‹ La déserteuse; pièce en quatre actes [par] Brieux & Jean SigauxChapitre 11 sur 42 · SCÈNE IX HÉLÈNE, PASCALINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX HÉLÈNE, PASCALINE

PASCALINE, désappointée.

Elle est partie ?...

HÉLÈNE

C'est qu'elle a été appelée pour chanter.

PASCAMNE

Alors, rentrons dans ma chambre.

HÉLÈNE

Non. Lorsque ta mère va revenir, tu la complimenteras de son succès.

PASCALINi:

Rentrons dans ma chambre.

HÉLÈNE

Tu ne seras pas contente de savoir qu'elle a été applaudie ?

PASCALINE

Si.

HÉLÈNE

Tu ne veux pas le lui dire ?

PASCALINE

Je ne saurais pas.

HÉLÈNE

Mais si !

PASCALINE

Je ne sais pas parler comme il lauL.

LA DÉSERTEUSE ol

HÉLÈNE

Tu me parles bien, à moi.

PASCALINE

A vous, ce n'est pas la même chose.

HÉLÈNE

Tu l'aimes bien, ta maman, cependant?

PASCALINE, vivement.

Oh ! oui, je l'aime bien. — Uh I ça, oui, je l'aime bien.

HÉLÈNE

Alors?

PASCALINE

Mais je la vois si ra-rement! elle me parle si peu !... Tenez, mademoiselle, je suis très malheureuse.

HÉLÈNE

Et pourquoi ?

PASCALINE

Parce que je vois bien que je ne suis pas une petite fille comme les autres.

HÉLÈNE

Qu'est-ce que tu me chantes là?

PASCALINE

C'est ça qui me rend malheureuse. Je sens que je suis très sotte.

HÉLÈNE

Mais non, tu es timide, voilà tout. Tu aimes beaucoup ta maman et tu as tellement peur de lui déplaire que tu réfléchis trop avant de lui parler ; et, comme tu ne trouves jamais assez bien ce que tu vas dire, tu te tais ou tu rougis, tu te troubles et tu réponds une bêtise.

Oui, c'est ça. Oh ! mademoiselle, comme vous devinez bien tout ce qui se passe en moi! Maman ne sait pas tout cela. Alors, elle me croit tout à fait sotte, et je lui déplais, je m'en aperçois bien.

HÉLÈNE

Quelle folie!

PASCALINE

Est-ce que je serai toujours la môme? toujours aussi peureuse?

HÉLÈNE

Mais non. Tu es maintenant à ce qu'on appelle l'âge ingrat, tu n'es plus une fillette et pas encore une jeune fille, tu te sens mal à ton aise dans tes jupes courtes...

PASCALINE

Oui, je ne sais pas comment me tenir.

HÉLÈNE

Nous avons toutes passé par là. Il te suffira d'avoir un peu de patience. Moi, qui te connais, je te jure que tu seras une charmante jeune fille.

PASCALINE

Vous êtes bien bonne pour moi, mademoiselle, et je vous aime bien... Penser que je n'oserais jamais en dire autant à maman... Et pourtant...

HÉLÈNE

Il faut oser.

Alors, vous, mademoiselle, vous étiez pareille quand vous aviez mon âge ?

54 LA DÉSERTE l'SE

Oh ! moi...

HELENE

PASCAMNR

Quoi?

HÉLÈNE

Moi, je n'avais pas de maman.

PASCALINE

Alors vous aviez toujours du chagrin?

HÉLiîNE

Non. Il y avait à l'orphelinat une bonne maîtresse. Avec elle j'avais presque une mère, de même qu'avec toi j'ai presque une petite fille.

PASCALINE

Je veux que nous ne nous quittions jamais.

HÉLÈNE

Hélas!... il faudra bien!... Mais tu ne comprendras que plus tard la joie que tu viens de me donner.

PASCALINE

Vous pleurez?

HELENE

Non... Surtout, Pascaline, il ne faut pas dire que je t'ai raconté cela. Tu vois, je te traite comme une grande personne. Je te fais des confidences.

PASCALINE

Ce sera un secret entre nous deux.

HÉLÈNE

Oui.

PASCALINE

Vous avez une amie?

HÉLÈNE

Tu sais bien que je suis toute seule sur la terre et que je ne vois personne.

PASCALINE

Si j'étais assez grande, je voudrais être votre amie.

HÉLÈNE

Ne l'es-tu pas?

Si.

HÉLÈNE

Alors, puisque tu m'aimes bien, il faut faire ce que je vais te demander.

PASCALINE

Oui.

HÉLÈNE

Lorque ta mère reviendra... Eh bien? Pourquoi ta figure change-t-elle?... C'est très vilain... Lorsque ta mère entrera avec le maître, si l'on te questionne, il faudra répondre gentiment. D'abord, tu embrasseras bien ta maman, puis tu feras une révérence au maître et tu t'en iras. .

PASCALINE

j'aimerais mieux m'en aller tout de suite. J'entends qu'on vient. Maman n'est pas seule. {Elle veut sortir.)

HÉLÈNE, la retcnanl.

Il faut rester.

PASCALINE, avec des larmes.

Non, non! Je vous en prie, Hélène, je ne veux

pas .. [Elles sortent.)

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