, bris de meubles, déchirage, blasphèmes, jurons ; perte des sentiments affectifs vis-à-vis de sa famille, perversions sensorielles de l’ouïe, de la vue, très-fugaces, surtout faux jugements et illusions.
C’est dans cet état qu’elle entre pour la première fois à l'asile : c’est un délire généralisé, à forme maniaque, avec agitation très-intense et sans détermination délirante ; la physionomie indique l'incohérence des idées avec une légère teinte de tristesse; les yeux brillants et battus, les lèvres fuligineuses, le teint animé, le front un peu chaud ; elle est sans cesse en mouvement, mais piétine sur place, sans avoir l’agitation à grande envergure des maniaques francs.
En effet, au bout de quelques jours, cette malade était devenue stupide, ses membres conservant l'attitude qu’on leur donnait pendant un long temps ou bien obéissant lourdement aux lois de la pesanteur ; elle perçoit la douleur, mais n’a comme réflexe que des pleurs; l’excitabilité musculaire est notable, le réflexe tendineux est aboli.
Après quelques alternatives d’agitation et de dépression, elle tombe dans une stupeur plus profonde encore. Mais, l'alimentation se faisant régulièrement, la malade gagne un peu physiquement, son poids augmente, l'hémoglobine aussi; les globules blancs diminuent. Son mari la réclame et elle sort après trois mois de séjour à l'asile.
En janvier 1887, on l'amène de nouveau : la stupeur a été émaillée de quelques moments d’agitation pendant lesquels elle s'évadait, taquinait sa famille ; mais on la traitait comme une enfant, on la faisait manger, on l’habillait. Immobile, gâteuse, laissant écouler sa salive, elle était sans initiative et un embarras pour sa famille ; cependant son engant arrivait à la faire sourire. Elle est restée telle à l'asile depuis lors; stupeur plus au moins intense, qu'éclaire un sourire érotique par instants, ou bien agitation légère et sur place, tics, grimaces à la manière des imbéciles pendant quelques heures, deux jours au plus.
De très-petite taille, gracile des muscles et des os, la poitrine étroite dans le haut, les seins flasques, le ventre ridé par de nombreuses vergetures, cette femme a la peau brune, glabre, un peu huileuse. La face petite, mais en rapport avec le développement du corps, est légèrement prognathe et moins développée à droite qu’à gauche; le front est normal, mais le diamètre antéro-postérieur du crâne est allongé; les dents sont normalement implantées; les deux moitiés de corps sont symétriques et égales en volume ; il n’y a pas de goître. Les viscères abdominaux et thoraciques ne présentent rien d’anormal ou de pathologique, excepté le foie, dont la matité se confond à gauche avec celle de la rate, pour donner un son mat, de 12 cent. de hauteur sur la ligne mamelonnaire. La menstruation est irrégulière, retarde de cinq jours environ à chaque période. La nutrition se fait normalement, moins bien cependant que son état de stupeur etles soins dont elle est l’objet le comporteraient. Aux excitants physiques, elle a des réactions exagérées, comme l'indique une maladie à caractère typhique qu’elle fit à la suite de quelques draps mouillés. C’est un avorton physique et mental, dépourvu de spontanéité nutritive.
Elle a pour père un homme actuellement âgé de soixante ans, bien portant, de taille moyenne, sans grande intelligence, mais buveur de vin et méchant lorsqu'il est ivre. 11 souffre beaucoup de la tête à la suite de ses excès, qui datent du temps où il a commencé à se connaître; il est, du reste, le fils d’un alcoolique impénitent, qui mourut à cinquantesept ans d’un refroidissement contracté alors qu'il était pris de vin, et d'une femme morte à soixante-dix-neuf ans, rabougrie, cardiaque, sénile. Une tante paternelle, Âgée de quarante-deux ans, est migraineuse, bien portante, a quatre enfants tous petits de taille, peu intelligents, cultivateurs. Une tante paternelle mourut à dix-huit ans. Un oncle paternel, sourd de naissance, se livre aussi impunément à la boisson depuis son adolescence.
La mère, âgée de cinquante ans, a vu disparaître avec la ménopause une tumeur abdominale. Suivant l'exemple de son mari, elle se livre à la boisson ; susceptible en tout temps, elle devient, sous l'influence du vin, d'une méchanceté inconcevable. Le grand-père mourut à trentesept ans, d'une maladie aiguë de poitrine. La grand'mère, usée par le travail, succomba à soixante-douze ans à une pleurésie; elle avait eu
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deux frères buveurs effrénés depuis leur adolescence, qui chacun perdirent leur fille, fille-mère, des suites de l'accouchement, et une sœur bien portante, elle etses descendants. Le bisaïeul, père de tous ces alcooliques, était lui-même un buveur émérite, souvent ivre.
Me P... a eu cinq frères ou sœurs, l'un mort à six mois, l’autre à deux ans ; deux sœurs vivent bien portantes, de petite taille, mères d'enfants chétifs et malingres. De quatre enfants en trois couches, la malade n’en a plus qu’un, fort robuste, mais en retard pour parler.
Aïeul, grand buveur.
Grand-père Grand’mère Grand-oncle Grand-oncle Grand’tante buveur, mort alcoolique. morte usée buveur buveur * saine ES A Tante Tante Oncle Père ép. Mère Tante Tante Descendants 42 ans, morte sourd, bu- bu- fille-mère, fille-mére, normaux. migrai- à bu- veur. veuse. morte morte neuse, 18 ans. veur. de couches. de couches.
| Cousins | petits 2 frères 2 sœurs aliénée de toits morts de petite puerpéete 8et 15 mois taille, rale, & mères avorton.
d'enfants débiles fils mort fils 2 jumeaux à 28 mois. chétif, morts enretard. à 8 jours.
S C. Degré de résistance à la maladie. — [L'état gé-
néral, qui setraduit par les caractères corporels extérieurs et par la constitution de chaque organe en particulier, n’est que l'expression de la valeur vitale des éléments qui composent le corps; nous avons vu que chacun des organes en particulier pouvait être atleint par la dégénérescence alcoolique. Il est plus fréquent que l’ensemble des organes prenne sous cette influence un caractère de débilité, qui se manifeste aux yeux par l’habitus extérieur, à l’esprit de l'observateur par la fréquence des maladies et par le degré de résistance du corps à
ces maladies. Rarement la différenciation entre les forces agissantes et les forces radicales est à faire chez le dégénéré; tel, d’aspectsolide, ne résistera parfois pas à la moindre maladie aiguë, ne pourra pas échapper à la plus petite épidémie; tel autre, chétif et misérable extérieurement, sera fréquemment malade, mais se tirera toujours d'affaire. Le plus souvent, comme l'observation suivante le montre, l'alliance de ces deux faits existe : aspect misérable, santé débile, peu de résistance;
donc forces radicales faibles, en rapport avec une complexion faible.
Observation IV. — M' G... Noémie, âgée de vingt ans, ouvrière tisserande, née et domiciliée à Lodève, entre successivement à l’asile le 24 décembre 1886, le 12 novembre 1887. L'aînée de trois sœurs, cette malade est née normalement, et sa vie intra-utérine n’a rien présenté de particulier. Assez intelligente, elle fréquenta l’école primaire jusqu’à douze ans et acquit facilement une certaine instruction ; à cet âge, on la mit au travail de chiffonnière et de tisserande ; mais son caractère était inégal, boudeuse ou rieuse à l’excès.
Sujette à toutes les maladies épidémiques, elle eut la rougeole, la coqueluche etplusieurs manifestations serofuleuses, telles que ganglions engorgés, dans son enfance.
Réglée à treize ans, elle a vu ses menstrues revenir très-régulières et très-égales à chaque période, même durant le cours de son affection mentale. A l’âge de vingt ans, sans cause bien connue, à l’occasion d’une cabale montée par ses compagnes d'atelier, qui l’accusent d’avoir médit du patron, elle se croit réellement coupable, puis s’imagine que les ouvrières parlent mal d'elle, entachent son honneur. Des hallucinations, surtout nocturnes, entretiennent cet état mental: « le voisin, locataire d'en haut, l'entretient de choses déshonnèêtes. » Elle devient énervée ; elle souffre dela tête; ellese sent serrée au cou, à la poitrine, en accuse sa sœur, qui l'appelle folle. Chaque jour, elle à ainsi son petit accès, pendant lequel elle menace, pince ou frappe; puis elle devient triste, préocuppée.
Elle entre à l’asile en état de folie des persécutions, avec hallucinations tendant au sens génital. Les accès d’agitation sont constitués par
des cris, des pleurs, du déchirage, le bris des chaises ; puis elle tombe dans la torpeur : il faut la faire s'habiller, la secouer à tout instant. En huit mois, elle devient plus dégourdie, l'agitation cesse; maiselle reste indolente, niaise, insouciante ; elle est rendue à sa famille, qui la réclame.
Au bout detrois mois, on la ramène à l'asile. Tantôt agitée, tantôt déprimée, depuis son entrée, il faut la faire manger; elle mouille; elle est presque constamment stupide.
D'une taille au-dessous de la moyenne, de bonnes proportions; la cage thoracique est projetée en avant; le cou est fort par l’hypertrophie des lobes latéraux de la glande thyroïde. Anémie, lymphatisme, serofule même; pupilles dilatées, atonie de la langue, pâleur de la face avec plaques rouges. Le front est assez élevé, mais sans bosses frontales ; oreilles petites. Au thorax, la sonorité est exagérée ; la voix résonne, mais la toux ne s'accompagne pas de bruits normaux, la respiration est rude ; sensibilité un peu obtuse, réflexes diminués, nutrition ralentie.
Le père, âgé de cinquante ans, jardinier-fleuriste assez intelligent mais faible de caractère, a fait les campagnes d'Italie et y a contracté l'amour de la boisson ; par trois fois depuis la naissance de sa fille, il a eu des accès de délirium tremens fhallucinations et peur) d'une durée de deux ou trois semaines. Le grand-père, maçon, sobre, mourut à soixante-six ans d’une attaque. La grand’mère, pléthorique, bonne santé habituelle, à été emportée à soixante-onze ans par une pneumonie. Sur douze oncles ou tantes parternels, trois survivent. L’un, alcoolique, mourutaprèsla campagne de 1870, surpris par le froid en état d'ivresse; un autre, qui boit aussi par excès, à trois enfants qui s’en vont poitrinaires; un troisième, qui boit moins que les autres, a perdu de la poitrine une fille qui, pendant cinq ans, avait été aliénée, Nous n'avons sur les autres que des renseignements incomplets. Toutefois nous notons que cinq oncles au cousins sont morts de phthisie dans l’année.
La mère, quarante-sept ans, mauvais caractère, n'a jamais été ma- Jade. Elle est fille d'une mère qui mourut à soixante-onze ans, après être restée quatre ans démente à la suite d’une chute sur la tête, et d'un père âgé de soixante-quinze ans, sobre, rude travailleur encore ; l’aïeul mourut à quatre-vingts ans. De sept oncles ou tantes maternels, quatre
ne
STARS. ee = — 105 —= sont morts jeunes (coqueluche, cholérine); ces collatéraux sont vigoureux et bien portants.
Une sœur morte à dix mois au moment de la dentition; une autre sœur, âgée de seize ans, intelligente et bien portante.
La moindre résistance aux causes morbides, aux épidémies entre autres, est aussi un fait important commun chez les dégénérés par alcoolisme ; dans plusieurs de nos observations, on trouvera des frères, des cousins, des oncles, mourant tous en bas âge d’épidémies, de la rougeole par exemple, maladie si bénigne chez la plupart des enfants nés de parents sains. Nous croyons inutile d'appuyer ce fait d'exemples spéciaux.
Enfin, comme ressortissant encore à cet état général mauvais, engendré par l'alcoolisme, nous devons signaler les maladies survenant aux époques critiques de la vie, et dont les caractères sont si tranchés; mais nous étudierons tout au long, aux effets portant sur lintelligence, cet aspect particulier de la dégénérescence. Nous nous contentons actuellement de noter que les terminaisons funestes avec épuisement nerveux en général, à l’occasion d'accouchements, d’hémorrhagies, d’une maladie quelconque, même légère, ne sont pas rares.
Il est bien d’autres expressions dela souffrance de létat général, que nous pourrions énumérer. La multiplicité des maladies chez le même individu, la variété d'expression de cette nutrition alanguie chez les membres de la même famille, avec une dominante toutefois, est chose commune. L'observation suivante nous paraît, par la multiplicité des effets dans la descendance, exprimer ce grand fait de la débilité finale dans la-
quelle tombe la nutrition générale ou locale chez les dégénérés par alcoolisme.
Observation V.— M'°C...(Élisa), vingt-six ans, tisserande, née ct domiciliée à Lodève, entrée à l'asile, le 27 mars 1874; M.L...(Fulcrand), vingt-huit ans, fileur, né et domicilié à Lodève, entre le 5 août 1868; Me L...(Florestine), trente et un ans, sans profession, née et domici-
liée à Lodève, entrée le 30 mai 1884 pour la première fois, le 6 mai 1886 pour la seconde fois, sont apparentés du côté maternel au titre de cousine, frère et sœur.
Élisa C... n’a jamais été malade et a fréquenté l’école sans en retirer le moindre profit. D'un entêtement incroyable, elle était d’une propreté touchant au tic etne mangeait que des choses peu nourrissantes; toujours anémique, il lui arriva d'aimer un jeune homme bien au-dessus de sa condition, qui l’abandonna. D'alors date l’aliénation mentale: tics de la face, récriminations perpétuelles, génuflexions répétées, constituaient son agitation; triste, elle voyait et entendait des personnes de sa famille décédées depuis longtemps, se vantait de les avoir ressuscitées, et, dans l'intention de se suicider, allumait dans sa chambre, avec des chiffons et son mobilier, un incendie dont le feu la brûla à la fesse.
Dans l'asile, l'agitation tomba assez vite. Alors parut l’état psychique normal : imbécile, elle s'emploie volontiers à des travaux pénibles ; mais, lorqu'untravaillui déplaît, rien ne pourrait vaincre sa résolution de ne pas s’y occuper. Si l’on contrarie ses petites habitudes, immédiatement elle crie, menace, frappe même : une promesse non tenue est le point de départ d’une bouderie de plusieurs mois. Rude à l'excès, elle croirait pécher en embrassant son père; elle suit les offices religieux et se montre très-convenable. L’agitation, chez elle, est toujours de peu de durée et tombe vite.
De haute taille, les os volumineux, les articulations grosses, robuste et bien musclée, sa peau est odorante; les mouvements sont lents, à grand rayon, et mettent en jeu plus de groupes musculaires qu'il n’est nécessaire pour le but; le corps penché physiologiquement à gauche, elle marche lentement, les membres fléchis ; la commissurelabiale droite et certains muscles de la main participent à des tics. Le crâne petit, la face large, les maxillaires volumineux, mais symétriques; elle parle difficilement, par monosyllabes, en patois, en bégayant, spasmodiquement. Il existe un goître assez volumineux. La physionomie est bête, le rire niais. Au cœur, la malade accuse des battements, et le pouls donne deux pulsations lentes pour cinq ou sept de précipitées.
Fulcrand L... est moyennement intelligent, de caractère normal. Au service militaire, il fit de nombreux excès de boisson (vin blane
et eau-de- vie). A la suite d'une chute, il cessa de boire; mais déjà il se croyait tracassé et parlait de ses millions, d’une machine à filature qu'il avait inventée. Libéré du service militaire, il est persuadé que ses parents veulent l’empoisonner, que son patron lui a volé son invention ; il casse les meubles chez lui et menace son père d’une hache.
Il entre à l’asile dans un état de détérioration tel, que le diagnostic de paralysie générale reste en suspens. Mais la manie apparaît bientôt avec tous ses caractères. Évadé après deux mois de séjour, il revient au bout de dix mois fort agité, menaçant, criant, chantant. Il se déshabille, casse des carreaux, bouscule les autres malades, frappe les gardiens, tente de s'évader; il se dit empereur, fils de Dieu. Cet accès d'agitation dure deux ans; puis il devient calme, et actuellement il ne s’agite que rarement; capricieux, il refuse de travailler un jour, taquine parfois les autres malades, arrache un arbuste du jardin. La démence est considérable.
Grand, maigre, mais fort encore, le front fuyant, la face symétrique. La main droite serre moins fort que la gauche, les doigts tremblent quand il étend la main; la langue est tremblotante, la commissure labiale un peu tirée à gauche, la pupille droite dilatée, les artères légèrement athéromateuses, la cornée bordée d’un arc sénile léger ; en outre, il vomit à peu près annuellement des matières brunâtres rappelant l'hématémèse, et fait parfois du sang par l'anus.
Florestine L... eut à un an une variole très-grave, à laquelle succédèrent des convulsions qui ont laissé atrophié et ankylosé son membre supérieur gauche; plus tard, elle eut à plusieurs reprises des glandes engorgées au cou, des blépharites rebelles. A l'école, qu’elle fréquenta de six à douze ans, elle n’apprit rien; placée alors à l'hospice de Lodève, moins comme simple d'esprit que comme mal équilibrée, elle fut employée à la couture et travaillait peu, bavardait incessamment, riant elle-même des grossièretés. érotiques qu'elle disait; l'amusement de ses compagnes par ses insolences, elle ne supportait pas qu’on la taquinât et menacait qui la grondait. Toujours surexcitée, sans paroxysmes marqués, vers trente ans, elle fit en secret une démarche pour quitter l'hospice, mais on s'opposa à sa sortie. Dès lors, il fut impossible de la gouverner: menaçante, déchirant, frappant la nuit aux portes des religieuses, elle croyait voir des hommes, parlait avec eux, voulait s'oc-
cuper de l’enfant dont elle prétendait avoir récemment accouché. On dut l’enfermer. |
À l’asile, l'agitation est considérable, l’incohérence domine tout; elle n’aligne pas deux paroles ayant un sens; insoumise, tapageuse, les perversions sensorielles sont multiples et portent sur l’ouïe, la vue, la sensibilité tactile. Avec l’état chloro-anémique dont l'influence pathogénique avait été si importante, disparut l'agitation ; elle sortit de l'asile après un an de séjour.
Moins d'un an après, elle revenait à l'asile, agitée et hallucinée; l'érotisme est cette fois le fait dominant; l'intelligence est conservée, mais fortement embrouillée. Depuis près de deux ans, cette agitation continue sans répit, les perversions sensorielles ayant été éphémères.
De taille moyenne, mais les membres graciles, la peau portant des cicatrices de cautère aux jambes, aux bras, à la colonne vertébrale, cette malade est asymétrique de la face, du tronc, du membre supérieur. L'avant-bras droit est plus long de 2 centimètres, plus volumineux de 3 centimètres de pourtour en moyenne que le gauche; l’avantbras gauche est fléchi à angle à peu près droit sur le bras, dans une position presque fixe. L’ankylose est incomplète, mais la contracture des extenseurs et des fléchisseurs tend à la rendre complète. La moitié gauche de la poitrine est aussi moins développée; les membres inférieurs sont égaux en volume. Le crâne petit, l'œil droit en strabisme interne, le gauche en microphthalmie; les orifices des narines, des lèvres, l'ossature et la musculature de toute la moitié gauche de la face, sont beaucoup moins développés. Cette malade a en outre des anomalies de dentition,; les incisives et les canines portent dans leur région médiane un trait horizontal dentelé, et la vue est faible.
Ces trois malades sont parents par le côté maternel: le grand-père commun, grand buveur de vin, mourut à soixante ans des suites d’une fracture de cuisse; la grand'mêre mourut à quatre-vingt-dix ans, dans la démence sénile. La mère d'Élisa, soixante-huit ans, bien portante, cataractée, peu intelligente, a eu sept enfants de son mari, cultivateur bien portant malgré ses soixante-dix ans, dont le père était mort à quarante-quatre ans d’apoplexie, la mère à quatre-vingt-trois ans, obèse, et deux frères pléthoriques, morts de congestions cérébrales,
ont laissé des enfants brillants de santé. Parmi les sept frères d'Élisa, l’un est tuberculeux, l’autre diabétique, l’autre est scrofuleux et sa fille aliénée ; la quatrième est Élisa. Tous sont bègues, parlant avec dificulté, et ont des mouvements choréiformes des membres plus ou moins marqués. La mère de Fulcrand et de Florestine, cataractée ou amaurotique depuis longtemps, nerveuse et singulière, mourut à quatrevingts ans d’une fluxion de poitrine. Un oncle est entré à l'asile, atteint de manie chronique ; un autre oncle a été sur le point de devenir aliéné et avait la cataracte; un autre oncle et une tante ont été aussi
cataractés.
£ Oncle, apoplexie.
Grand-père oi He Cousins (à + apoplexie à 46 ans | RATTL bien portants.
POP l Père, bien, ép.
| Frère tuberculeux.
Frère diabétique.
2 sœurs ne bègues.
peu intelligente, ST Nièce : cataractée. scrofuleuse. aliénée.
Grand-père One = alcoolique (vin), aliéné os dément. (manie chronique).
Oncle déséquilibré, cataracté.
Oncle et Tante cataractés.
Mère | nerveuse, cataractée.
ép- [ Fulcrand aliéné.
Frère mort variole, Grand-père âgé. Père 3 sœurs mortes mort cardiaque, en couches.
sobre, rangé. Sœur débile.
Oncle cardiaque, Here | Tante aliénée.
| cardiaque.
Du côté paternel des L...,le grand-père est mort fort âgé. Le père mourut à soixante-douze ans d'une maladie de cœur, robuste et sobre,
travailleur toute sa vie; un oncle et une tante succombèrent à la même maladie, à cinquante-cinq et soixante-dix ans. Florestine et Fulcrand ont eu quatre sœurs et un frère : le frère mourut de la variole à sept ans, trois sœurs sont mortes en couches vers l’âge de vingt ans, l’autre a perdu accidentellement un bras et se porte bien avec ses trois enfants.
A rechercher toutes les manifestations de cet état de déchéance nutritive, on écrirait un gros volume et l’on passerait en revue tous les chapitres de la pathologie. Il est cependant un état général qui nous paraît résumer tous ces effets : c’est le lymphatisme, que caractérisent la diminution de vitalité des éléments primordiaux, l’'envahissement de l’organisme par l’'aquosité de ces éléments noyés dans les sérosités ; c’est la scrofule, qui lui confine de si près. Ce point de départ de tant de maladies ultérieures, ce premier stade de tant d’altérations organiques, est en effet l'expression de beaucoup d'états diathésiques chez les descendants ; elle est aussi la manifestation de l’intoxication alcoolique des ascendants, comme le rachitisme, l’athrepsie, qui n’en sont que des localisations ou des degrés. L'étude de la scrofule, c’est donc l'étude du processus de cet amoindrissement de l’état général, dont chaque organe porte plus ou moins la trace indélébile.
Le système circulatoire, ce primum movens de la nutrition, doit posséder en lui des altérations capables d'expliquer cette diminution. Dans le but de reconnaître les attributs morphologiques des prédisposés, le professeur Giovanni(1) étudie le système nerveux des phthisiques et arrive à les classer en éré: thistes, torpides, énergiques ; puis il montre la disproportion existant entre l'aire cardiaque et l'organisme entier : le cœur a son ventricule gauche plus petit d’une façon relative et absolue; les artères sont aussi plus petites, et en rapport direct
(1) Giovanni, sur la Prédisposition à la phthisie pulmonaire. ( Bull. méd., 1887, p. 778.)
Frs s
| tue,
avec l’insuffisant développement du cœur, du thorax, des masses musculaires même. Aboutissant de la scrofule, produit de ce terrain fertile au développement des microorganismes, sur lequel a germé le bacille particulier de la tuberculose, la phthisie ne paraît-elle pas, au même titre qu'une atrophie cérébrale, une manifestation des substances dégénératives de l’alcoolisme, et ne devons-nous pas considérer ses attributs morphologiques comme le résultat de cette intoxication ancestrale, alors que tant de dégénérés succombent à la tuberculose? La déperdition considérable de l'organisme en chlorures que présentent, d'après M. Rommelaere, les prédisposés à la phthisie, nous paraît, du reste, offrir une autre preuve de cette hyponutrivité qui caractérise les dégénérés, tout comme le diabète (1), qui est aussi parfois lexpression de la même dégénérescence.
Nous possédons, du reste, des preuves de cette moindre résistance de tel ou tel organe, le cœur, le poumon, par exemple; telle maladie du cœur ne reconnait, du reste, parfois d’autres causes que l’antécédence alcoolique. Nous croyons en fournir un exemple peu discutable.
Observation VI.— Les deux malades dont nous rapportons ciaprès l'observation sont la tante et le neveu. La tante, M®° M... (Thérèse), épouse B..., trente-deux ans, née et
domiciliée à St-Bauzille-de-Putois, entre à l’asile le 5 septembre 1865. D'un caractère très-nerveux et s'emportant facilement, régulièrement menstruée depuis l’âge de treize ans, cette malade se plaint depuis l’adolescence de céphalées ; n'ayant jamais été malade, n'ayant jamais commis aucun excès, elle se marie à vingt-cinq ans. A vingt-huit ans, sans cause connue, éclate un accès de lypémanie guéri au bout de deux mois. À trente ans, nouvel accès d’aliénation mentale, avec prédominance d'idées religieuses et d’érotisme : elle se confesse souvent, se croit plus puissante que Dieu et ses saints. Son vocabulaire
(1) Wobhlrab, loco citato.
néanmoins est fait d'obscénités; elle veut tuer sa fille parce qu’elle à mal fait sa première communion; les oiseaux lui parlent, elle voit des personnes sur les toits et demande qu'on les chasse. En même temps elle se met à boire du vin et la menstruation devient irrégulière.
Pendant les premiers mois de son séjour à l’asile, elle conserve les mêmes idées délirantes, les mêmes perversions sensorielles, la même agitation maniaque ; d’un entêtement opiniâtre, criarde, elle vit isolée, se rebiffe, boit son urine, mange ses matières fécales et se casse les os du nez ense jetant un jour volontairement la face contre terre; l'agitation est continue, surtout au moment de la menstruation. Cet état dura longtemps, puis la démence s’accentua,le calme se rétablit, entrecoupé de quelques minutes d’agitation tous les jours. Douze ans après son entrée, parut un érysipèle de la face à répétition, avec ulcérations incurables que suivit une lésion cardiaque ; peu après, les accès d’asystolie se rapprochèrent avec anasarque et congestion pulmonaires ; elle succomba à l’un de ces accès, le 29 novembre 1885.
De taille moyenne, sans autres anomalies qu'une microcéphalie et une face large, cette malade offrit à l'autopsie les particularités suivantes: le cœur pèse 525 grammes, est dégénéré, dilaté dans ses ventricules ; l’orifice auriculo-ventriculaire gauche est insuffisant par raccourcissement des cordages tendineux et athérome valvulaire; le péricarde, les plèvres, contiennent du liquide épanché. A l’encéphale, l’athérome artériel est généralisé ; la base du cerveau est ramollie par macération ; des plaques laiteuses d’épaississement partiel de la piemère se voient le long des vaisseaux de la scissure sylvienne.
Le neveu, M. B... (Emilien), vingt-huit ans, gantier, né et domicilié à St-Bauzille-de-Putois, entre à l'asile le 23 décembre 1887.
Chétif dans son enfance, mais jamais sérieusement malade, ce jeune homme est intelligent, a profité des leçons de ses maîtres, mais a toujours eu un caractère emporté. À vingt ans, il devint sujet à des céphalées qui le fatiguaient et le rendaient irritable. Au retour du service militaire, pendant un mois il eut un léger accès d’agitation. A vingtquatre ans, il se livre à la boisson : vin, cognac; l’absinthe le grise particulièrement. Mais, à vingt-huit ans, revint sous l'influence de ces excès une nouvelle période d'agitation et de délire violent : égaré, con-
gestionné, il s'emporte, crie, hurle, menace, exige de l’argent de ses
parents sous peine d'incendie et de mort. Au bout de quelques mois, il est affaissé, dans le mutisme : on lui fait du bruit dans la tête, on lui dit des injures, on s'occupe de lui, on le menace; puis, reprise alternative de la dépression et de l'agitation; il ne dort pas et court la campagne la nuit; il se croit parfois empoisonné. En même temps surviennent plusieurs attaques convulsives rappelant la grande hystérie.
Il entre à l'asile affaissé, presque cataleptique, muet, ne mangeant pas ; mais la volonté joue un rôle énorme dans cette stupidité : il explique par instants qu'ilne remue pas de peur de ne pas sortir plus tard s’il contrevenait aux règlements de l'asile. Les idées délirantes sont à forme lypémaniaque : il se reproche son inconduite, mais il ne croit plus aux persécutions. Les perversions sensorielles sont élémentaires : bourdonnements d'oreilles, points noirs dans le champ visuel, mauvais goût. Le fond de laliénation mentale est la manie; pour peu qu’on l’excite, la physionomie prend le masque du maniaque.
De petite taille, mais de bonnes proportions, cet homme est physiquement bien constitué : la face est pâle, les pommettes congestionnées, la langue tremblotante, le cœur émotif, l’excitabilité musculaire et tendineuse notable.
Du côté maternel d’Émilien, qui forme la parenté entre ces deux malades, on note deux aïeux morts fort âgés ; le grand-père commettait des excès alcooliques nombreux et se soûlait régulièrement, avec de l’eau-de-vie surtout ; paralysé à la suite de plusieurs attaques, il mourut à soixante-dix ans, foudroyé par une dernière apoplexie ; deux grands-oncles, morts jeunes et stériles, frères du grandpère. La grand'mère mourut à soixante-quatre ans, une grand’tante et quatre grands-oncles moururent âgés, et leurs descendants ne présentent rien d’anormal. La mère d'Émilien, soixante ans, scrofuleuse et migraineuse, n’a jamais été malade. Un oncle, soixante ans, fait des excès de boissons. La tante Thérèse, aliénée, dont nous avons rapporté l'observation, a eu trois enfants bien portants, mais peu connus.
Du côté paternel, le père est mort à soixante-neuf ans, sobre, trèsdoux ; des attaques apoplectiformes l'avait paralysé du côté droit depuis dix ans. Le grand-père, ayant gardé sa raison jusqu’à sa mort, était
impotent des deux jambes depuis deux ans lorsqu'il mourut à quatrevingt-un ans. La grand'mère avait succombé au choléra, à cinquantecinq ans. Une tante, soixante-six ans, est peu intelligente et célibataire ; plusieurs oncles moururent jeunes; un autre mourut à quarante-trois ans, d’une tumeur stomacale mal caractérisée; cinq de ses enfants sont morts jeunes, l’un de convulsions ; une fille survit, trente-trois ans,
stérile, toujours malade : maladie utérine.
Deux frères bien portants, moins intelligents que le malade; l'un a perdu jeunes quatre enfants sur six. Trois sœurs bien portantes, deux mariées et mères de beaux enfants. Un frère mort à un mois.
1 Grand'tante
et
CS 4 Grands-oncles
bien.
Grand’mère bien,
ép.
Grand-père alcoolique, apoplectique.
Aïeux morts âgés.
2 grands-oncles stériles.
| Grand-père paralysé à 79 ans,
Thérèse aliénée, morte cardiaque (20 ans d'asile).
Oncle buveur.
Mère scrofuleuse, migraineuse.
ép.
Père sobre,paralysé à 60 ans.
Tante imbécile, célibataire.
Oncles morts jeunes,
Oncle, tumeur stomacale.
3 enfants
bien portants.
Frère bien.
Frère bien,
Sœur célibataire
2sœurs bien.
EÉmilien aliénation mentale, pubérale et alcoolisme.
4 cousins morts jeunes,
Cousine stérile.
4 neveux | morts jeunes.
| 2 neveux bien.
Neveux bien.
| Neveux bien.
| M de
__ Cettenotion de l’amoindrissement des organes comme cause de prédisposition à telle ou telle maladie est vraie, et elle nous paraît tellement sous la dépendance de lintoxication alcoolique ancestrale que nous rapprochons volontairement des deux précédents un autre cas. L’étroitesse de la poitrine, ce signe que M. Truc (l)et notre ami le docteur Reboul (2) ont mis en lumière comme permettant de déceler un tuberculeux en germe, nous le constatons chez un sujet dont les liens de parenté avec les deux malades précédents sont certains, à un degré peu éloigné, mais que l'absence de renseignements complets nous empêche de préciser et qui, idiot agité à la puberté, présente, entre autres anomalies de développement, un rétrécissement considérable de la poitrine sur lequel sont venues s’enter depuis peu des lésions tuberculeuses.
Nous ne faisons qu'effleurer, et on nous le pardonnera, ce vaste sujet des prédispositions naissant des intoxications des ascendants ; mais nous en avons la conviction, les recherches ultérieures se rattachant à la phthisie, cette maladie due à une diminution de résistance locale sur laquelle vient s'implanter une infection microbienne, permettront seules de fournir ce qui manque à la démonstration de la part causale que prend l'appareil pulmonaire en particulier à l’affaiblissement général. Quant à nous, quoique la tuberculose soit fréquente chez les aliénés, nous n’avons pas d’observation absolument démonstrative de dégénéré alcoolique succombant à la tuberculose par cela seul qu’il estdégénéré alcoolique ; il est assez d’autres accidents capables de les enlever avant l’âge habituel du développement de la phthisie.
L'appareil digestif ne paraît pas entrer en ligne de compte
(1) Truc, du Thorax de l'homme tuberculeux. (Lyon médical, 1885.) (2) Reboul, du Thorax tuberculeux chez l'homme, considéré dans ses formes diverses et ses principaux diamètres. (Thèse Montpellier, 1887.)
sérieux ; mais les organes de l’hématopoièse qui lui sont appendus participent de la même atrophie partielle et sont, par leur fonction même, causes de l’infériorité de l’état général; à parcourir les autopsies de dégénérés alcooliques, on verrait facilement ces organes offrir un poids inférieur à la normale et présenter des altérations de structure même macroscopique, dont l’origine ne serait due qu’à leur état de dégénérés. Quant au système nerveux, les réactions anormales sensitives, la fébrilité, pour employer un terme du professeur Giovanni, certaines hyperesthésies ou anesthésies que lon ne sait rattacher à rien de certain; ces anomalies d'activité‘ de certains muscles et ces mystérieux états sensitivo-moteurs dont l'étude symptomatique se poursuit avec tant d’activité actuellement, nous les rattacherons volontiers aussi à une dégénérescence primordiale gravative, dont une intoxication quelconque nous paraît être l’origine première.
8 D. Stérilité .— La définition même de la dégénérescence
suppose qu’elle aboutit à la stérilité. La stérilité est, en effet, chez le déc'énéré par alcoolisme, une manifestation fréquente, précoce ou ultime. Sa précocité ou son retard à se montrer nous paraît devoir tenir à l'intensité des excès alcooliques des parents. Quant à sa production, elle s'explique par la faiblesse de vitalité qui marche de pair avec la stérilité, par les autres stigmates physiques du dégénéré, parmi lesquels on compte parfois l’anorchidie, la cryptorchidie, l’atrophie des testicules, et toutes les malformations de la verge et des conduits séminaux; chez la femme, cette stérilité tient le plus souvent aux difficultés de la menstruation, à sa rareté, au peu de temps que dure la période génitale, au retard dans l’apparition des menstrues, à la précocité de la ménopause, enfin aux maladies de l’utérus dépendant de l’état général ou dues à la constitu-
tion de l'utérus lui-même.
La stérilité finit chez les descendants d’alcooliques par être
nee
la règle; et ainsi s'éteint, si un sang nouveau nelui a pas été infusé, après une décadence progressive, la progéniture de ceux qui ont fait excès de boissons.
Pour résumer cet important chapitre, nous dirons que l’alcoolisme ancestral manifeste ses effets sur l’état somatique, sur sa structure ou son activité, d’ung manière dégénérative : difformités appréciables par manque d'éléments, diminution ou altération rétrocessive des caractères extérieurs de l’individu, tels sont les effets que subit le corps en tant que matière anatomique ; diminution de la vitalité des éléments ou déviation à tendances morbides de cette vitalité, tels sont les résultats de l'alcoolisme ancestral portant sur le corps fonctionnant. Ces diverses manifestations ont une gradation en intensité ; elles ont aussi un cycle établi pour leur.apparition. Les premières, les vices de conformation grossière se produisent pendant la vie intra-utérine et le plus souvent sont incompatibles avec la vie dans l’atmosphère. Les secondes tiennent de l’enfance, de l’époque du plus grand développement corporel; elles font du sujetun être anormal, vivant péniblement dans le meillieu social. Les troisièmes surviennent pendant le développement, mais produisent leurs fruits à la puberté, à la maturité de l’âge, et limitent toujours la durée de la vie; elles font de l'individu un malade, dont l'intégrité nutritive devient avant le temps la cause d’une incompatibité sociale et vitale.