‹ La désinfection publiqueChapitre 45 sur 74 · Un poinçon · texte numérisé non relu

Un poinçon

Moyens de transport. — Les objets à désinfecter qui doivent aller de la maison à la station centrale ne sauraient prendre place dans la première voiture venue. Il faut que l’administration de cette station ait des véhicules spéciaux, sinon exclusifs, au moins faciles à désinfecter eux-mêmes après usage, différents pour l’aller (effets contaminés) et le retour (effets purifiés), à moins qu’il ne soit possible de désinfecter, a la station, la voilure quia apporté les objets contaminés, suffisamment pour qu’elle puisse reprendre les mêmes objets après assainissement.

De même, l’outillage de désinfection et les désinfecteurs eux-mêmes, si les distances à parcourir sont longues, ont besoin d’être transportés par des voitures qui n’admettent jamais d’autres voyageurs ni d’autres colis.

A Berlin, les ouvriers de la désinfection disposent, pour les petites distances, de voitures à bras qui transportent leurs appareils et les ballots à désinfecter. Pour les grandes distances, un entrepreneur fournit des voitures spéciales qui amènent les ouvriers et leurs engins, de la station à l’immeuble suspect, et qui viennent les rechercher, avec les colis qu’il y a lieu de transporter, à l’heure que le chef d'équipe fixe au cocher. Je n’ai trouvé nulle part l’indication de la façon dont est assuré l’exclusivisme de ces voitures, ni à quel moment on les désinfecte. Cependant, c'est encore l’administration qui assure le retour des effets désinfectés. Elle engage même, avec raison, les particuliers à ne passe charger eux-mêmes du soin de faire parvenir leurs effets infectés à la station de désinfection, et de s’en rapporter à elle à cet égard. Il faut en conclure qu'elle a pris les précautions nécessaires pour prévenir toute dissémination des contages dans ce va-et-vient d’objets dangereux. La désinfection des voitures fait partie de ces précautions indispensables.

Josias 1 décrit dans les termes suivants le mode de transport des effets de contagieux, à Paris, pour ce qui concerne l’établissement de la rue du Chàteaudes-Rentiers. Aussitôt l'avis transmis à la station, « des voilures-étuves hermétiquement closes, à plafond mobile, et traînées à bras, se rendent directement à l'endroit désigné. Là, les étuvistes s’emparent de tous les objets contaminés, et les déposent dans leurs voitures, qu’ils traînent eux-mêmes jusqu’à l’é-

1. Sur les nouvelles institutions municipales d’hygiène à Paris ( Revue d'Hygiène, XII, p. 627, 1890).

tuve municipale. Tous les objets étant désinfectés, étuvistes et les voitures de transport sont soumis à un nettoyage, à un lavage aussi complet que possible. Cela fait, les objets désinfectés sont rapportés à domicile dans des voitures absolument propres». Cette pratique est soumise il une taxe insignifiante, qui n'est même pas toujours payée.

Il semble qu’à Paris, qui est encore un peu plus grand que Berlin, on puisse se permettre d’atteler des chevaux aux voitures qui desservent les stations de désinfection. A. -J. Martin ' annonce, en effet, qu’à la slalion de la rue des Récollets, récemment ouverte (21 juillet 1H!)U), le programme était que « tous les objets contaminés transportables seront apportés à l’étuve, dans des voitures à bras ou à cheval suivant le cas, hermétiquement closes et parfaitement étanches; ces objets seront immédiatement désinfectés et reportés ensuite à domicile par d'autres agents et au moyen d’autres voitures. La voiture servant au transport des objets sera désinfectée après chaque opération ».

On voit que toutes les mesures sont prises pour que ces voitures ni leur contenu ne transmettent les contages qu’il s'agit précisément de détruire.

Un des derniers actes de mon passage, à la tête du service de santé du 1er corps d’armée a été de proposer au général commandant de faire adapter, par l’artillerie, à une voiture régimentaire, un coffrage en bois vernissé, mobile, pouvant fermer exactement et à clef, se prêtant aux lavages antiseptiques, pour recueillir les effets de vêtement ou de literie contaminés des divers corps de la garnison des villes dotées d’une étuve militaire, les amener à l’étuve de l’hôpital elles rapporter aux corps, après désinfection des effets et de la voilure elle-même, à moins qu’on ne préférât opérer ce retour dans une autre voiture non

1. Les services de désinfection à Paris ( Heu . d'Hyg Xllt, p. 497, 1891).

modifiée. J’avais vu, du reste, celte idée réalisée dans l’un des corps d’armée de mon arrondissement d’inspection. Je ne sais ce qu’il en est advenu pour Lille.

Etuves. Pulvérisateurs. Stations de désinfection. — C’est le troisième et le plus important élément de la

Nous n’avons plus rien à dire des pulvérisateurs ou des étuves. Mais nous saisissons cette occasion de reproduire une intéressante statistique d’A.-J. Martin ', relative à l’existence de ces appareils en France et de laquelle on peut conclure au développement actuel de la désinfection dans notre pays.

Au 1er mai 1892, on comptait en France 272 étuves et 907 pulvérisateurs en service ; 194 de ces étuves sont fixes, 72 locomobiles.

"Fixe?

ÜTUVES

Louomohiies

Pulvérisateurs

Ministère de l'intérieur

Ministère de la guerre

IB

Ministère de la marine

la

Sous-Secrétariat des colonies

Départements

Villes

Etablissements pénitentiaires

Monts-de-Piété (Paris, Toulouse).

Compagnies de navigation

Etablissements hospitaliers

Etablissements privés

La station de désinfection , dans la plupart des villes, est annexée à l’hôpital, ou à l’un des hôpitaux, s’il y en a plusieurs. Elle peut desservir à la fois la ville et l’hôpital lui-même. Mais, dans les grandes villes, on peut être obligé de multiplier les stations de désinfection poui les mettre à. la portée des destinataires j on peut ne pas trouver dans les hôpitaux, déjà trop étroits pour le nombre des malades, la place nécessaire à une installation de ce genre. Zahor 2 a montré

L La désinfection en France (fier. d'Hyq., XIV, p. 447 1891).

2 Siebenter und achler Jaliresbericht der Sladtp’hysical

qu’à Prague, on n’a pu qu’instituer un service de désinfection très défectueux, en le répartissant dans les locaux dont la municipalité disposait, et que l’on n’aura une station centrale digne de ce nom qu’en l’annexant à l’hôpital de contagieux, à construire.

A Paris et à Berlin, on a installé les stations de désinfection hors des hôpitaux, en des quartiers divers et en les multipliant progressivement.

Les stations de Paris sont actuellement au nombre de trois: celle de la rue du Château-des-Renliers (XIIIe arrondissement), la première en date; celle des Récollets (Xe arrondissement), toutes deux annexées à des Asiles de nuit ; enfin, une, rue de Chaligny (XIIe arrondissement, faubourg Saint-Antoine). Au point de vue des besoins de la population, il n’y a rien à dire de ces emplacements, si ce n’est que les réalisations actuelles ne suffisent pas ; ce qui est déjà reconnu par l’administration municipale de Paris. Nous devons dire que diverses étuves, d’une destination spéciale, viennent en aide à cette organisation ; ainsi, celle de l’ouvroir-refuge des femmes enceintes de la rue Fessard, celles du Mont-de-Piété, de la prison de la Santé et quelques-unes qui sont la propriété de particuliers. Il y a au moins un de ceux-ci qui mérite confiance (A. -J. Martin).

A Berlin, la première station municipale de désinfection a été ouverte le 1er novembre 1880, Reichenbergerstrasse, n° 66*. C’est la seule qui fonctionne officiellement pour le public. Mais l’on s’attend à ce qu’elle soit insuffisante en cas d'épidémie, et une station nouvelle est toute prête, annexée au grand Asile municipal, Dantzigerstrasse, en même temps que les

über die Gesundheitsverhaltnisse der Kônigl. Ilauplstadt Prag. Prague, 1891.

1. Guttmank und Merke, Die erstc ôffentliche Desinfectinnsanstnlt der Sladt Berlin (Eulenberg’s Vier tel ta hrssch rift fur gerichtl. Med. und Ôffentl. Sanitütswesen, Bd XLV, 1886).

étuves de Moabit, aujourd’hui à vapeur, et celles de plusieurs hôpitaux viendraient en aide à l’organisme normal.

Quand il y a lieu de prendre des mesures contre l’échange international des contages, on établit sur divers points de la frontièreet, naturellement, aux garesfrontières des voies ferrées, des stations sanitaires, dont l’outillage de désinfection est l’élément capital.

La construction d’une station de désinfection doit toujours remplir cette condition : que le local ou le compartiment par lequel entrent les objets contaminés soit absolument distinct et séparé de celui par où les mômes effets, désinfectés, sortent de l’étuve et quittent la station. Pour réaliser cette condition, dont il est aisé de comprendre la nécessité, on élève la cloison qui doit séparer les deux compartiments à cheval sur l’étuve lixe. On peut, d’ailleurs, ménager à cette cloison une vitre dormante permettant de correspondre par signes d’un côté à l’autre.

On trouvera, dans le Précis d’E. Richard (p. 370- 397) et dans l’article cité d’A..-J. Martin ', des croquis représentant cette disposition. On verra, en outre, dans le croquis relatif à la station de la rue des Récollets, l’indication d’un incinérateur tout contre l’étuve, côté des objets infectés.

Les étuves locomobiles fonctionnant en plein air et n’ayant qu’une seule porte, il est indispensable d’improviser à leur voisinage une démarcation efficace entre les objets que l’on apporte à la désinfection et ceux qui sont définitivement épurés.

3° Personnel de désinfection. — En principe, il faut confier la désinfection à des ouvriers intelligents, consciencieux et dévoués. Intelligents, parce qu’une certaine éducation leur est nécessaire, accompagnée

i. Rev. d’IIyg., XIII, p. 500.

de quelques principes et notions générales. Consciencieux,parce que toute négligence dans l’opération peut annuler celle-ci et entraîner des conséquences graves. Dévoués, car il y a là un acte secourable à accomplir, qui n’est pas sans danger pour celui qui y participe.

Le degré d’instruction à donner n’est pas très élevé et, pour la plupart des ouvriers désinfecteurs, l’éducation spéciale peut être vite acquise. Je sais que, pendant la dernière épidémie de choléra, on a pu utiliser les premiers venus et tout individu sans travail qui voulait se présenter. Cependant, il faut bien, autour de l’étuve à vapeur, un chauffeur quelque peu mécanicien et un aide-chauffeur qui puisse remplacer le premier. A l’extérieur, pour le travail dans les immeubles, il faut un chef d’équipe, capable de diriger avec quelque sûreté les hommes moins intelligents et les novices.

Les ouvriers de la désinfection doivent atteindre au moins à la valeur morale moyenne des ouvriers et être « des gens comme tout le monde ». Il a été d’un effet déplorable, à Paris, que la Préfecture de police recrutât ses désinfecteurs parmi les employés des pompes funèbres (A.-J. Martini ; à Prague, qu’on ait appelé à cette œuvre humanitaire les détenus (Zahor).

A Berlin, on utilisa d’abord des infirmiers de choix. On ne larda pas à s’apercevoir que ce service devait jouir d’une réelle autonomie et que ses agents ne pouvaient être à deux fins. L’autorité municipale, de concert avec la Préfecture de police, chargea M. Merke de lui présenter un plan d’organisation de ce fonctionnement. Ce dont le laborieux directeur de Moabit s’acquitta avec l’aide du docteur Pistor et du conseiller municipal Strassmann.

Pour avoir le personnel nécessaire, il sembla tout indiqué de s’assurer d’abord un noyau de désinfecteurs en exerçant à la désinfection des habitations les hommes déjà affectés aux établissements de désinfection

municipaux. Puis, il s’agissait de grouper autour de ceux-ci des forces nouvelles en vue de créer une souche de désinfecteurs habiles et dévoués qui, dans le moment du besoin, sauraient exécuter une désinfection d’immeuble, même avec l’aide de personnes étrangères à l’opération. On ne savait pas, du reste, quelle serait l’étendue des appels aux désinfecteurs municipaux, et l’on ne pouvait grever le budget de la ville de la solde d’un nombre exagéré de ces employés; il fallait donc se créer, à cet égard , des ressources virtuelles, une réserve qu’on n’appellerait que dans les grandes occasions. Le problème a été résolu au moyen de la déÜATance, à un personnel qu’on n’emploie pas immédiatement, de diplômes de « désinfecteurs municipaux des habitations », après la fréquentation d’un cours fait par M. Gôldner, pharmacien h Moabit,et après un examen passé devant le Physicus municipal. Le cours est fait suivant les principes de Y Instruction dont nous donnons la traduction ci-après.

On avait demandé d’abord une part de ce personnel de réserve à Y Institut général international de nettoyage. Celte société devait s’engager, contre une rétribution de 6 marcs (7 fr. 50) par jour et par tète de la part de la ville, à fournir à celle-ci, à première réquisition, un cerlain nombre d’ouvriers. Il parut que ceux-ci n’auraient pas l’habileté voulue et sur la proposition de M. Merke, après entente avec ladélégation municipale pour le nettoyage des rues, il fut décidé que, tous les mois, l’instruction spéciale serait donnée à un nombre déterminé des individus employés dans cette partie, lesquels pourraient, un jour où le personnel en pied ne suffirait plus aux besoins, être immédiatement incorporés. L’expérience a prouvé que l’idée était excellente.

La station de Reichenbergerstrasse serait desservie, selon Fischer, par 15 ouvriers titulaires et 15 de réserve.

Le directeur de l’établissement de désinfection est le chef de tout le service. Il a sous ses ordres des Inspecteurs, dont le rôle est tracé par une Instruction spéciale et qui semblent être un rouage de première importance.

Paris, depuis seulement le commencement d’août 1892 (le choléra est persuasif), a un Inspecteur général du service de l' assainissement et de la salubrité de F habitation , notre éminent ami A. -J. Martin, nommé par le Préfet delà Seine. Une commission permanente, composée de membres du Conseil municipal, d’hygiénistes et de chefs des services intéressés, est chargée d'éclairer l’administration sur les difficultés d’ordre technique, scientifique et administratif relatives à la salubrité, que ses différents services peuvent avoir à résoudre. Nous ignorons quel est le personnel supérieur, adjoint à M. Martin pour la direction du service de désinfection publique, et comment s’instruit et se recrute actuellement le personnel d’exécution. Il existe, pour la pratique dans Paris, des difficultés propres il la capitale. Mais il est permis d’espérer que la parfaite compétence et l’activité sans bornes de l’Inspecteur général en viendront à bout et finiront par donner à la ville une organisation qui n’ait rien à envier à l’étranger.

En province, l’étuve étant d’ordinaire à 1 hôpital, ce sont des ouvriers de l’hôpital qui la manœuvrent et, par suite, sont affectés à la désinfection à domicile. En temps d’épidémie, lorsque les besoins débordent les ressources en personnel, on le renforce de manœuvres pris où l’on peut. Les anciens dressent les nouveaux. Ici encore, sans doute, il conviendrait d’avoir une réserve de désinfecteurs, instruits et brevetés, occupés à autre chose en temps normal et que 1 ou appellerait seulement dans les grandes occasions. Bien que les gens utiles ne soient jamais méprisables, ü siérait peut-être à la dignité de la désinfection de

les emprunter à line corporation plus élevée que celle des balayeurs.

Pour les petites localités, Merke estime justement que les maçons, les peintres en bâtiments, les menuisiers, sont des désinfecteurs tout indiqués, à la condition d’avoir reçu d’un médecin une courte instruction sur les modes de propagation des maladies infectieuses et sur la pratique de la prophylaxie par les désinfectants. Il n’est guère de commune rurale qui n’ait une compagnie de pompiers, presque tous ouvriers d’état; voilà une pépinière de désinfecteurs. L’armée dresse nécessairement à la désinfection un certain nombre d’infirmiers d’hôpitaux ou régimentaires, qui, rentrés dans leurs foyers, sont tout prêts à faire bénéficier les voisins de leurs connaissances. Il n’y aurait rien que de très légitime à enseigner aux élèves des écoles primaires au moins les principes de la désinfection et, puisque c’est surtout la propreté à fond, d’y initier des femmes des classes les plus modestes. Nous nous sommes efforcé de mettre en relief les moyens simples, quoique très efficaces, de désinfection praticables même à la campagne, lessivages, badigeonnages, etc.

Les désinfecteurs, qui abordent tous les contages, peuvent en être atteints eux-mêmes et les propager au dehors. Il y a donc des mesures de protection à leur imposer pendant et après leurs opérations. Ces mesures font partie des Instructions ci-dessous.

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